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Chez Jeannette Fleurs

Le blog culturel de Liliane Langellier

Le couvent des oiseaux : ces jeunes filles de bonne famille...

Les jeunes filles de bonne famille
Vont au couvent des Oiseaux
Elles tricotent des résilles
Et font de la peinture à l'eau
Elles gambadent sous les charmilles
Jouent au volant au cerceau
Elles se nourrissent de lentilles
Et récitent le Crédo

Dans les années cinquante...

Pour une jeune lycéenne parisienne, de famille bourgeoise, qui entrait en classe de 6e...

Les parents avaient le choix entre :

- Les cours Dupanloup,

 

- Saint-Joseph du Parchamp,

 

- ou le Couvent des Oiseaux.

 

Les deux premiers jouxtaient le bois de Boulogne.

Et, le troisième, se trouvait à Paris 16e, 12 rue Michel-Ange.

L'uniforme bleu marine était de mise dans les trois pensionnats.

Mais, le Couvent des Oiseaux avait une réputation étrange, puisque depuis que Françoise Sagan s'en était fait virer en 1947 pour "manque de spiritualité"... Elle lisait trop de livres, les livres la perdraient, et, pour « dégoût de l’effort »

Au début des années 60, il était de bon ton de dire dans les soirées rallyes parisiennes ou les bals en robes longues des familles de Neuilly/Auteuil/Passy :

"J'ai été virée des Oiseaux !" 

Ce Soir du 1er février 1948.

En 1948, Jacques Hélian et son orchestre chantaient : 

"Les jeunes filles de bonne famille
Ont des nattes dans le dos
Qui s'en vont à la godille
Sur un petit caraco
Elles ont des jupes jonquille
Rose bonbon ou bordeaux
Qui leur tombent jusqu'aux chevilles...
Leurs mamans trouvent ça très beau
On les appelle Pétronille,
Caroline, Cunégonde ou Isabeau
Charmants prénoms qui fourmillent
Dans toutes les bonnes familles;
Dans la rue quand elles sautillent,
On entrevoit deux fuseaux
Pas plus gros que des aiguilles,
Elles n'ont que la peau sur les os

{Refrain:}
Oh ! Oh ! Oh ! Oh !
Saute Pétronille, frétille Isabeau
Nattes dans le dos ! Nattes dans le dos !


Les jeunes filles de bonne famille
Vont au couvent des Oiseaux

Elles tricotent des résilles
Et font de la peinture à l'eau
Elles gambadent sous les charmilles
Jouent au volant au cerceau
Elles se nourrissent de lentilles
Et récitent le Crédo
Pour la gloire de leur famille
On leur apprend à taper sur un piano...
Gentiment elles s'égosillent
A rossignoler des trilles
Le soir, elles se déshabillent
Derrière un petit rideau
En cachette elles se maquillent
En rêvant d'un Roméo.
{au Refrain}

Les jeunes filles de bonne famille
Quittent le couvent des Oiseaux
Puis s'en vont toutes gentilles
Faire un mariage comme il faut
Plus de Crédo, plus de lentilles
Vive le caviar et le perdreau !
Le champagne les émoustille
Elles apprennent le tango
Elles fréquentent de joyeux drilles
Et pendant que leur mari est au bureau
Comme des folles elles gambillent
De Montmartre à la Bastille
Mais quand elles auront une fille
Elles l'appelleront Isabeau
L'habilleront jusqu'aux chevilles
Et l'enverront aux Oiseaux"

 

Le Couvent des Oiseaux, situé 84 rue de Sèvres à Paris, était un hôtel particulier utilisé comme prison pendant la Terreur durant la Révolution française, puis un pensionnat de jeunes filles de 1818 à 1904.

Prison

C'était un Eden de captivité. Rien n’y manquait que le droit d’en sortir. C’était la maison des Oiseaux - un propriétaire avait établi, dans le jardin, d’immenses volières peuplées d’oiseaux exotiques. Sa position à l’encoignure du boulevard des Invalides, le jardin profond et calme comme un parc, donnaient à la société qui y était détenue une apparence de liberté.

 

 

Un refuge dans la tourmente

Pendant la Terreur, cette geôle, communément appelée Les Oiseaux était presque de tout repos, si bien que Jules Michelet a pu écrire quelle était "une des prisons agréables de Paris, dont le séjour était une assurance contre la guillotine".

 

Pendant plus de six mois, sur 160 personnes qui y étaient renfermées, deux seulement avaient été exécutées. Cette prison était très recherchée et regorgeait de suspects riches ; on les y écrouait par faveur et moyennant finances ; les prix étaient d’ailleurs exorbitants. La section en tirait de jolis profits. Le comité choyait, gardait son petit troupeau, faisait le silence autour des incarcérés et cachait leurs noms aux oreilles indiscrètes.

