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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte de la boutique et prenez votre dose de culture quotidienne. Chaudonnaise d'âme.

Des ministres ont-ils participé à des dîners clandestins ? Voici ce que l’on sait...

Des ministres ont-ils participé à des dîners clandestins ? Voici ce que l’on sait

Un reportage de M6 sur un restaurant luxueux clandestin à Paris a créé la polémique tout le week-end. L’un des organisateurs a démenti la présence de ministres à ses tables, après avoir affirmé le contraire.

« L’Obs » fait le point.

 

La polémique a enflé tout le week-end, et ne désenfle pas ce mardi, bien au contraire. Caviar, champagne et retrait du masque obligatoire… dans un reportage diffusé vendredi 2 avril sur M6, des dizaines de convives sont filmés sans masque, se faisant la bise pour certains, dans un prestigieux lieu parisien proposant des dîners clandestins.

 

Des dîners au cours desquelles des ministres auraient été aperçus, selon un des « organisateurs » filmé anonymement par la chaîne, mais rapidement identifié. « L’Obs » fait le point sur cette polémique dans laquelle deux enquêtes ont été ouvertes.

 

Des dîners clandestins

Vendredi soir, la chaîne privée M6 a diffusé un reportage en caméra cachée dans un lieu présenté comme « un restaurant clandestin situé dans les beaux quartiers », où les participants et les serveurs ne portent pas de masques et ne respectent pas les gestes barrières. La chaîne a aussi diffusé d’autres images d’une soirée payante, où des dizaines de convives apparaissent sans masque, certains se faisant la bise

L’un des « organisateurs » interviewés par M6, et présenté comme un « collectionneur », affirmait en voix off déguisée : « J’ai dîné cette semaine dans deux ou trois restaurants qui sont soi-disant des restos clandestins, avec un certain nombre de ministres. »

L’homme a depuis été identifié par plusieurs médias dont « Libération » et « Arrêt sur images » comme étant Pierre-Jean Chalençon, propriétaire du Palais Vivienne à Paris. Le « chef des stars » Christophe Leroy y officierait comme restaurateur clandestin. Franceinfo a également réussi à identifier ce lieu, le palais Vivienne, situé dans le 2e arrondissement de Paris, grâce notamment au portrait de Napoléon accroché au mur.

Dans une publication mise en ligne sur Instagram le 14 mars, Pierre-Jean Chalençon annonçait par ailleurs un « moment d’exception au Palais Vivienne le 1er avril », dans le cadre d’un « dîner soirée ».

Des ministres parmi les participants ?

Les propos du spécialiste de Napoléon sur l’éventuelle participation de ministres ont provoqué une vague de réaction au sein de la sphère politique. Invité au micro d’Europe 1 ce mardi 6 avril, Gérald Darmanin a fustigé « la rumeur qui sape les fondements de la démocratie » et critiqué le collectionneur, qui cherche selon lui à se faire « une fausse publicité ». Le ministre de l’Intérieur a assuré, « qu’à sa connaissance », il n’y avait pas de ministre parmi les invités. Si toutefois l’un des membres du gouvernement s’avérait être présent, Gérald Darmanin « considérerai[t] personnellement qu’il n’est pas à la hauteur de sa fonction. » Et donc qu’il devrait démissionner.

Concernant une invitation du porte-parole du gouvernement Gabriel Attal à participer à un dîner, la ministre déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa a réagi sur France Info ce mardi : « Je sais de source sûre qu’il y a effectivement eu une invitation et que Gabriel Attal l’a fermement refusée en disant qu’il y avait des mesures sanitaires. »

Gabriel Attal, cité par Pierre-Jean Chalençon comme étant un ami, a exclu sur LCI la présence d’un membre du gouvernement à ces dîners. « Gabriel Attal a découvert cet extrait ce soir sur Twitter avec beaucoup d’étonnement. Il ne connaît pas M. Chalençon et n’a évidemment jamais participé à un quelconque dîner ou soirée. Comme il l’a indiqué en fin d’après-midi sur LCI, il attache la plus grande importance à l’exemplarité des membres du gouvernement dans cette période », a insisté son entourage dimanche soir.

