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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte de la boutique et prenez votre dose de culture quotidienne. Chaudonnaise d'âme.

A l'écoute de Madeleine Gresteau, la mémoire vivante de Chaudon.

Quant aux bons souvenirs, ce sont des bijoux perdus.
Françoise Giroud / Gais-z-et-contents.

Madeleine Gresteau...

Je l'ai toujours connue.

Quand les Gresteau ont cessé leur commerce de vannerie, en 1994...

Madeleine Gresteau a pris part à de nombreuses activités dans la paroisse nogentaise.

Elle est entrée à la chorale liturgique, dont c'était les beaux jours, et qui répétait, sous la houlette d'Anne-Marie Mulot, à l'école des filles de la rue de la volaille.

Elle est devenue aussi membre actif du Secours Catholique pendant 13 ans.

Avec Pierrot, ils se sont occupés de l'église de Chaudon, sans discontinuer, depuis 1994.

Sans compter leur peine et leur temps. Et c'était du bénévolat !

C'est encore Madeleine qui faisait visiter l'église Saint-Médard, lors des journées du patrimoine.

Elle est actuellement la mémoire vivante du village de Chaudon.

....................................

C'est par elle que je vais apprendre que le château de Mormoulins appartenait, en 1939, aux Réassurances de France.

Caisse Nationale de Réassurance, Domaine de Mormoulins, par Chaudon (Eure-et-Loir). Téléphone : n° 11.

Octobre 1939. Feuille d'Informations agricoles.

Janvier 1940. Feuille d'Informations agricoles.

"M. Vimeux a rendu compte de l'installation des services à Mormoulins, en Eure-et-Loir. Cette installation s'est effectuée dans des conditions satisfaisantes tant du point de vue des conditions de travail que de l'aménagement des locaux et de la vie du personnel. Les dépenses ont été aussi réduites que possible. Le Conseil a félicité M. Vimeux des mesures qui avaient été prises."

Sa maman, Mme Laure Legrand, y était employée dans l'intendance.

Les gens des bureaux mangeaient le midi chez Bigard.

M. Schmidt, ingénieur aux Réassurances, habitait la belle maison ex-Bigard, dans la côte de Boissy. Face au château.

Ce sont les Andreotti qui lui ont succédé. Et qui l'ont occupée pendant 45 ans.

Le château a été revendu en 1947 à la Municipalité de Saint-Ouen.

Les Legrand en 1946 à Mormoulins.

Quand la Seconde Guerre Mondiale a été déclarée, le 1er septembre 1939...

Madeleine a 5 ans.

Elle est en train de cueillir des prunes, avec l'une de ses tantes, dans la maison au tournant de la Côte du Héleau.

Rousselot avait raconté chez Bigard que son verger croulait sous les prunes. Et Mme Legrand, qui y travaillait, avait saisi l'occasion pour envoyer sa fille à la cueillette.

"Il y a eu les cloches et la sirène. Ma tante a dit : "ça y est la guerre est déclarée !" Quand on est redescendu au village, tous les Chaudonnais étaient à la porte de leur maison et ils pleuraient."

En juin 1940...

La Cinquième Colonne répandait les pires bruits : "Les Allemands vont couper les bras des gosses, etc..."

Alors, les Legrand ont pris une petite charrette (celle de Mme Geray) et sont partis en exode. Le mot d'ordre était : "Il faut passer la  Loire !"

Madeleine était assise sur la charrette avec le chien.

Arrivés à Courville, les Allemands étaient là, sur leurs motos pétaradantes.

Donc, retour à Chaudon.

Au village, ils ont réquisitionné le château avec le personnel de l'intendance qui y travaillait. Ils ont aussi réquisitionné les plus belles maisons du village.

Notamment la belle maison de M. Devaux à Mormoulins. Qui a été réservée pour le chef allemand. Il y avait une sentinelle à la porte.

C'était les Reichsbahn.

Ils n'étaient pas bien méchants.

Alors qu'elle avait 8 ans, un jour où elle passait devant le château pour aller à l'école, la sentinelle l'a appelée et lui a donné un rouleau de bonbons aux fruits.

