Affaire Grégory : Laurence Lacour avait déjà tout dit !

Publié le par Liliane Langellier

La nouvelle est tombée, ce matin, via le JDD du jour qui publie les pages d’un rapport de 48 pages du 10 mai dernier :

« La sentence est catégorique : "Nous pouvons affirmer que Bernard Laroche est l’auteur de l’enlèvement de Grégory". C’est ce qu’écrivent dans un rapport de 48 pages daté du 10 mai 2017 les experts du département "Sciences de l’analyse criminelle" de la gendarmerie. Ils estiment avoir démontré que l’enlèvement de l’enfant, le 16 octobre 1984, a été effectué par Laroche, accompagné de sa nièce Murielle Bolle. Et que l’assassinat qui suivit fut l’oeuvre d’une deuxième équipe. Cette conclusion choc a été formulée avant le témoignage controversé du cousin de Murielle Bolle qui a défrayé la chronique durant l’été.

Pour parvenir à cette certitude, les enquêteurs s’appuient sur une reconstitution d’ensemble, fondée sur de nouveaux recoupements et sur des témoignages oubliés, exhumés d’un dossier judiciaire vieux de 33 ans. Par exemple, celui de l’amant d’une fermière de Lépanges qui a certifié avoir vu Laroche "et une rouquine" (Murielle Bolle a les cheveux roux) s’approcher de chez les Villemin l’après-midi du crime. Si ce détail avait été connu dès 1984, tout aurait sans doute été différent. »

 

Lire la suite sur :

 

http://www.lejdd.fr/societe/revelations-sur-laffaire-gregory-les-decouvertes-des-gendarmes-qui-relancent-lenquete-3431846

Et sur France Info :

"Le rapport de gendarmerie apporte néanmoins une précision de taille :"l'assassinat qui suivit fut l'œuvre d'une deuxième équipe", rapporte l'hebdomadaire. Le nouveau scénario est celui "d'un meurtre en famille", comme l'a confié au JDD Thierry Moser, l'avocat des parents de Grégory. Un crime en deux actes, d'après le magazine. "

http://www.francetvinfo.fr/faits-divers/affaire-du-petit-gregory/affaire-gregory-bernard-laroche-est-l-auteur-de-l-enlevement-affirme-un-rapport-de-gendarmerie_2365852.html

Ainsi ce serait tout simplement une simple histoire d’adultère inavouée qui aurait empêché la vérité, cette précieuse vérité, d’éclore !

Le terrible silence.

Celui des voisins, bien sûr.

Mais aussi celui des membres de la famille.

Pour le silence des voisins...

Voilà ce qu’écrit Laurence Lacour en pages 581/584 de son livre « Le bûcher des innocents » :

« Un mois après sa prise de fonction (Octobre/Novembre 1990), Jean-Paul Martin reçoit un fax en provenance du cabinet de l’avocat mulhousien de Christine et Jean-Marie Villemin, Me Thierry Moser. Le texte a de quoi surprendre. Il contient les révélations que vient de faire à l’avocat Mme Charlotte Conreaux, l’Alsacienne qui, en 1986, avait acheté le pavillon des Villemin à Lépanges-sur-Vologne, devenu sa résidence principale. Alors qu’elle est venue consulter Me Moser pour un litige d’ordre privé, la conversation s’engage sur l’assassinat de Grégory et la reprise de l’enquête. En la raccompagnant à la porte de son bureau, l’avocat la salue en ces termes vagues :

- On se reverra sans doute bientôt à Lépanges.

Mme Conreaux se retourne, l’air étonné :

- Ah ! ça veut dire que Mme Claudon a parlé ?

Mme Claudon n’a pas parlé mais Mme Conreaux va le faire à sa place devant l’avocat ébahi. Trahie par sa spontanéité, elle accepte de lui révéler ce que la voisine des Villemin lui a confié en juillet 1986, peu après son installation sur les hauts de Lépanges (NDLR Deux ans après le crime !) Le jour du crime, sur la route de sa pâture vers 17 h 15, Marcelle Claudon a croisé « une voiture verte conduite par Bernard Laroche, accompagné d’une autre personne » (in arrêt de non lieu du 3 févier 1993). Elle n’en a jamais rien dit aux enquêteurs ni aux juges, car d’une part, elle a reçu des menaces d’incendie de sa ferme peu après et, d’autre part, l’ami qui la conduisait jusqu’à son pré avec une voiture de service ne devait pas se trouver à Lépanges à cette heure-là. En sortant de l’anonymat, cet homme risquait de perdre sa place et, dès le lendemain de l’assassinat, il était venu demander à la famille Claudon de taire sa présence dans leur ferme la veille.

