S comme... Senior !

Publié le par Liliane Langellier

"Quand je cesserai de m'indigner, j'aurai commencé ma vieillesse."

André Gide

Cela m'est venu d'un coup...

Personne ne m'en avait jamais parlé...

Et pour cause !

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Je ne sais plus avant, mais au début de mon pénible deuil, j'avais à peine 40 ans, et j'en faisais déjà bien moins...

J'avais perdu 10 kilos pendant sa maladie et gagné un physique d'adolescente en jeans et en salopettes... Avec de superbes chemisiers Kenzo et une très jolie fleur rouge épinglée en défi de l'autre côté du coeur...

J'étais ailleurs...

Pas du tout en état de "me remettre sur le marché"... A mi-chemin entre peine et poésie, amour bercé par les vers désolés des grands auteurs...

C'est ainsi que l'un des plus jolis petits chefs de publicité du journal...

Un blond élevé au lait et aux céréales, avec la classique grande mèche raide et drue lui barrant le front, et, le pull négligemment jeté sur les épaules...

Un jeune blond s'est épris de moi...

Assiégeant mon bureau, mes amies, mes sorties pour déjeuner...

J'ai oublié son prénom...

Mes amies qui rêvaient d'être courtisées par une telle beauté m'ont assommée de recommandations !

J'ai accepté un déjeuner dans une librairie anglaise proche...

Et je me suis ennuyée à mourir..

Evidemment quand tu as été invitée dans le restaurant du Royal Monceau par un autre grand blond, plume célèbre de la rédaction et incollable en cinéma américain, ça ne peut pas le faire...

Là, je ne savais que dire...

J'avais juste appris que sa mère avait été veuve très jeune...

Projection, votre honneur !

Je l'ai quand même emmené un soir chez mon pote au CocoBakonyi des Halles...

Et là, j'ai du m'esquiver de table pour aller soulager un intestin capricieux qui me faisait part de sa totale désapprobation !

Non seulement je m'ennuyais, mais je somatisais comme une bête.

Le joli blond a continué sa cour pressante...

A tel point que mon pote le Polak (oui, le célèbre critique de cinéma américain), un jour, intrigué du manège, m'a décoché : "Tu sais, Lili, les jeunes hommes c'est comme les produits frais laitiers, il faut les consommer, y'a des dates de péremption !"

Mais Lili avait déjà un autre homme en tête...

Plus âgé qu'elle cette fois mais tellement tellement brillant !

.................

Quand j'ai attrapé mes 50 ans...

Et bien quand j'ai attrapé mes 50 ans, je travaillais à l'accueil d'une PME proche de Chaudon...

Je continuais aussi mes piges pour la presse locale...

J'avais dû couvrir des élections municipales... Avec autant de places à donner que de candidats...

Joie de se retrouver avec 3 listes pour un village de 1.000 habitants !

C'est ainsi que j'ai connu Patrick...

Je l'avais interviewé avec son co-listier dans sa superbe baraque secondaire.

Il m'avait fait beaucoup rire.

L'humour juif et franc-mac !

Tout ce que j'aime depuis toujours ! Et pour toujours !

Détail non négligeable : il ressemblait à Jean-Pierre Cassel.

En me remettant ses documents, il m'a demandé mon numéro de téléphone, pour le cas où...

Il faisait chaud et je n'ai pas renâclé en lui refilant ma carte.

Il m'a invité à dîner...

Et je n'ai pas dit non !

Seul petit problème, le portail électrique s'est coincé juste après mon arrivée...

Et il a fallu appeler d'urgence un électricien...

Un gag à la Woody Allen !

Nous avons beaucoup ri mais pas que...

Patrick était un Versaillais brillant avec deux sociétés de conseils juridiques et financiers...

Il avait été, un temps, le boyfriend de Miou-Miou.

Il était drôle, certes, mais il était surtout excessif !

Il m'appelait cinq à six fois de suite à l'accueil de ma société... 

Quand je décrochais, j'entendais "ma chérie, mon amour" en réponses à mes allô bien pros...

Il a décidé de venir me chercher pendant ma pause déjeuner...

J'ai cédé.

Il est venu avec sa superbe voiture de sport découverte, un disque "Jérusalem..." à fond la caisse...

Toutes les midinettes étaient aux fenêtres et j'étais rouge de honte de tout ce déballage !

A peine rentrée, la petite Sandrine, dévorée de curiosité, est venue m'interroger de plus près...

"Mais c'est qui ???"

"Tu te rends compte que sa décapotable SAAB de collection coûte 16 plaques !"

Je ne connaissais rien et je n'ai jamais rien connu aux voitures....

Mais j'ai réalisé que, lorsqu'il venait me retrouver à "La Louise", il garait négligemment la superbe voiture sur le petit trottoir, juste devant ma fenêtre de chambre...

Au risque de se la faire accrocher !

"T'as de la chance, a ajouté Sandrine, il est mignon et friqué..."

Oui peut-être, mais voilà que le "mignon et friqué" a décidé de racheter la société où je travaillais... Qu'il voulait rencontrer mon boss en urgence...

Je l'ai dissuadé illico en mourant de rire !

Il m'a invité au Club Med...

J'ai encore décliné.

Et puis...

Et puis il est devenu jaloux quand j'ai dû préparer une conférence pour le petits-fils Seznec. Sur l'affaire du même nom.

En boucle, c'était "Qu'est-ce qu'il a de plus que moi ???"

Et alors là...

Les hommes jaloux...

Pas pour moi !

Même et surtout à 50 piges...

.............

Cette année, j'ai été invitée à mon premier goûter de seniors.

