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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte de la boutique et prenez votre dose de culture quotidienne. Chaudonnaise d'âme.

15 juin 1963 Ouverture du premier hypermarché en France à Ste-Geneviève-des-Bois...

En 1963, Carrefour invente l'hypermarché "à la française"

Avec l'ouverture de son magasin à Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne), l'enseigne, actuel numéro deux mondial de la grande distribution, a imposé le gigantisme dans le commerce.

 

"Le jour de l'inauguration du premier hypermarché Carrefour, une foule s'était formée sur le parking. Aux yeux de tous, c'était un palais de la consommation", se souvient Hervé Defforey, âgé alors de 13 ans, venu accompagner son père, Denis Defforey, cofondateur de Carrefour avec son frère Jacques et Marcel Fournier.

Dès son ouverture, le 15 juin 1963, à Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne), Carrefour fait un tabac. "Les samedis, la direction mettait deux filles à chaque caisse. L'une tendait le produit à l'autre pour taper le prix sur la caisse enregistreuse. Ça allait plus vite", se rappelle Alice Ponticelli, 77 ans, une ancienne employée.

Tous les clients sont attirés par ce magasin de 2 500 m², trois fois plus grand que les épiceries d'alors. En libre-service, il vend des produits alimentaires et non alimentaires à bas prix et fournit le litre d'essence à 93 centimes de franc. "Ce magasin aura été le point de départ d'un changement radical de la façon de commercer", rappelle Michel Bon, PDG de Carrefour entre 1990 et 1992.

Construit par Bouygues, le magasin de Sainte-Geneviève-des-Bois sort de terre quatre ans après la création de l'entreprise Carrefour par Marcel Fournier et Jacques et Denis Defforey. Le premier a repris la mercerie familiale d'Annecy. Les deux frères sont les fils d'un important grossiste en alimentaire de Lagnieu (Ain).

Mi-mai 1959, ils s'associent pour un projet de magasin en libre-service. Six mois plus tard, les trois hommes font face à la menace de Leclerc. Le trublion du commerce pratique les "prix de gros" depuis 1949, dans sa boutique de Landerneau (Finistère). Il s'est installé à Grenoble en 1958, au grand dam des commerçants locaux.

Première bataille de prix

Pour le contrer, à la hâte, au sous-sol de la mercerie, il est décidé de pratiquer aussi des prix de gros. "Le succès est immédiat (…). Largement improvisée, l'expérience montre aux associés Carrefour que, sans le discount, le supermarché est incomplet", rapporte l'historien Jean-Claude Daumas dans "L'invention des usines à vendre : Carrefour et la révolution de l'hypermarché" (Réseaux, n° 135-136, 2006). Ce sera la première bataille de prix entre Carrefour et Leclerc.

Les fondateurs voient alors plus grand. "Ils veulent monter à Paris", raconte Hervé Defforey. En 1962, ils se forment aux Etats-Unis, à Dayton dans l'Ohio, aux "méthodes marchandes modernes" de Bernardo Trujillo, de la National Cash Register Company, fabricant de caisses enregistreuses.

Dans le bateau du retour, ils révisent leurs plans pour construire, à moindre coût, ce qu'en 1966 – le nom restera –, Jacques Pictet, créateur de la revue LSA (Libre Service Actualités), baptisera "hypermarché". "Parce que la ville était petite, ils jugent qu'il fallait faire un magasin plus grand. C'était un raisonnement à contre-courant", juge Noël Prioux, directeur exécutif de Carrefour en France.

Le gigantisme à l'américaine fascine. Les préceptes de Bernardo Trujillo – "un îlot de pertes dans un océan de profits" est sa formule la plus connue pour imager la vente de produits de masse – font école. En 1967, six ans après l'ouverture de son premier magasin à Roubaix, dans le Nord, Gérard Mulliez, qui lui aussi s'est rendu à Dayton, ouvre son premier hypermarché Auchan à Roncq (3 500 m²). Un an plus tard, Rallye ouvre le sien à Brest. Puis, c'est au tour de Leclerc, toujours à Brest. Casino, groupe fondé en 1898, cède à la tendance en 1970, à Marseille.

Le grandiose s'impose aussi aux centres commerciaux avec l'ouverture, en 1969, de Cap 3 000 à Saint-Laurent-du-Var (Alpes-Maritimes), et de Parly 2, au Chesnay (Yvelines). Au début des années 1970, Marcel Fournier choisit le format de 7 000 m² incluant 1 500 places de parking. "Car l'avènement de l'hyper a été rendu possible par la conjonction de deux nouveaux produits industriels : la voiture et le réfrigérateur", souligne M. Prioux.

Les entrées de ville égrènent leurs Euromarché, Mammouth, Leclerc et autre Carrefour. En 1973, la loi Royer freine leur ascension ; elle soumet à autorisation tout nouveau point de vente de plus de 1 000 m². "Les grands magasins se sentaient menacés", explique Michel-Edouard Leclerc, fils du fondateur des centres Leclerc. "La loi Royer a multiplié les surfaces de vente inférieures à ce seuil d'autorisation. Et elle n'a pas empêché le déclin du petit commerce", raille Michel Bon. Partout s'imposeront Darty, fondé en 1968, Castorama, né en 1969, puis Kiabi (1978) et Decathlon (1976).

Courses à la taille

Dès lors, bridés dans leur expansion en France, les hypermarchés s'engagent dans une course à la taille, à l'étranger notamment, et dans l'amélioration des prix d'achat aux fournisseurs. En 1976, Carrefour veut s'affranchir des grandes marques. Il lance ses "produits libres". Ce sera un succès fulgurant.

Dans la foulée, tous ses concurrents créent leurs propres marques de distributeurs pour étoffer leurs petits prix. Car, alors que la France plonge dans la crise, la concurrence redouble.

Acheter moins cher pousse aussi les groupes à se rapprocher pour créer de puissantes centrales d'achat. En 1991, Carrefour rachète Euromarché et Montlaur. En 1992, Rallye et Casino fusionnent… Et en 1999, Carrefour et Promodès, propriétaire de Continent et Champion, leur emboîtent le pas.

Depuis, Carrefour, présent dans 30 pays, est le numéro deux mondial de la distribution, derrière l'américain Walmart. Et l'hyper est resté son étendard, en Espagne comme au Brésil ou en Chine, les plus gros culminant à 25 000 m².

En France, à l'heure du commerce en ligne, l'hypermarché est fragilisé. Sa fréquentation s'effrite. Signe des temps : à Sainte-Geneviève-des-Bois, Carrefour a réduit son rayon de gros électroménager, articles très vendus sur Internet, pour installer un écran tactile géant sur lequel les clients commandent réfrigérateurs et lave-vaisselle. Et, bientôt, dans ce magasin historique, il inaugurera un drive, nouvelle formule de vente de produits commandés sur le Net et livrés sur parking.

"L'hypermarché n'est pas mort. Loin s'en faut. Il nous faut développer le petit hyper de proximité", assure aujourd'hui Georges Plassat, actuel PDG du groupe Carrefour.

 

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