Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte de la boutique et prenez votre dose de culture quotidienne. Chaudonnaise d'âme.

Canton de Nogent-le-Roi. Les secrétaires de mairie pendant la guerre.

Après la totale désorganisation de l'Exode de juin 1940...

Pendant l'Occupation, de 1940 à 1944...

Les secrétaires de mairie ont eu un rôle important.

Très important.

C'est eux qui étaient l'interlocuteur privilégié des concitoyens.

Et aussi de l'armée allemande : la Wehrmacht.

C'est eux qui établissaient la liste de recensement des Juifs, des réquisitions et des spoliations, puis l'organisation du S.T.O.

C'est eux aussi qui distribuaient les tickets de rationnement. Tenaient les registres d'état-civil. Etablissaient les copies des actes officiels.

Assumaient les comptes-rendus des conseils municipaux.

Aidaient à la réaction des discours du maire. Qu'ils prononçaient souvent en son absence.

Tenaient les finances de la commune.

Ils exerçaient souvent et parallèlement le métier d'instituteur du village.

Et étaient logés dans la mairie.

Préparaient les élèves au sacro-saint Certificat d'Etudes. Décernaient les prix.

J'ai choisi de vous parler de trois d'entre eux :

- Pierre Landais, Bréchamps,

- Maurice Decourtye, Chaudon,

- René Guillon, Coulombs.

.............................

La famille Landais. Recensement 1946.

Bréchamps. Pierre Landais.

A Bréchamps, le maire est René Laroche.

Son secrétaire de mairie est Pierre Landais.

Il est également instituteur et habite la mairie.

Je l'ai bien connu.

C'était un homme discret.

Mais j'ai très vite appris par le chaudonnais Paul Jolly qu'il avait rendu des services à la Résistance.

En aidant, notamment, via son travail à la mairie, à l'établissement de faux papiers. Et à l'octroi de tickets de rationnement.

Véronique Pontalier en parle longuement dans son livre sur Bréchamps "Les enfants de Milon".

Fin juin 1945, il a été victime d'un drame personnel qui a brisé sa vie : la mort de sa jeune épouse en accouchant d'une petite fille. Qui est également décédée.

Son fils, Guy Landais, a été également instituteur. A l'école de Boissy.

Il a été directeur d'école de mon mari à Dreux.

Il est parti au paradis des instituteurs le 27 juillet 1993.

Chaudon. Maurice Decourtye.

A Chaudon, le maire est le cultivateur de la grande ferme de Vaubrun : Noël Huveau.

La ferme Huveau au recensement 1936.

Son secrétaire, Maurice Decourtye, est communiste.

Avec sa femme, ils sont instituteurs dans le village depuis 1932.

La famille Decourtye au recensement 1936.

Et résistant.

A cette époque, nombre de maires communistes ont été démis par Vichy.

Le restaurateur de Chaudon Pierre Bigard raconte :

"L'instituteur était soupçonné d'amitiés avec la résistance. Alors il est parti à Boissy chez l'un de ses amis instituteur aussi.

Mais les Allemands ont fait tout un battage promettant la rafle d'otages. Quand l'instituteur a su ça, il est revenu et s'est rendu.

Ils l'ont embarqué en camp de concentration.

C'était une dénonciation d'une femme. On n'a jamais su qui c'était !"

Le fils de l'épicier, Etienne Prémartin, raconte :

"Mme Decourtye était l'institutrice des filles...

C'étaient des instituteurs extrêmement intègres, extrêmement capables et qui maintenaient les classes dans une discipline comme il n'en existe plus aujourd'hui.

On était une trentaine environ par classe.

Parce que M. Decourtye s'occupait des petits, des moyens et des grands. Il y avait 6 rangées de tables. Les petits étaient à droite. Les moyens au milieu et les grands...

On changeait tous les ans.

Il fallait se mettre en rang avant de rentrer dans la classe. Retirer son béret quand on en avait un, on se mettait le long des tables et on pouvait s'asseoir.