Même si je ne change de décade qu'en août prochain.

Je ne me suis sentie nullement diminuée de participer à ce genre d'événements, au contraire, j'ai bien rigolé avec mes copines adjointes au maire.

On a l'âge qu'on parait.

Et c'est au cours de ce goûter que l'adorable Jeannette m'a appelée à leur table pour me demander ce que je faisais là car j'étais encore loin des 70 ans...

Pas tant que ça !

Ses copines pariaient pour 50 ans !

Moi, je ne compte plus...

Dans mon coeur, j'ai toujours 18 ans !

Et puis voilà que l'un de mes jolis voisins - en formation pour être moniteur d'Auto-Ecole  - a présenté un rapport sur la conduite pour les seniors.

C'est moi qui lui ai refilé l'idée et le sujet, car j'avais reçu une invitation pour assister à une remise à niveau de la conduite pour les seniors par la Caisse de Retraite des Imprimeurs.

Je lui ai aussi refilé le contact de la responsable du Club du Troisième Age.

Car il semblait intéressé pour en faire le sujet de son mémoire : "La conduite pour les seniors".

J'ai assisté à sa présentation et je l'ai aidé en prenant les photos de l'assemblée.

J'ai relu le mémoire en corrigeant les fautes d'orthographe et de français.

C'était un bon boulot !

Dans ce travail, il a fait notamment mention du "S" que l'on peut coller à l'arrière de sa voiture.

Quand je vois comment Big Mamma conduit dans ma résidence, trois "S" ne seraient pas du luxe !!!

Un danger public pour elle mais surtout pour les autres...

Alors...

Alors je me suis lancée.

J'ai recherché les articles sur ce foutu "S".

Et j'en ai trouvé.

J'ai fini par le commander sur Amazon. Pour 3,99 euros.

On en serait resté là, si, au cours d'une discussion avec une voisine plus âgée que moi, je ne lui avais pas mentionné mon idée.

Alors, là, Ouragan sur le Caine !

"Jamais, vous m'entendez bien, jamais je ne mettrais un S à ma voiture ! Je conduis encore très bien, moi !"

Sous-entendre dans le langage latent "Ce n'est pas ton cas !"

C'est aussi ici, que pour la première fois de ma vie, une voisine m'a surnommée "Mammy ".

Aucune importance.

Bien que je ne sois hélas pas une mammy car je n'ai pas eu d'enfants et que c'est toujours très douloureux.

Joie du monde virtuel, j'ai dû quand même ôter ma date de naissance de Twitter. Car des petits merdeux, à bout d'arguments me disaient d'aller prendre mes gouttes...

Si, si le racisme anti vieux existe et tout le monde n'a pas été bien élevé !

Qu'importe...

Je sais très bien que je ne parais pas mon âge.

Alors les femmes jalouses...

Bon.

Donc la voisine rentre dans une colère noire à cause de mon idée de "S".

J'ai eu beau argumenté que les jeunes conducteurs se collent bien un "A" d'avertissement. Rien n'y a fait.

J'avais touché/coulé son point faible.

Celui de la douleur de certaines femmes de ne plus être parce qu'avoir été.

La voisine, en colère,  s'est répandue dans notre petite résidence en racontant à qui voulait bien l'entendre que je voulais l'obliger à mettre un "S" sur sa propre voiture.

Misère de la bêtise humaine.

Règlements de compte de vieilles filles aigries.

A la fin du discours, comme elle m'avait excédée par trop de mauvaise foi, je me suis rebellée : "Il est où le problème puisque vous gardez vos cheveux blancs sans jamais les teindre, ce qui, plus qu'un "S" vous fait stigmatise pour une senior toujours et partout ????"

Après son départ, j'ai quand même filé rapidos voir sur Ouikiki la définition du mot "Senior".

Alors...

On est dit "senior" dans une entreprise quand on a dépassé 45 ans.

On est dit "senior" par les médecins quand on atteint les 70 ans.

Surprenant, non ?

J'ai failli renoncer à la pose de mon "S" car les ragots malsains m'avaient abattue...

Et puis, ce matin, que nenni !

J'ai toujours fait ce que j'ai décidé.

Je ne souhaite pas lancer une mode.

Juste faire savoir aux "seniors" que le "S" existe et qu'il est une mesure de précaution pour soi et pour les autres.

Comme devrait l'être aussi la visite médicale obligatoire pour les conducteurs à partir de...

A 70 ans, on n'a plus les mêmes réflexes qu'à 20 ans !

C'est une réalité incontournable.

J'ai conduit dans de nombreux pays de monde, en Angleterre et à Jersey (à gauche) notamment et surtout surtout à Los Angeles.

Là où je vis, par rapport aux autres locataires, moi, j'ai eu une vie.

Riche, pleine, dense, diverse, variée...

J'ai toujours fait ce que j'aimais.

Et je ferai encore ce que j'aime.

Même avec un "S" collé au derrière de ma voiture.

Ah oui, en même temps que le "S" je me suis aussi commandée un auto-collant de mon université "U.C.L.A.".

Histoire de faire savoir que j'en étais diplômée...

Alors un "S" de précaution ?

Oui mais quelle tempête dans un verre à liqueur.

On ne peut pas assumer pour les autres leur âge.

Un "S" qui ne signifie pas "Stigmatisé", juste attention "Senior"...

Histoire d'attendre des autres conducteurs un peu plus de respect.

Parce qu'on ne peut définitivement pas être et avoir été.

Qu'on se le dise !

Liliane Langellier

 

S comme... Senior !

Publié dans L'espiègle Lili

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