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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte de la boutique et prenez votre dose de culture quotidienne. Chaudonnaise d'âme.

Wallis Simpson. La duchesse de Windsor, maîtresse de Ribbentrop, et, proche d'Hitler.

Avec la mort du prince Philip...

J'ai soigneusement "binge-watché" de nouveau les premiers épisodes de The Crown sur Netflix.

Et quelle ne fut pas ma surprise en revoyant l'épisode "Vergangenheit" = "Passé".

Où la reine Elizabeth doit faire face à des révélations difficiles concernant le frère de son père : le prince de Galles et la femme du frère de son père : Wallis Simpson. 

Assez de penser romantique cette rencontre avec la belle divorcée, et romantique aussi l'abdication du roi qui s'en est suivie...

Wallis était une pute et une espionne à la solde de Ribbentrop.

Dont elle fut la maîtresse.

Récit à suivre...

Lire aussi sur ce blog :

Le 10 décembre 1936, Edouard VIII renonce au trône britannique par amour pour Wallis Simpson.

Une femme sulfureuse

Le prince de Galles rencontre pour la première fois Mrs Wallis Simpson en janvier 1931, lors d’une chasse, par l’entremise de sa maîtresse d’alors, la vicomtesse Thelma Furness. C’est un caractère étrange et contradictoire: enfant pleurnichard, manquant de confiance en lui, il devait insister, à l’âge de 18 ans, pour être envoyé en France, durant la Première Guerre mondiale, au plus près des combats, faisant fi du danger malgré sa position d’héritier du trône.

Elle est une Américaine divorcée, âgée de 34 ans, précédée d’une sulfureuse réputation. Un premier mariage avec Earl Winfield Spencer, un officier aviateur de la marine américaine, violent, alcoolique et probablement espion à la solde des États-Unis, l’a conduite dès 1922 en Chine à l’époque des Seigneurs de la guerre. C’est un personnage à la Malraux. On dit qu’à Hongkong, elle aurait fréquenté des salons de massage, pour ne pas dire des maisons closes, dans lesquels elle aurait acquis diverses compétences qui devaient se révéler précieuses pour la suite de sa carrière.

De fait, avec son front haut, ses lèvres assez épaisses, son nez un peu épaté, ses traits anguleux, ce n’est certes pas une très belle femme, mais incontestablement une grande séductrice: il y a presque quelque chose d’asiatique dans son visage de porcelaine. À l’époque, ces salons étaient également des lieux de rencontre pour les espions. On pense qu’elle aurait rencontré à Pékin le comte Ciano, futur gendre et ministre des Affaires étrangères de Mussolini, avec lequel elle aurait eu une liaison: tombée enceinte, elle se serait fait avorter, ce qui l’aurait rendue stérile.

La vie de Wallis Spencer, née Bessie Wallis Warfield, est déjà placée sous le signe du scandale, du sexe et de la politique. En Amérique, les années vingt, celles des roaring Twenties décrites par Scott Fitzgerald, sont celles où les femmes, coiffées à la Louise Brooks, s’affranchissent hardiment des codes de la bienséance et de la bonne pensée. Après son divorce, elle se remarie en 1928 avec Ernest Aldrich Simpson, dirigeant d’une grande entreprise en commerce maritime: elle n’aura de cesse que de dilapider sa fortune en menant un train de vie sidérant. C’est dans ces conditions qu’elle rencontre le prince de Galles, dont elle devient la maîtresse en 1934. A-t-il été séduit par l’expertise que Wallis avait acquise en Chine? Selon certains biographes, bien qu’ayant eu de nombreuses liaisons avec des femmes mariées, Édouard n’était semble-t-il guère performant en la matière, et avait besoin d’être dominé par cette femme qui devait, en quelque sorte, lui être fatale.

Au décès du roi George V le 20 janvier 1936, le prince lui succède très normalement sur le trône, sous le nom d’Édouard VIII. Lorsque le nouveau roi demande Mrs Simpson en mariage quelques mois plus tard, le scandale éclate. Les Premiers ministres du Royaume-Uni et des dominions s’opposent nettement à cette union : jamais une femme dont les deux ex-époux sont encore en vie ne serait acceptée par le peuple britannique comme leur reine. Le Premier ministre conservateur Stanley Baldwin laisse entendre que son gouvernement démissionnerait en cas de mariage: de nouvelles élections générales auraient lieu, et du même coup, le roi perdrait son statut traditionnel et constitutionnel de monarque interdit d’interférer dans la vie politique du pays. Le royaume connaît alors une véritable crise institutionnelle qui ne sera dénouée qu’avec l’abdication du roi le 10 décembre 1936.