 

 

 

Des hôtes choyés

 

 

Pendant longtemps, l’accusateur public Fouquier-Tinville chercha la princesse de Chimay dans toutes les geôles. Un beau jour, par inadvertance, le commis-greffier Ducret, en parlant du beau domaine de la princesse, à Issy devenu Issy-les-Moulineaux, laissa échapper que la propriétaire était encagée aux Oiseaux. "Aux Oiseaux, s’écria Fouquier, assis dans un coin, et dire que je la cherche depuis trois mois !"

 

 

Pensionnat de jeunes filles

Marie-Thérèse-Félicité Binart, en religion "mère Marie-Euphrasie" chanoinesse de la congrégation de Notre-Dame, fonde à Paris un pensionnat installé faubourg Saint-Jacques en 1807.

 

 

Il déménage rue des Bernardins en 1812, puis en 1818 mère Marie-Euphrasie loue l' "Hôtel des Oiseaux" de la rue de Sèvres.

 

 

[NDLR à l'angle de la rue de Sèvres et du boulevard des invalides]

 

 

À cette occasion, mère Marie-Euphrasie reprend en les adaptant les règlements des soeurs du Sacré-Coeur utilisés dans leur pensionnat d'Amiens. 

Vendu par le bureau du Domaine national de Paris, le domaine est acquis par la Congrégation de Notre-Dame le 14 avril 1824. 

 

 

L'architecte Jean-Baptiste-Antoine Lassus y réalise un vestibule d'accès en forme de galerie de cloître de style néogothique. 

 

 

À la veille de la révolution de 1848, l'établissement compte 240 pensionnaires encadrées par 118 religieuses et seize professeurs étrangers.

 

 

Le prix de la pension est alors de 1800 francs par an, mais les soeurs donnent aussi une instruction gratuite aux enfants pauvres dans un bâtiment séparé.

 

 

 

Les pensionnaires disposent de cent pianos. 

 

 

En 1854, pour faire face à une hausse des effectifs, les deux classes comprenant les enfants les plus jeunes sont transférées à Issy, dans un établissement nommé alors "Les Oiseaux d'Issy". 

 

 

L'opérette Mamzelle Nitouche, créée en 1883, met en scène un couvent des Hirondelles qui s'inspire du couvent des Oiseaux. 

 

 

Le pensionnat de la rue de Sèvres ferme à la suite de la loi du 7 juillet 1904 relative à la suppression de l'enseignement congréganiste.

 

 

La dernière supérieure, Mère Coeur-de-Jésus Henriette Bourbon, s'exile en Angleterre dans le Kent. Finalement, elle acceptera la sécularisation et continuera son activité d'éducatrice à Orbec Calvados. Elle y mourra en février 1917.

 

 

Une école de peinture, avant la destruction

Durant les années 1908 et 1909, Henri Matisse y dirige une école d'art, où l'on compte de nombreuses jeunes femmes, bientôt appelée l "Académie Matisse".

 

 

Elle est fondée avec l'aide de Michael et Sarah Stein et, grâce aux efforts d'Hans Purrmann, qui en devient le premier responsable.

 

 

L'Académie doit ensuite migrer à l'hôtel de Biron où Rodin à son atelier de présentation pour finir à Issy-les-Moulineaux: elle ferme ses portes en 1911. 

 

 

Les bâtiments de la rue de Sèvres sont rasés à la fin de l'année 1909 et remplacés par un lotissement haussmannien.

 

 

 

 

D'autres lieux

 

 

Un externat secondaire ouvre par la suite rue de Ponthieu en conservant le nom de "Couvent des Oiseaux". Françoise Sagan y fait une partie de sa scolarité.

 

L'établissement déménage rue Michel-Ange en 1960, où il est connu aujourd'hui sous le nom de "collège privé Notre-Dame-des-Oiseaux". 

 

 

Un autre pensionnat ouvrit en 1929 dans une propriété de Verneuil-sur-Seine. Il est connu aujourd'hui sous le nom d'Ensemble scolaire Notre-Dame "Les Oiseaux".

 

 

 

 

Du temps de l'Indochine française et du Sud-Vietnam...

Il y eut aussi un Couvent des Oiseaux à Dalat.

De 1935 à avril 1975.

Notre Dame du Lang-Bian.

 

En janvier 1991...

Parution chez Perrin du livre "Le couvent des oiseaux, ces jeunes filles de bonne famille" de Christiane d'Ainval.

"C'est en 1597 que la Congrégation de Notre-Dame fut fondée en Lorraine par saint Pierre Fourier et la bienheureuse Alix Le Clerc pour enseigner gratuitement les petites filles tant pauvres que riches. C. d'Ainval, tout en racontant ses souvenirs personnels des années 1935-1945, a voulu aussi décrire l'enseignement féminin."

 

Dans la presse...

Journal des Baigneurs du 27 mai 1869 :

La Vérité du 26 septembre 1904 :

 

Le Gaulois du 1er août 1907 :

 

La Croix du 2 septembre 1927 (en page 3. Cliquer sur...) :

 

 

La Croix du 2 juillet 1939 (en page 7. Cliquer sur...) :

 

Lire aussi Le Monastère des Oiseaux par Mère Marie-Sophie :

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