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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte de la boutique et prenez votre dose de culture quotidienne. Chaudonnaise d'âme.

Malon Brando. Un si beau monstre, le livre de François Forestier.

La commère Louella Parsons lui trouvait "les manières d'un chimpanzé". Son épouse, Anna Kashfi, disait de sa technique de séduction qu'elle était "aussi subtile que le mécanisme d'une guillotine". Lee Marvin le surnommait "Marlow Brandy" et le traitait de "grosse fiotte". De qui parlons-nous ? De Marlon Brando, tel que François Forestier le fait revivre dans une sulfureuse biographie. Fils d'un père tyranneau et d'une mère alcoolique, le jeune acteur avait commencé en 1943 à New York dans les bras de sa professeur de théâtre, la grande Stella Adler. Ce sont les années Eisenhower, puritanisme et paranoïa, où la liberté se réfugie dans les coulisses des théâtres. Brando se voit déjà en messie crucifié et promène en laisse un raton laveur. Mais ses extravagances passent surtout par le lit des actrices. Prodigue de son talent et peu avare de sa semence, celui que Kazan va mettre en scène dans Un tramway nommé désir entame une carrière de libertin qui le verra coucher avec des centaines de femmes et des dizaines d'hommes.

C'est l'aspect le plus pimenté du livre de Forestier : la testostérone d'une fuck machine au palmarès hallucinant. Tallulah Bankhead et Vivien Leigh, Shelley Winters et la jeune Marilyn Monroe ? C'est encore trop peu. A Paris, proche de Nadine et Christian Marquand, Brando fréquente le milieu gay de Jean Cocteau et d'Hervé Mille. À Hollywood, il creuse son sillage de womanizer effréné. Lui qui joue Marc Antoine dans le Jules César de Mankiewicz aime les femmes fragiles et rustiques, avec un fond de latinité incendiaire. Ainsi de Movita Castaneda, une starlette mexicaine rencontrée sur le tournage de Viva Zapata. Suivront Pier Angeli, Katy Jurado, Rita Moreno, Dolores del Rio, Carmen Amaya. Olé ! Mais la WASP hollywoodienne ou l'actrice européenne ne lui font pas peur. Ouvrez le ban : Ava Gardner et Grace Kelly, Ursula Andress et Irène Papas, Diana Ross et Joan Collins. Ce n'est plus une biographie, c'est une hécatombe sexuelle.

 

Apocalypses

Brando restera comme le roi des voyous du radical chic. Un oscar pour son rôle dans Sur les quais, l'estime des Hell's Angels pour le motard de L'équipée sauvage, et avec les années 1960 la défense des Indiens et des Noirs. Il devient ensuite un mercenaire inerte qui enchaîne les mauvais films, Sayonara, Les révoltés du Bounty ou Le bal des maudits. Le monstre recherche l'éden en achetant l'atoll de Tetiaroa, près de Tahiti, où il coule des jours tranquilles près de Tarita, mère de deux enfants Brando, dont sa fille Cheyenne.

On le croit fini ? Les années 1970 vont lui apporter ses plus grands rôles. Remis en selle par l'oscar du Parrain, le voici qui fait mondialement scandale avec Le dernier tango à Paris avant d'illuminer de ténèbres le grand film de Coppola, Apocalypse Now. L'acteur Brando est désormais l'équivalent du glutamate en cuisine, écrit François Forestier : on le rajoute pour rehausser le goût des plats. Mais le crépuscule est proche, terrifiant. Terré dans sa maison fortifiée de Mulholland Drive, Brando vit en kimono, récite seul du Shakespeare et fait trois enfants à sa femme de chambre colombienne. C'est là que son fils Christian tuera le fiancé de sa demi-soeur Cheyenne, Dag Drollet, avant de purger sa peine de dix ans de prison. En 1995, Cheyenne se suicide. Brando va attendre la mort chez lui, devant son téléviseur allumé en permanence. Il meurt en juillet 2004, et ses cendres seront dispersées dans la Vallée de la Mort. Un grand destin ? Peut-être. Mais un beau gâchis.

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