Me Moser n’en revient pas. Voilà six ans que l’on soutient à Christine Villemin qu’elle est l’auteur du crime car aucun mouvement inhabituel n’a été vu autour de chez elle. En décembre 1985, Me Paul Lombard ironisait en lui demandant si, selon elle, « des extraterrestres » étaient venus enlever son enfant. Mme Conreaux révèle également les noms des autres voisins, informés du passage de cette voiture verte le 16 octobre à l’heure de la disparition de Grégory. « Le couple dans une voiture verte » était d’ailleurs le thème de nos premiers reportages dès les 17 et 18 octobre 1984. Ker et Pradier avaient recueilli ce même témoignage un an avant Mme Conreaux et l’avaient publié, sous couvert de l’anonymat, dans leurs journaux respectifs (NDLR : Paris Match et Détective). Mais en cette époque d’hystérie autour de Christine Villemin, il était passé inaperçu.

Les gendarmes retrouvent l’ami de Marcelle Claudon, Claude Colin, désormais à la retraite et « soulagé » de se libérer d’un tel poids si longtemps après (in Procès-verbal de Claude Colin du 22 novembre 1990). Il confirme les révélations de Charlotte Conreaux en livrant un récit détaille. Le 16 octobre 1984,

« il s’était arrêté vers 16 h 30 au domicile des Claudon pour y boire un café et au moment de son départ [qu’il situe entre 16 h 50 et 17 h 10], la fermière lui avait demandé de la déposer dans son parc à bestiaux. Alors qu’ils se trouvaient entre la ferme et le domicile des parents de Grégory, sur un chemin étroit, ils avaient croisé une voiture venant en sens inverse et dont le conducteur avait dû se garer, pour les laisser passer, à l’entrée d’un pré où était implantée une éolienne. Au moment où les deux véhicules se faisaient face, presque à l’arrêt, à cinq ou six mètres l’un de l’autre, Mme Claudon, qui était pressée, avait dit à l’autre chauffeur « Dégage ! » avec un geste énergique du bras. Le conducteur était un homme assez corpulent et la passagère, assise sur le siège avant droit, était une femme aux cheveux roux, signalement pouvant correspondre à ceux de Bernard Laroche et de Murielle Bolle. » (in Arrêt de non-lieu du 3 février 1993).

Le lendemain, ayant appris le crime, Claude Colin était revenu chez les Claudon pour demander de dissimuler sa présence et tout le monde s’était mis d’accord pour taire son passage. M. Claudon, entendu comme soi-disant chauffeur de sa femme au volant de leur fameuse Méhari, affirma toujours avoir longé la maison des Villemin « sans faire attention à ce qui se passait » (in procès-verbal de Jean-Louis Claudon du 7 octobre 1987) – et pour cause – lors de l’une des reconstitutions de l’automne 1987 leur fils Christian ordonna à sa mère de se taire. Ce jour-là, la fermière avait paru très agitée à tous les voisins, qui s’attendaient à la voir parler. Pour se calmer, elle avait dû prendre des cachets. Interrogé sur leurs éventuels scrupules depuis tant d’années, Claude Colin confirme que la fermière était « travaillée » par ces faits (in procès-verbal de Claude Colin du 22 novembre 1990).

« Pour ne pas revenir en arrière et à cause de la presse, car celle-ci en a abusé, elle n’a jamais pu dire la vérité […] Au début, lorsque nous avons décidé que Jean-Louis Claudon témoignerait à ma place, j’ai considéré qu’il n’y avait pas faute, c’était simplement pour m’arranger vis-à-vis de mon employeur. Au fur et à mesure que les faits prenaient de k’importance, je me suis aperçu de mon erreur, mais je ne pouvais plus revenir en arrière »

Le retraité conduit ensuite les gendarmes sur les lieux pour leur montrer l’endroit exact où, selon lui, s’est produit le croisement. Tout est photographié, mesuré et consigné. Les unes après les autres, les voisins confirment aux enquêteurs les révélations de la retraitée alsacienne que le secret « rendait malade » (in procès-verbal de Mme Rollot du 15 novembre 1990). Partagés sur la conduite à venir, certains avaient suggéré d’envoyer un courrier anonyme dactylographié à Maurice Simon pour l’en informer. Mais « les médias faisant état que la vérité allait éclater » (in procès-verbal de Séverine Rollot du 5 décembre 1990), selon l’un d’entre eux, ils y avaient renoncé. D’autres, comme le couple Méline, pourtant premier témoin de l’affolement et de la détresse de Christine Villemin, ont donné une version moins digne de leur silence.

« Nous n’avons jamais fait état de ces faits lors de nos précédentes auditions car on ne nous a pas posé de questions. Vous savez, on ne veut pas moucharder. Je pense personnellement que Mme Claudon aurait pu le dire elle-même. Elle m’a dit : « On aurait dit Laroche ». Bien que mon mari connaissait la vérité, il a toujours dit que c’était une Méhari, celle de Mme Claudon, et que c’était son mari qui conduisait. C’était un secret pour nous. Entre voisins, on ne se critique pas. On nous confie un secret, on le garde. » (in procès-verbal de Mme Méline du 5 décembre 1990)

Entendue par les gendarmes, puis par le président Martin, Marcelle Claudon reconnaît avoir caché la présence de son ami, mais, en contradiction avec tous, nie farouchement avoir croisé qui que ce soit ce jour-là. Elle semble craindre des représailles sur sa propriété, peut-être justifiées quand on sait que l’appartement du témoin Jean Descy a été ravagé par un incendie au lendemain de la divulgation de son témoignage. Mais, à la lueur de ces éléments, on comprend mieux l’attitude de cette fermière qui, dès le lendemain de l’inculpation et de l’incarcération de Christine Villemin, insistait pour livrer à qui voulait l’entendre des données chronologiques innocentant celle-ci.

