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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte de la boutique et prenez votre dose de culture quotidienne. Chaudonnaise d'âme.

Nous n'irons plus au bois... La chanson grivoise de Madame de Pompadour...

 

Nous n’irons plus au bois, les lauriers sont coupés
La belle que voilà, ira les ramasser

Refrain :
Entrez dans la danse, voyez comme on danse,
Sautez, dansez, embrassez qui vous voudrez.

Et les lauriers du bois les laiss’rons nous faner
Non, chacune à son tour ira les ramasser
Refrain

Si la cigale y dort, ne faut pas la blesser
Le chant du rossignol la viendra réveiller
Refrain

Et aussi la fauvette avec son doux gosier
Et Jeanne, la bergère, avec son blanc panier,
Refrain

Cigale, ma cigale, allons, il faut chanter
Car les lauriers du bois sont déjà repoussés
Refrain

 

La musique de la chanson serait tirée des premières notes de l’air du Kyrie grégorien de la messe De Angelis. Les paroles seraient de Jeanne Poisson, épouse du fermier général Le Normand d’Etiolles, mieux connue sous le nom de marquise de Pompadour, maîtresse du roi Louis XV. Mais là encore nous n’avons pas de preuve pour confirmer ces allégations. En fait les origines de la comptine sont complexes et nous possédons plusieurs versions sur cette histoire de lauriers.

La première fait remonter la chanson au XIIIe siècle. A cette époque, les mariages d’amour étaient fort rares.  Très souvent les couples se constituaient sur des « arrangements » entre les familles notamment en fonction des dots… Il n’était pas rare qu’une jeune fille se retrouve dans le lit d’un homme beaucoup plus âgé qu’elle et pas toujours à même « d’accomplir ses devoirs conjugaux ». La morale populaire tolérait qu’en certaines périodes de l’année, ces jeunes femmes mal mariées puissent jeter leurs bonnets par-dessus les moulins. Ces fêtes, dont la plus célèbre était la fête des fous, plus ou moins paillardes selon les traditions locales, traduisaient une survivance de cérémonies païennes telles que les saturnales romaines. La bergère ira donc au bois pour cueillir les lauriers puisque chez elle la récolte ne peut plus se faire. Mais elle n’ira pas seule, puisque, comme le dit la chanson, « chacune à son tour ira les ramasser ».

D’autres interprétations sont proposées : elles se rapportent à des faits historiques précis et sont presque impossibles à vérifier.

L’une d’elle dit que, suite à l’interdiction de la prostitution en ville promulguée par un édit de 1254 écrit par Saint Louis (Louis IX), les prostituées se réfugièrent dans les bois, notamment celui de Vincennes, utilisant les bosquets pour assurer un semblant d’intimité à leur activité. Mais deux ans plus tard, Blanche de Castille exigea de son fils qu’il interdît la prostitution en pleine nature, au vu de la mortalité importante des femmes qui s’y adonnaient. Les bosquets furent rasés et un nouvel édit fut rédigé, intimant juste l’ordre de s’établir en-dehors des villes. Voilà qui donne du sens aux « … lauriers (qui) sont coupés »; quant à « la belle que voilà », qui ira les ramasser, son métier devient plus explicite…Ces dames s’installèrent alors à la lisière des villes dans des cabanes construites en planches. Il existait un mot germanique ‘bord » qui voulait dire la « planche » qui a donné  » borda » en francique. L’ancien français fera évoluer borda vers la forme borde qui donnera, au XIIe siècle,  bordel qui désignera la maison de prostitution. Pour les distinguer des autres baraques où l’on pratiquait des activités plus licites on suspendait une branche de lauriers au-dessus de la porte.

Une autre version est un peu similaire bien que située quelques siècles plus tard. Elle est  rapportée par Alain Baraton dans  » La véritable histoire des jardins de Versailles »  :

Madame de Maintenon aurait demandé au Roi Louis XIV de faire raser les bosquets du Parc de Versailles car ils abritaient les ébats de nombreux couples illégitimes ou de prostituées et de leurs clients. Louis XIV s’irritait d’ailleurs, lui aussi, que les ouvriers en charge de construire le château soient trop souvent détournés de leurs travaux – il y avait, paraît-il, autant de filles que d’arbres dans le bois –  et il craignait que les maladies vénériennes ne ralentissent  ses projets. Les prostituées furent  chassées du Parc avec la menace de se voir couper le nez et les oreilles si elles contrevenaient à l’interdiction. Elles s’installèrent dans des maisons à Versailles, au fronton desquelles elles mirent des gerbes de laurier.

 

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