On connaît la suite: c’est son frère Albert, « Bertie », qui lui succédera sous le nom de George VI. Un roi « malgré lui », apparemment peu préparé, réservé, timide et notoirement bègue. Comme le montre le film de Tom Hooper, le Discours d’un roi (2010) avec Colin Firth dans le rôle principal, c’est à force de courage et de volonté qu’il va peu à peu surmonter ce handicap grâce à l’orthophoniste Lionel Logue, au point de réussir son allocution radiophonique, cruciale, de septembre 1939, destinée à la nation et à l’Empire. Après avoir prononcé son discours de Noël 1934, le roi George V avait paraît-il expliqué à son fils cadet l’importance de la radiodiffusion pour une monarchie moderne. Il lui avait demandé de s’entraîner, d’être prêt, de surmonter son bégaiement, lui expliquant au passage qu’il n’avait aucune confiance en son fils aîné, l’héritier du trône, peu apte, selon lui, à régner dans une Europe prise entre ces deux fléaux qu’étaient le communisme et le nazisme. Sous couvert de la réputation sulfureuse attribuée à l’intrigante Mrs Simpson, les raisons profondes du scandale et de l’abdication n’étaient-elles pas plutôt politiques ?

Sympathies nazies...

Devenus duc et duchesse de Windsor, Édouard et Wallis se marient en France, au château de Candé, le 3 juin 1937. Puis ils se rendent en Allemagne. Le 27 octobre, ils sont à Munich, où ils rencontrent Adolf Hitler et lui serrent la main, comme l’atteste une photographie où le Führer esquisse une courbette devant Wallis, et où le trio arbore un large sourire. Cette photo fit bien sûr scandale en Angleterre, où l’on se félicita rétrospectivement de l’abdication du roi. Mais Édouard le pro-nazi était-il un cas isolé dans l’Angleterre des années trente ? Un petit film de dix-sept secondes, datant de 1933, l’année même où Hitler arrive au pouvoir, révélé par la presse britannique en 2015, montre le futur Édouard VIII apprenant à sa jeune nièce, la jeune Élisabeth, alors âgée de 7 ans et future Élisabeth II d’Angleterre, à faire le salut nazi : à côté de la fillette, sa mère, l’épouse de George VI, le fait aussi. La presse s’est alors déchaînée : un tabloïd comme The Sun a titré, le 18 juillet 2015, « Their royal heilnesses  » (« leurs heiltesses royales »).

L’image fait mal, surtout lorsqu’on sait le rôle exemplaire que joua la famille royale anglaise, George VI le premier, pendant la Seconde Guerre mondiale, et notamment pendant le Blitz (5). Elle est cependant révélatrice du contexte historique des années trente en Angleterre. Une partie de l’aristocratie anglaise était fascinée par Hitler et le nazisme, seuls remparts, selon elle, contre le communisme. On sait les ravages que fera ce sentiment, répandu en Europe, dans la classe politique et intellectuelle de la France occupée. Un roman anglais comme les Vestiges du jour, de Kazuo Ishiguro (1989), montre les efforts diplomatiques de Lord Darlington dans les années trente, recevant dans son manoir, en pleine campagne anglaise, des hommes politiques anglais et étrangers – y compris allemands, comme Joachim von Ribbentrop –, espérant vainement qu’une solution à l’amiable, réunissant des « hommes de bonne volonté », permettrait d’éviter la guerre. À force de recevoir chez lui des dignitaires allemands, Darlington se taille dans la région une méchante réputation de « nazi ». Churchill, au contraire, dira qu’on ne discute pas avec ces gens-là, même avec de l’argenterie et une grande cuiller.

En 1936, Wallis Simpson serait devenue la maîtresse de von Ribbentrop quand celui-ci était ambassadeur au Royaume-Uni. Plus tard, il devait lui envoyer dix-sept roses ou œillets par jour, le chiffre correspondant au nombre de fois où ils avaient couché ensemble… On pense aujourd’hui que Ribbentrop avait été dûment mandaté par Hitler pour entrer en contact intime avec Wallis, et préparer ainsi un futur ralliement de la monarchie anglaise au Reich. Wallis avait également eu une liaison avec William C. Bullitt, l’ambassadeur des États-Unis en France, suspecté de sympathies pro-nazies. Le couple formé par Wallis et Édouard fréquentait aussi sir Oswald Mosley, le fondateur de la British Union of Fascists en 1932, qui se maria secrètement en Allemagne en 1936 pour la seconde fois avec Diana Mitford, grande admiratrice de Hitler – lequel assista à la cérémonie en compagnie des Goebbels. Ces éléments du dossier ne font qu’alourdir la réputation sulfureuse de Wallis, qui mêle étroitement sexe et politique. quand l’amour change le cours de l’histoire 

Un cas extrême est sans doute celui de Unity Mitford, la sœur de Diana (6). En septembre 1939, à la déclaration de guerre, elle tente de se suicider dans l’Englischer Garten de Munich, le même jardin où s’ouvre la Mort à Venise de Thomas Mann (1913): elle utilise un pistolet à crosse de nacre, cadeau personnel de Hitler, dont elle était, comme sa sœur, une fervente admiratrice, sinon plus. Souhaitant ardemment une alliance entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne, Unity Valkyrie Mitford – le second prénom ne s’invente pas, il en dit long sur la germanophilie de l’aristocratie britannique! – ne pouvait supporter l’idée d’une guerre entre les deux puissances: la famille royale anglaise elle-même était liée à l’Allemagne, le Kaiser Guillaume II étant, comme on le sait, le petit-fils de la reine Victoria.