"Avec les filles Cayzac, on nous avait dit de passer par le moulin pour éviter le château. Ce jour-là j'étais toute seule. L'Allemand m'a appelée pour me donner des bonbons."

Colère de la maman quand elle rentre à la maison.

Le fils aîné, Pierre, était de la classe 36 et il a été fait prisonnier à Dunkerque et il est resté 5 ans en Allemagne.

En rentrant, en 1945, il a embauché comme chauffeur de camion chez les Bouhours du Moulin de Bourray.

Pendant la guerre, il fallait cacher la lumière, et avec Anne-Marie Thiercelin, elles avaient - en imitant les Allemands - tapé aux volets du père Lachaume qui avait laissé passer chez lui un peu de lumière.

Manque de chance, le père Thiercelin les a vues.

La correction a été de mise !

Et privées de sorties pendant 15 jours.

Cela ne les a pas empêchées d'aller cueillir des prunus chez M. François.

Jeux innocents. Jeux d'enfants.

Plus tard, vers la fin de la guerre, ce sont des S.S. qui sont arrivés à Chaudon.

Ils n'étaient guère commodes.

Ils se saoulaient, et, braillaient dans les rues, le soir.

"Un jour, ils sont venus dans le jardin de mon père, et ils ont cueilli toutes les belles tomates en piétinant le reste."

M. Edmond Legrand était agriculteur.

Mais il a perdu sa ferme avec les problèmes de 1936.

Il s'en est toujours sorti.

Il a été, avec sa femme, gardien de la maison des Livragne dans le haut de Chaudon.

Au fond, la grande maison des Livragne.

Madeleine fréquentait l'école de filles du village.

Son institutrice était Mme Decourtye.

Qui n'était guère commode.

Madeleine Gresteau se bagarrait toujours avec Germaine Noël - une réfugiée de Nancy - pour être la première de la classe.

Elles étaient prix d'excellence ex-aequo.

Comme Madeleine avait du mal à retenir la définition du décamètre...

Elle a reçu des beignes.

On ose penser ce que la pauvre institutrice risquerait aujourd'hui !

Les communions solennelles avaient toujours lieu à Chaudon pour les enfants de Croisilles et de Bréchamps.

Après l'abbé Vacheresses, l'abbé Lhôte est arrivé à Chaudon en 1946.

Ingénieur en électricité, il venait de Gouillons. Et vivait avec sa mère.

Il a été fait prisonnier en 1940 et s'était évadé du camp.

Il s'était construit une petite télévision et les filles de l'aumônerie venaient la regarder.

Il avait fondé une chorale de 25 personnes à quatre voix.

C'est lui qui tenait l'harmonium pour les répétitions.

Bernard Letellier chantait le ténor, M. Quarante chantait la basse, les trois filles Roman : Sophie, Agnès et Janine et Simone Prémartin étaient alti et Madeleine soprane.

En 1949, il organise un voyage à Lourdes.

Pour pouvoir y aller, Madeleine va travailler un mois chez Thiercelin et remplacer la bonne.

Elle ira à Lourdes avec l'abbé, avec André Cherdlé, et, les anciens paroissiens de Gouillons.

Madeleine se souvient qu'il y a eu jusqu'à 5 épiceries à Chaudon : 

Letellier, Lainé, Prémartin, le Familistère, et M. et Mme Massielle, en Grande Rue (futur Clos Fleuri).

Les Boué, qui étaient bouchers à Nogent-le-Roi, élevaient des bœufs dans le champ face aux parents de Madeleine, à Mormoulins...

Un été où il faisait particulièrement chaud, la petite mare, où les animaux s’abreuvaient, a été complètement asséchée et ce sont les Legrand qui ont fourni des jours durant aux bêtes un grand baquet d’eau.

M. Boué, pour les remercier, leur a apporté un petit pot-au-feu.

Suzanne Boué, leur fille, avait fait des études. Elle a fréquenté le gars Durand. Mais ses parents n’ont jamais voulu du mariage car le prétendant n’était pas assez riche…

Résultat : Suzanne a fini toute seule dans la grande maison de la rue Maurice Glédel.

Jeune fille, Madeleine sortait peu.