Quand il s'occupait des petits, les grands étaient en train de travailler, et inversement. Il s'occupait des trois classes. Jusqu'au certificat d'études. Voilà qui devait être difficile pour eux d'arriver à synchroniser tout ça et ça se passait très bien. Il n'y avait aucun chahut."

 

Coulombs. René Guillon.

Le maire est Victor Sage (à gauche sur cette photo face à René Guillon).

René Guillon était aussi instituteur.

Mme Kowalczyk raconte :

"Un jour, à la mairie, les Allemands sont arrivés et ils voulaient à tout prix un poste de radio. Le secrétaire de mairie leur a répondu qu'il avait l'ordre de la Kommandantur de ne pas donner de poste de radio sans ordre de réquisition. Ils n'en avaient pas. A la fin, ils ont dit, on voudrait l'essayer. Il y avait justement une panne de lumière, heureusement, car le propriétaire du poste l'avait piégé. Il avait mis un explosif dans une lampe. C'était un jour de distribution de tickets, il y avait du monde plein la mairie...

Alors, quand il est venu rechercher son poste de radio à la Libération - je tiens ça du secrétaire de mairie - et qu'il a dit ça au secrétaire de mairie, le secrétaire de mairie ne lui a pas fait de compliments, il lui a dit : pour tuer trois ou quatre Allemands, vous m'auriez tué combien de Français ??? Et puis, lui, il aurait été le premier à déguster. Heureusement qu'il n'y avait pas de courant."

Et, dans "Souvenirs de l'été 1943" :

"Ce succès nous incita à faire une fête pour les prisonniers et déportés de Coulombs. Nous fîmes appel à M. René Guillon, instituteur à Coulombs, qui avait un frère Marcel Guillon, directeur d’école à Nogent-le-Rotrou, qui écrivait des pièces de théâtre. Il les éditait dans une revue ‘’ jouons la comédie ‘’ destinée aux sociétés d’anciens élèves. Il nous en envoya quelques unes et nous choisîmes deux comédies ‘’L’opération mystérieuse‘’ et ‘’Le mariage Dupont Durand ‘’. Ces pièces étaient entrecoupées de chansons et une revue 1900-1943 évoquait les airs populaires que nos anciens avaient fredonnés au début du vingtième siècle.

"Nous répétions le soir dans la salle de classe qui devait être détruite l’année suivante par le bombardement du 18 juillet 1944. Un soir, tout à notre théâtre, nous laissâmes passer l’heure du couvre feu fixée à 11 heures. La porte de la classe s’ouvre brusquement : entrée violente accompagnée de hurlements des deux feldgendarmes allemands que nous surnommions ‘’ les chaînes à vaches ‘’ à cause de la plaque métallique attachée à leur cou par une chaîne. Nous avons eu peur car quelquefois les jeunes gens interpellés étaient envoyés dans les camps de travail forcé. Ils étaient accompagnés d’un interprète français que M. Guillon avait déjà rencontré dans son travail de secrétaire de mairie. M. Guillon parlementa, nous défendit et il nous fut permis de rentrer chez nous. Son fils Jean qui tenait un rôle principal dans le mariage Dupont Durand, n’aurait pas dû être à Coulombs étant requis à la construction du mur de l’Atlantique. Il s’éclipsa par la porte du couloir. On ne voit ni son nom dans le programme qui a été distribué, ni sa tête sur les photos qui ont été prises : il fallait être discret."

.................................

A travers tous ces témoignages...

On lit mieux l'importance du rôle du secrétaire de mairie sous l'Occupation.

Il étaient, avec le maire et le curé, les trois personnages les plus importants du village.

Grâce et honneur leur soient rendus !

 

Liliane Langellier

P.S. Cet article est le 880e article sur ce blog "Chez Jeannette Fleurs".

Avec mes deux blogs Seznec...

Je totalise un montant de 1.500 articles.

Qui dit mieux ?

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article