Unity fréquentait le Berghof près de Berchtesgaden avec une telle assiduité qu’Eva Braun, paraît-il, avait fini par prendre ombrage de cette admiration qui ressemblait tant à de l’amour: Hitler était très tôt tombé sous le charme de la jeune aristocrate anglaise. D’une certaine manière, Unity Mitford est le pendant anglais de Wallis Simpson : implantée auprès de Hitler telle Wallis manipulée par Ribbentrop auprès d’Édouard, elle incarne une forme de collaboration amoureuse entre les deux pays en guerre. Sauf que Unity Mitford était clairement nazie, ce que n’était sans doute pas Wallis – malgré ses aventures diverses et variées, malgré la poignée de mains de 1937.

Merci Wallis ?

Il faut se replacer dans le contexte de l’époque pour bien saisir les enjeux de ce scandale qui défraya la chronique mondiale en cette année 1936, alors que les périls s’accumulaient en Europe. On sait que les nazis avaient établi une « liste noire » comportant 2 820 noms de personnalités qu’il fallait arrêter, déporter, et sans doute exécuter dès l’invasion de l’Angleterre. Parmi elles, Winston Churchill arrivait en tête, suivi par des écrivains célèbres comme H.G. Wells, pacifiste et antifasciste, E.M. Forster, homosexuel notoire, Aldous Huxley, qui aidait écrivains et artistes juifs à sortir d’Allemagne, ou encore Virginia Woolf, « féministe, antifasciste et mariée à un juif ». Les nazis ne s’y trompaient pas: il s’agissait de décapiter l’élite intellectuelle et politique de l’Angleterre. On imagine la douce et frêle Virginia, l’égérie de Bloomsbury, l’auteure de Mrs Dalloway, arrêtée par les SS : elle serait morte sur-le-champ.

La question de savoir qui serait à la tête de la monarchie anglaise dans ces années de guerre ne relevait donc nullement de la chronique mondaine: elle était vitale. Même si, dans cette monarchie parlementaire, le roi n’a en principe aucun pouvoir politique, il jouit d’un pouvoir moral et symbolique considérable. Dans le contexte européen, qu’une monarchie aussi ancienne pût tomber sous l’emprise, le joug ou l’influence d’un parti pro-nazi, sinon des nazis eux-mêmes, était en soi une perspective effrayante. Hergé l’a très bien montré dans le Sceptre d’Ottokar, publié d’abord en noir et blanc du 4 août 1938 au 10 août 1939 dans le Petit Vingtième: un souverain d’Europe centrale faible et peu méfiant voit son trône menacé par des extrémistes du parti de « La garde d’acier », dont le chef s’appelle « Müsstler », nom-valise formé par Mussolini et Hitler… La question n’est pas de savoir si Wallis Simpson, devenue l’épouse du roi, aurait eu une influence néfaste sur lui pendant la guerre du fait de ses fréquentations et de ses frasques avec de hauts dignitaires fascistes ou nazis.

Selon le biographe Philip Ziegler, Wallis ne s’intéressait nullement à la politique, alors que son époux était clairement germanophile, pro-nazi et anticommuniste. Au regard de l’histoire, il est sans doute heureux que ce roi éphémère, qui régna pendant 325 jours sans même avoir le temps d’être couronné, eût préféré l’amour au trône: « J’ai estimé impossible de porter le lourd fardeau de responsabilités et de remplir les devoirs qui m’incombent en tant que roi sans l’aide et le secours de la femme que j’aime », avait-il déclaré avec émotion lors de son allocution radiophonique du 11 décembre 1936. Heureusement, en un sens, que « Wallis Simpson a été victime d’un ostracisme total »: face à cette levée de boucliers ayant les relents d’un victorianisme étroit, le nouveau roi s’est courageusement entêté dans son entichement pour la séduisante Américaine divorcée. Avançons l’idée que « David » eût été pro-nazi sans elle: il n’avait pas besoin d’elle pour l’être. En revanche, le monde a eu besoin d’elle pour qu’il fût obligé de renoncer à son trône. Elle lui a été fatale, au sens d’une femme qui précipite le destin d’un homme, mais elle a peut-être, sans le vouloir, fait pencher la balance pour sauver l’Europe.

 

cf article de Jean-Pierre Naugrette dans La Revue des Deux Mondes : "Wallis Simpson, femme fatale ?"

Le choix du RoiJean-Claude Bartoll et Aurélien Morinière

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