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Chez Jeannette Fleurs

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Anne Frank : derrière les révélations sur le dénonciateur de sa famille, six ans d’enquête...

Le notaire Arnold van den Bergh, membre du Conseil juif et collaborationniste, aurait livré aux nazis la famille Frank et les autres occupants de la cache de l’Annexe, à Amsterdam, conclut l’enquête d’une trentaine d’experts menée depuis 2015.

Six années d’une enquête façon Cold Case et, en bout de ligne, une découverte qui va mettre fin à une question qui taraude la société néerlandaise depuis la fin de la seconde guerre mondiale : qui a livré aux nazis Anne Frank et les autres occupants de l’Annexe, à Amsterdam ?

Un groupe d’une trentaine d’experts – criminologues, psychologues, historiens, spécialistes du comportement, graphologues – dirigés par un enquêteur néerlandais et un ancien agent du FBI apporte la réponse dans un livre écrit par une autrice canadienne, Rosemary Sullivan. The Betrayal of Anne Frank – à paraître le 19 janvier en français chez HarperCollins, sous le titre Qui a trahi Anne Frank ? (420 pages, 19 euros) – désigne Arnold van den Bergh, un notaire.

Membre du Conseil juif, qui avait été installé aux Pays-Bas par l’occupant allemand afin d’appliquer ses consignes et régenter la communauté, Arnold van den Bergh, mort en 1950, figurait depuis longtemps sur une liste comportant des dizaines de noms. Ceux de personnes soupçonnées d’avoir dénoncé la famille Frank et les autres occupants de la cache du Prinsengracht, terrés pendant deux ans jusqu’à leur arrestation, le 4 août 1944. Tous allaient mourir en déportation, sauf Otto Frank, le père d’Anne. La jeune fille devait, elle, mourir du typhus à Bergen-Belsen.

Au fil du temps, des personnes injustement accusées

Le notaire van den Bergh avait notamment œuvré à l’acquisition par Hermann Göring, bras droit d’Hitler et pilleur d’art, de la prestigieuse collection du marchand juif Jacques Goudstikker, qui avait fui le pays. Muni d’une autorisation spéciale, protégé de la déportation, le notaire avait obtenu le droit de ne plus être considéré comme juif. Et il avait accès, par le Conseil juif, à une liste secrète de personnes vivant cachées.

Ces indices n’avaient toutefois pas permis de l’incriminer. Jusqu’à ce qu’un cinéaste, Thijs Bayens, et son ami enquêteur Pieter van Twisk aient l’idée, en 2015, de faire repartir de zéro tout le travail d’enquête, avec l’aide de Vince Pankoke, un policier américain retraité qui a notamment combattu les cartels colombiens de la drogue.

Sans convaincre, de nombreux auteurs avaient, au fil du temps, avancé les noms de prétendus auteurs de la dénonciation, mettant parfois injustement en cause des personnes qui avaient, en réalité, aidé les Frank. Dont Miep Gies, une secrétaire qui sauva le manuscrit d’Anne, devenu depuis l’un des livres les plus vendus au monde, traduit dans plus de 70 langues.

Une lettre reçue par Otto Frank après la Libération

Soutenu par la municipalité d’Amsterdam et bénéficiant de fonds privés, le groupe d’enquête a réinterrogé de nombreux témoins ou leurs descendants, fouillé dans les archives, utilisé l’intelligence artificielle et des systèmes sophistiqués de traitement de données pour tenter de reconstituer un immense puzzle. Trente scénarios furent envisagés au départ, puis une douzaine en 2019, et quatre auteurs possibles de la dénonciation finalement retenus. Un épicier qui livrait de la nourriture à l’Annexe ; la sœur, sympathisante des nazis, d’une femme qui aidait la famille Frank ; une femme juive condamnée à la fin de la guerre pour avoir dénoncé 68 personnes ; et Arnold van den Bergh.

C’est une lettre anonyme reçue par Otto Frank après la Libération qui aura, finalement, donné leur orientation définitive aux investigations. Le père d’Anne avait remis à un policier, dans les années 1960, une copie de ce document manuscrit évoquant le rôle probable de van den Bergh. Un examen scientifique a permis de déterminer que la copie, retrouvée chez le fils du policier, a bien été réalisée sur une machine à écrire appartenant à Otto Frank. Il restait à savoir pourquoi ce dernier n’a jamais révélé en public le nom du notaire, pourtant responsable présumé de la disparition de ses deux filles, de sa femme et de ses amis.

Pieter van Twisk pense que Frank n’a jamais voulu mettre en cause les enfants et petits-enfants du notaire et, surtout, que cet homme, qui craignait comme la peste une résurgence de l’antisémitisme, refusait de désigner un autre juif. Les enquêteurs eux-mêmes se sont posé des questions sur les conséquences de leurs révélations. Ils ont consulté un rabbin, lequel leur a dit en les rassurant : « La vérité est le plus grand des biens. »

Jean-Pierre Stroobants(Bruxelles, correspondant)

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