Ces révélations ne peuvent qu’inquiéter Marie-Age Laroche qui, d’année en année, tempête contre ce « déni de justice » qu’est le non-jugement de Jean-Marie Villemin. »

In Laurence Lacour « Le bûcher des innocents » pages 581 à 584.

« Mme Méline affirmera quant à elle avoir reçu par deux fois les confidences de Marcelle Claudon qui, parlant du conducteur de l’autre véhicule, avait ajouté : « Il portait un pull-over jacquard et avait des moustaches. On aurait dit Bernard Laroche » (In arrêt du 3 février 1993).

(…) Toutes ces informations, directes ou indirectes, sont confirmées par le gendarme Lachaussée. Dès le mois de janvier 1985, celui-ci avait en effet appris que du côté des Claudon, on avait vu quelque chose d’important le jour du crime. L’information, imprécise mais facile à creuser, était remontée jusquà moi, mais le juge Lambert avait sèchement interdit que l’on poursuive dans cette voie. A cette époque, déjà obnubilé par le cas de Christine Villemin, il estimait ces recherches stériles…. J’ai évidemment regretté plus tard n’avoir pas consigné ces éléments par écrit. Mais cela aurait-il changé le cours désespérant de cette histoire ? »

In Etienne Sesmat « Les deux affaires Grégory » pages 271 à 275.

"(...) Le juge Maurice Simon fut terrassé par la fatigue. (...) Devant l'incapacité à instruire il fallait procéder au remplacement de "M. le conseiller Simon empêché". La chambre d'accusation commettait son nouveau président, M. Jean-Paul Martin pour procéder au supplément d'information, le 19 septembre 1990.

Les deux années qui suivirent peuvent être qualifiées de "ternes". L'instruction se poursuivait avec le même souci du détail, de l'audition du témoin qui n'avait rien vu, de celui qui aurait dû voir, de celui qui a menti - mais de "bonne foi" - ou du journaliste avait des choses à dire. Et Christine Villemin était toujours inculpée..."

In épilogue de "Le secret de la Vologne" de Jacques Corazzi (page 236).

Et curieusement, sans plus de fioritures, et de façon assez laconique, dans le livre de Jean-Marie et Christine Villemin "Le seize octobre" (page 218) :

"J.-M. : Le président Martin a recueilli les témoignages des voisins expliquant enfin ce qu'ils cachaient depuis six ans, c'est-à-dire la présence le 16 octobre entre 17 heures et 17 h 20 d'une voiture avec un homme et une femme aux cheveux roux sur le chemin de notre maison."

 

Donc, un témoignage connu depuis novembre 1990, qui ressort dans un rapport du 10 mai 2017, et, que le JDD révèle aujourd'hui 10 septembre !!!!

http://www.lejdd.fr/societe/affaire-gregory-les-sept-revelations-du-jdd-3431864

Sur les sept révélations, seules deux révélations n'étaient pas mentionnées par Laurence Lacour. Car ce sont des témoignages récents :

- celui de Monique Villemin, qui était au courant, par son fils Michel, des dires de Muriel Bolle accusant Bernard Laroche de l'enlèvement de l'enfant, bien avant le témoignage de Muriel Bolle aux gendarmes,

- celui de la fille unique de Marcel et Jacqueline Jacob, Valérie, qui atteste avoir vu son père scruter souvent la plaine à la jumelle : "Mon père, du temps où j'étais ado, était toujours chez lui avec ses jumelles à regarder en direction de la plaine".

Valérie Jacob révèle que son père lui a téléphoné, très tôt, le jour du meurtre, pour savoir ce qui se disait sur "l'affaire".

L'emploi du temps de Marcel Jacob reste sujet à caution.

Pour les cinq autres :

- le témoignage de l'infirmière Jacqueline Girod/Goblain, 

- les révélations des ADN de la famille,

- l"enquête du juge Simon, 

- le témoignage et la réfutation de Muriel Bolle,

- et enfin, les témoignages tardifs des voisins,

Laurence Lacour avait déjà tout révélé dans son livre.

Alors...

Quelle perte de temps !

Pourquoi tant de silence !

Est-ce une tactique que de révéler au compte-gouttes les vérités de cette affaire ?

A suivre...

Liliane Langellier.-

 

Illustration du journal Le Monde

Illustration du journal Le Monde

Publié dans L'espiègle Lili

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