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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte de la boutique et prenez votre dose de culture quotidienne. Chaudonnaise d'âme.

Coulombs. Eglise Saint-Chéron. Michel Chapet et le groupe de la Nativité de Michel Anguier.

C'est la crèche la plus noble, la plus pieuse, la plus vénérable, en un mot la plus belle du pays chartrain.
Abbé Brierre.

Vous vous souvenez de ce que disait Michel Chapet...

Lors de l'exposition à Coulombs du 23 septembre 1995 :

"Il est en tout cas certain que la Reine, reconnaissante, offrit une splendide nativité de Michel Anguier. Dont l'original en bois se trouve dans l'église de Coulombs et celui en pierre dans l'église parisienne de Saint Roch."

Il y avait eu bagarre d'historiens...

Au sujet de cette Nativité.

Alors, pour clore le tout, j'avais décidé de publier une double page dans le Magazine L'Orée de décembre 2007.

Une page pour l'église de Coulombs via les écrits de Michel Chapet...

Et une page via Hervé Désarbre, organiste du ministère de la Défense, titulaire du Val de Grâce.

.............................................

1/ A Coulombs : Anne d'Autriche et Louis XIII seraient-ils venus en pèlerinage ?

Quand il ne travaillait pas la terre pour qu'elle donne ses meilleurs légumes, à vendre sur le marché, Michel Chapet consacrait tout son temps à l'histoire de son village. Une véritable passion. Il a été à l'origine de nombreuses expositions et a écrit un opuscule sur l'église Saint-Chéron, édité par le Syndicat d'Initiative de Nogent-le-Roi. Nous reproduisons ci-dessous l'extrait concernant "La Nativité".

Sur la droite, la chaire, on disait aussi le prône, construit en 1808 par un menuisier de Coulombs, Rémy Gaudefroy.

Sur la gauche, lui faisant vis-à-vis le groupe en bois ciré de "La Nativité" qui est attribué à Michel Anguier, sculpteur officiel de Louis XIII. "C'est la crèche la plus noble, la plus pieuse, la plus vénérable, en un mot la plus belle du pays chartrain" écrivait l'abbé Brierre, ancien vicaire de Nogent et desservant de Coulombs de 1922 à 1931. C'est le double sculpté sur bois du chef-d'oeuvre en marbre blanc de Michel Anguier, que l'on peut admirer à l'église Saint Roch à Paris.

A l'origine, il y avait cinq statues : la Vierge, Saint-Joseph, penchés sur l'Enfant-Jésus, et, au-dessus deux angelots. Hélas ! Ceux-ci ont disparu ayant été dérobés en 1983.

Une admirable expression d'amour se dégage des visages de Marie et de Saint-Joseph s'inclinant devant le nouveau-né.

Pourquoi à Coulombs cette belle oeuvre d'art ?

Nous empruntons l'explication de M. l'abbé Brierre. En allant en pèlerinage à Chartres, Louis XIII et Anne d'Autriche seraient sans doute passés par Coulombs et auraient fait leurs dévotions à la célèbre relique de la Circoncision. Ils furent exaucés dans leurs prières par la naissance du futur Louis XIV.

En reconnaissance, la reine Anne d'Autriche, comme elle en avait fait le voeu, fit construire l'église du Val-de-Grâce, avec, comme pièce maîtresse, le groupe en marbre de la Nativité de Michel Anguier (1). La réplique en bois presque identique fut faite pour l'abbaye de Coulombs.

Ces oeuvres ne sont plus maintenant sur le lieu auquel elles avaient été destinées : celle en marbre est maintenant à l'église Saint-Roch, remplacée au Val-de-Grâce par une copie moderne. Celle de Coulombs fut, à la démolition de l'abbaye bénédictine Notre-Dame-de-Coulombs, installée sur l'autel de la chapelle des Fonts. C'est l'abbé Brierre qui, en 1928, la plaça dans son cadre actuel.

La boiserie du XVIIIe siècle, qui provient de l'abbaye, porte à droite et à gauche les initiales sculptées LD.

Au-dessus de cette boiserie se trouve l'arcade de l'entre du choeur en partie sculptée, qui avait été remplacée par une grille démontée depuis.

Le bureau (la tablette) a été poussé au long des boiseries pour y poser les statues.

 

Michel Chapet

(1) Ces groupes sont attribués par certains critiques aux deux frères Michel et François Anguier. Il est à noter que la sépulture de ces deux sculpteurs est dans cette église Saint-Roch où est maintenant le groupe de marbre.