Dimanche, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire s’est dit « convaincu » qu’aucun membre du gouvernement ne s’est rendu dans ces restaurants clandestins, lors d’une interview dans le « Grand Jury » LCI-RTL-Le Figaro. « Il n’y a de passe-droit pour personne et je serais curieux que ce restaurateur donne le nom des ministres s’il est si bien informé que ça. »

Sur Europe 1, le photographe Jean-François Desjacques a quant à lui reconnu avoir participé à quelques dîners clandestins, qui auraient été organisés par le chef Christophe Leroy. « On me dit : Viens prendre des photos chez Christophe Leroy. Tout se passe très gentiment au début, il y avait des soirées hippies, c’était abordable, les mecs payaient 60 balles, tout le monde était vraiment content. Et puis le Covid arrive, et le mec commence à devenir fou. Il triple les tarifs, fait venir six personnes dans une salle, 15 dans une autre, etc. », raconte-t-il. Mais il dit avoir rapidement arrêté, et assure n’avoir jamais croisé de ministre lors de ces dîners haut de gamme.

La défense lunaire de Chalençon

Confronté aux images du reportage de M6, Pierre-Jean Chalençon a tout d’abord démenti sur Twitter, jugeant tout ceci « absolument faux et calomnieux ». Dans un communiqué transmis par son avocat Jean-Luc Chetboun, il a cependant reconnu implicitement être la personne interrogée dans le reportage. Pierre-Jean Chalençon a alors plaidé « l’humour » et « le sens de l’absurde ».

 

Interrogé lundi soir par l’émission « Touche pas à mon poste » sur C8, le collectionneur a nié en bloc l’organisation de tels événements haut de gamme dans la capitale. Il a déclaré n’avoir « organisé aucune soirée clandestine, surtout pas avec des ministres » ni « avec quelques politiques qu’ils soient ».

« Je n’ai pas de cuisine depuis quatre mois, je ne vois pas comment j’aurais pu faire des soirées. J’ai l’impression qu’on essaye de me faire porter le bouc émissaire ou qu’on essaie d’utiliser mon nom et mon image pour faire tomber le gouvernement. »

Il n’a d’ailleurs pas exclu de porter plainte contre M6. « Je suis très très triste de la façon dont on m’a traité. (…) Je verrai avec mes avocats mais je pense que je vais déposer des plaintes », a-t-il indiqué.

« C’est le plus gros poisson d’avril de l’histoire de ces quinze ou vingt dernières années », a-t-il cherché à se défendre au micro de BFMTV ce mardi 6 avril. Les images diffusées par la chaîne correspondent à « une sorte de dîner zéro », a assuré le collectionneur. « C’était une soirée pour faire des photos, pour montrer aux entreprises le palais Vivienne ». « Je trouve ça abracadabrantesque que ça devienne une affaire d’État. »

Deux enquêtes ouvertes

Dès dimanche, Gérald Darmanin a saisi la préfecture de police de Paris pour ouvrir une enquête administrative. Si les faits étaient avérés, le ministre de l’Intérieur a déclaré que les personnes concernées devraient « pouvoir être poursuivies et j’imagine, condamnées pour avoir organisé de telles soirées ».

« Comme [le] secrétariat [de Marlène Schiappa] est rattaché au ministère de l’Intérieur, qui a d’ores et déjà diligenté une enquête (qui ne devrait pas prendre des plombes vu que Twitter Détective a déjà fait la moitié du boulot), on saura ça très vite n’est-ce pas ? », a ironisé à ce sujet la députée LFI Danièle Obono.

En parallèle, le procureur de la République de Paris a annoncé avoir saisi la Brigade de répression de la délinquance (BRDP) de la police judiciaire parisienne d’une enquête pour « mise en danger d’autrui » et « travail dissimulé » afin de « vérifier si des soirées ont été organisées en méconnaissance des règles sanitaires et de déterminer quels en ont été les éventuels organisateurs et participants ». Les organisateurs risquent jusqu’à un an de prison et 15 000 euros d’amende. Les participants, eux, pourraient recevoir deux amendes de 135 euros, pour non-respect du couvre-feu et non port du masque.

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