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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte de la boutique et prenez votre dose de culture quotidienne. Chaudonnaise d'âme.

Lucien Bersot. L'homme fusillé pour... un pantalon

Lucien Bersot est née le 7 juin 1881 dans un village de Haute-Saône.

En 1914, lorsque la guerre éclate, cet homme de 33 ans, marié et père d’une enfant de 5 ans, se voit intégrer le 60e régiment d’infanterie . Durant l’hiver 1914-1915, le deuxième classe Bersot se bat sur le front de l’Aisne. En janvier, son régiment subit de très lourdes pertes : son commandant est décédé et 1500 de ses camardes sont retrouvés blessés ou morts. Le 22 janvier 1915, le lieutenant-colonel François Maurice-Auroux, ancien des forces d’Afrique, se voit confier le commandement du 60e régiment d’infanterie. Ce nouveau commandant, attendait une « discipline de fer » venant de ses hommes.

Février 1915, à la suite des combats, Lucien Bersot, n’est vêtu que d’un simple pantalon en toile blanc, reçu lors de son incorporation. En effet, dans les tranchées de 1915 quatre pantalons subsistaient : le pantalons rouge, pantalon officiel du début de la guerre, le pantalon de velours, possédé par les soldats ayant les moyens de se le procurer, le pantalon en toile blanc, obtenu lors de l’incorporation et pour certains officiers, les premiers pantalons bleus Azurs. Lucien Bersot demanda à de maintes reprises à ses officiers un nouveau pantalon pour lutter contre le froid.

11 Février 1915 : après plusieurs réclamations, le sergent-fourier (chargé d'équiper en vêtement les soldats) propose à Lucien Bersot un « nouveau » pantalon, déchiré, taché de sang, récupéré sur un camarade mort au combat. Lucien refuse le vêtement et le sergent fait part du refus au lieutenant de garnison, le lieutenant André.

Le second classe Bersot est dans un premier temps condamné à 8 jours de bagne pour désobéissance. Le même jour, l’affaire monte au lieutenant-colonel Maurice-Auroux qui juge la sanction trop faible et demande sa comparution au tribunal de guerre pour « refus d’obéissance ».

Le lendemain, le tribunal de guerre, dirigé par le lieutenant-colonel Maurice-Auroux en personne, est mis en place. Celui-ci exige de faire de Bersot un exemple de discipline. Le lieutenant-colonel exprime pendant la préparation du procès au greffier Jean-Perruche de Velna : « Je vous ai fait appeler parce que je suis en face d’une rébellion de soldats : il faut que je fasse des exemples, en tuer un ou deux. ».

Lucien Bersot, est condamné à la peine capitale, le peloton d’exécution, qu’il rencontrera le lendemain même. Certains de ses camarades s’insurgeront contre cette décision notamment le 2ème classe Elie Cottet-Dumoulin. Son acte va être pris pour une mutinerie et il sera condamné à 10 ans de travaux forcés (mais il mourra un an plus tard tué au combat) .

Sa femme recevra un courrier, annonçant la mort de son mari sans aucune mention de « mort au champ d’honneur ». Elle se battra pour découvrir la vérité, puis pour réhabiliter la mémoire de son mari.

Si Bersot a bien refusé ce pantalon, il n’a aucunement mérité sa sanction. En effet le motif 218 concernant le refus d’obéissance, permet de fusiller un soldat si celui-ci refuse de se battre. Or cette affaire s’est déroulée à l’arrière et non sur le front. Le Lieutenant-colonel Auroux a souhaité avant tout en faire un exemple, et y est parvenu.

L’affaire fait parler d’elle et le journal "Germinal" ainsi que la Ligue des Droits de l’Homme demandent justice. Ainsi, la Cour de Cassassion réhabilite Lucien Bersot, et son camarade Jean-Perruche de Velna. Bersot est réinhumé en 1924 dans le cimetière de Besançon. Sa femme et sa fille ont finalement obtenu justice.

Le lieutenant-colonel Auroux, quant à lui fût mise en cause pour avoir monté de toute pièce un procès illégal, avoir été juge et parti, et avoir condamné à mort un homme qui ne l’avait pas mérité. Mais Auroux, protégé par André Maginot, ministre de la Guerre, n’aura pas de sanction avant 1924 où il sera mis à la retraite sans le grade de général qui lui était pourtant promis.

Le soldat Lucien Bersot n’est qu’un des trop nombreux cas de soldats "fusillés pour l'exemple" pour des raisons plus que discutables, durant la Première Guerre Mondiale. Sa réhabilitation montre cependant un travail effectué par la société́ sur elle-même afin d’éviter que de tels actes ne se reproduisent. Aujourd’hui Lucien Bersot est reconnu, comme l’un des hommes morts sans raison dans un monde où la raison n’était plus .

A voir : Le film "Le Pantalon" d'Yves Boisset

 

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