A 16 ans, elle allait à Mézières chez les Soeurs Adoratrices du Christ Prêtre pour apprendre la couture avec la soeur Angèle.

A l'âge de 17 ans, elle travaille chez Pellan, la maroquinerie qui était Place de la Poste actuellement.

Il y avait environ 50 ouvriers.

Elle y a travaillé pendant 10 ans Et ensuite, ils ont fermé.

La rencontre avec Pierrot Gresteau.

Pierre Gresteau allait au marché de Dreux en car.

Tous les lundis.

Sa famille était présente sur ce marché depuis 1928.

Pour ne pas rapporter tout son matériel, il l'avait parqué dans une petite cave/réserve Place Métezeau. Du côté de l'Auberge Normande.

Les dames Blanc, elles, faisaient de la couture.

Elles habitaient Mormoulins. C'était la Maison Lachaume.

Elles aussi fréquentaient le marché de Dreux.

Elles aussi ne voulaient pas rapporter tout leur fourbi en fin de marché. Elles ont donc demandé à Pierrot de partager sa réserve avec lui.

Madeleine allait aider les soeurs pendant les vacances.

Elle avait donc déjà croisé Pierre Gresteau...

Un jour de Saint-Médard, sa maman lui a dit : "Tu vas pas toujours être à l'église, il faut aller au bal."

Elle a connu là les frères Gresteau : Maurice et Pierre.

Les dames Blanc ont un peu poussé l'histoire.

Mme Laure Legrand est morte le 27 janvier 1953.

Madeleine et Pierre se sont mariés le 3 juillet 1954.

Jean-Pierre est né en 1957 alors que Madeleine travaillait toujours chez Pellan.

Les Gresteau ont passé tous deux leur permis de conduire en 1959.

Et se sont achetés une petite estafette Renault bleue.

Madeleine se souvient très bien de Mme Robert qui habitait en Grande Rue et qui avait vendu sa jolie maison en viager aux Valleron.

Elle était mariée à un clerc de notaire de Villemeux.

Son petit chien noir et blanc était célèbre dans tout le village. Quand un chien noir et blanc naissait, on disait "Tiens, c'est un chien à Mme Robert !"

Elle est morte à 93 ans.

[NDLR Elle a fait l'enfer aux Valleron quand ils sont venus vivre leur retraite à Chaudon.]

En face de La Louise (21 Grande Rue)...

Il y avait les Rols.

Mme Rols était très maquillée et très exubérante.

Paradoxalement, son mari était tailleur et il portait toujours un pantalon trop court.

Isabelle Gresteau est née, elle, en 1963.

C'est Madeleine qui partait à 7 heures du matin pour les marchés, la voiture chargée de paniers et autres objets de vannerie.

Dreux : lundi (toute la journée) et vendredi.

Epernon : mardi.

Maintenon : jeudi. 

Ezy : le dimanche.

Nogent-le-Roi : le samedi à partir de 1983.

 
Un jour, Gérard Klein - qui habite Houdan - est venu acheter des objets en vannerie chez les Gresteau.
 
Il a été tellement enthousiasmé par ce couple qu'il a décidé de faire une émission chez eux.
 
Il en parlait comme des amis dans ses autres émissions.
 
Il reste encore un auto-collant RTL sur la fenêtre de l'atelier.
 
Madeleine a été trésorière du Syndicat des Non Sédentaires de Dreux. Mme Darmigny, bouchère à Clévilliers, occupait la place de présidente du Syndicat d'Eure-et-Loir.
 
M. et Mme Gresteau ont cessé toute activité en 1994.
 
En l'an 2000, ils ont été photographiés pour une campagne publicitaire Seniors, dans le cadre du conseil général.
 
Pierre Gresteau est passé de l'autre côté du miroir le 19 octobre 2013. Après une longue maladie de 5 années.
 
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Madeleine peut encore nous réciter par coeur tous les habitants successifs des maisons de Chaudon.
 
Dans l'ancien temps.
 
Dans le beau temps d'avant.
 
Je vous le dis et vous le redis...
 
Aujourd'hui...
 
Madeleine Gresteau, c'est elle la mémoire vivante de Chaudon !
 
 
Liliane Langellier
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