 

2/ Au Val de Grâce :

"A Jésus naissant et à la Vierge mère"

Cette inscription figurant sur la frise du portique marque la consécration d'une église toute entière tournée vers la Nativité.

Un rappel historique, si vous le voulez bien. L'abbaye royale du Val de Grâce a été bâtie de 1624 à 1669. En 1621, Anne d'Autriche, épouse de Louis XIII, favorise l'installation à Paris de la communauté des bénédictines du couvent du Val de Grâce de la Crèche à Bièvres ; elle s'établit en l'hôtel médiéval du Petit Bourbon, au faubourg Saint-Jacques. En 1624, la reine pose la première pierre  de ce qui forme sans doute aujourd'hui le plus bel ensemble conventuel français du XVIIe siècle. Son église est le fruit du voeu qu'avait fait la reine d'élever à Dieu un temple magnifique s'il lui envoyait un fils. Après vingt-trois de mariage, en 1638, naît le futur Louis XIV, qui pose la première pierre de l'église le 1er avril 1645 ; la construction s'achève à la fin des années 1660 par la décoration sculpturale et picturale. Les travaux ont été tout d'abord confiés à Mansart, auquel ont succédé Le Mercier, ayant bâti notamment l'hôtel de Saint-Aignan et la bibliothèque de Mazarin, puis Le Muet, assisté de Le Duc. En 1649, les troubles de la Fronde ont entraîné une longue interruption des travaux, qui n'ont repris qu'en 1655.

Si Le Bernin a été tout d'abord pressenti par la reine pour dessiner le célèbre et somptueux baldaquin, c'est finalement Gabriel Le Duc qui a été choisi, et le 25 mars 1665, Michel Anguier a obtenu le marché du groupe de la Nativité destiné à orner le maître-autel, le baldaquin formant tout autour, en quelque sorte, une majestueuse crèche. Le marché stipulait les conditions suivantes : "trois figures de la crèche d'un grand naturel, l'Enfant-Jésus d'attitude couchée en une crèche, la Vierge et Saint-Joseph d'attitude priante et dévote". François Anguier, le frère de Michel, a travaillé à d'autres sculptures en l'église du Val-de-Grâce, notamment la descente de croix devant l'autel. Il n'est pas inutile de savoir que Michel Anguier, à Rome, a travaillé notamment auprès du Bernin. Sous ses doigts talentueux, la pierre prend presque vie pour former une magnifique crèche grandeur nature.

Des copies, en divers matériaux, ont ensuite été réalisées, notamment pour Coulombs.

En 1790, l'abbaye du Val-de-Grâce a connu le sort des autres couvents parisiens : elle a été fermée, le mobilier saisi, et de plus, l'orgue a été démoli et le maître-autel démonté. Heureusement, l'église a été conservée comme monument d'architecture, tandis que l'abbaye était dévolue, le 31 juillet 1793, au service de santé pour en faire un hôpital militaire. Elle a été ainsi sauvée de la destruction, ce qui n'a pas été le cas de plusieurs couvents situés aux alentours, notamment les Ursulines et les Feuillantines.

Le baldaquin a été préservé, mais le maître-autel a été transporté au dépôt des Petits-Augustins, et les trois figures de la crèche ont été attribuées, en 1805, à l'église Saint-Roch où elles sont installées. Napoléon III, bien plus tard, a demandé que le maître-autel soit reconstruit , et c'est Ruprich-Robert qui fut chargé des travaux. Le curé de Saint-Roch ayant refusé de rendre la crèche d'Anguier, une nouvelle crèche a été sculptée à l'identique. Trois sculpteurs ont été désignés : Clément Denis pour l'Enfant-Jésus, Justin-Marie Lequien pour la Vierge, et Louis Desprez pour Saint-Joseph.

L'ensemble de l'abbaye du Val-de-Grâce a été l'objet d'une restauration admirable, du début des années 1980 à 1993 ; ayant été nommé cette année-là, j'ai eu le plaisir de voir la Nativité restaurée avec grand soin et retrouver au fil des jours sa blancheur d'origine.

Si l'admirable travail de Michel Anguier a été réalisé pour l'église royale Notre Dame du Val-de-Grâce, nos deux églises ont donc en commun d'en avoir chacune une copie !

 

Hervé Désarbre,

organiste du ministère de la Défense,

titulaire du Val-de-Grâce.

 

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