Quand sort la recluse...

Publié le par Liliane Langellier

« L’oiseau a son nid, l’araignée sa toile, et l’homme l’amitié. »

William Blake

Elle a récidivé…

Oui, elle a récidivé, Fred Vargas…

Depuis « Temps glaciaires » paru chez Flammarion en 2015, elle a récidivé pour notre plus grand bonheur à tous.

Et avec le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, s’il vous plaît !

Celui dont on tombe toutes amoureuses.

Avec ses deux montres arrêtées au poignet. Ses tenues « noir c’est noir » : sa veste froissée, son tee shirt élimé…

Son côté flâneur et flegmatique…

« Le commissaire Adamsberg se distingue de prime abord par son absence de méthode d’investigation ; il est incapable d’analyser ou de soutenir consciemment un long raisonnement. Il obtient pourtant des résultats grâce à son intuition et surtout à sa grande sensibilité. »

Et, cerise sur le gâteau, cet air absent qui séduit tant !

Sans compter son incroyable équipe : Danglard, Retancourt, Voisenet, Estalère, Froissy, Veyrenc,…

Oui surtout surtout le lieutenant Louis Veyrenc de Bilhc, l’homme aux 12 mèches rousses, pays avec Adamsberg…

Et leur lieu gastronomique : le restaurant La Garbure, où ils dégustent, en palabrant, le délicieux plat traditionnel du même nom, un plat des Pyrénées : une soupe aux choux mêlée des restes divers du potager, et, si possible, de jarret de porc. Voire de confit de canard pour faire plus léger !

Donc…

Le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg doit renoncer aux brumes de son île islandaise suite à un rappel sibyllin : « Femme écrasée. Un mari, un amant. Pas si simple. Présence souhaitée. Informations suivent. »

Un crime dans la rue du Château-des-Rentiers. Dans le secteur du 13e (arrondissement) sud.

Une femme écrasée par le 4x4 de son mari qui aurait été conduit par son amant.

L’amant dit ne pas connaître la donzelle…

Et l’enquête se resserre rapidement sur son avocat de mari.

  • Jà ! comme dirait Gunnlaugur l’Islandais.

L’affaire est réglée en deux temps trois mouvements. Pour avoir remarqué de la terre à l’angle des annulaires et des pouces du mari, Me Carvin.

Mais voilà que le bel Adamsberg se penche par hasard (le hasard existe-t-il) sur l’ordinateur de son collègue ichtyologue Voisenet. Pour y découvrir tout un toutim sur l’araignée recluse. Et sur un homme mordu à Carcassonne.

Voisenet s’intéresse de près aux morsures de l’araignée pour avoir eu un grand père mordu dont on a du amputer la jambe. Et qui, malgré l’amputation, a peu survécu à cette morsure.

Adamsberg est intrigué et il en invite Voisenet à dévorer des pâtes chez lui pour parler avec plus de tranquillité.

« Comment cela se présente, une réaction à la morsure d’une recluse ? Pourquoi meurt-on ? » demande Adamsberg.

« Eh bien son venin n’est pas neurotoxique, comme il l’est chez la plupart des araignées. Il est nécrotique. C’est-à-dire qu’il décompose les chairs autour de la morsure. La nécrose peut s’étendre sur vingt centimètres de long et dix de large. (…) C’est une gangrène. Avec des antibiotiques, elle régresse et s’éteint. » répond Voisenet.

L’affaire se corse quand décède la troisième victime à l’hôpital de Nîmes.

S’enfoncer sur Internet dans les profondeurs des forums avec les discussions à chaud se révèle édifiant.

Mais que fait un bon flic devant pareille situation ?

Il cherche bien évidemment les points communs des victimes de la recluse dans le Sud-Est.

Juste histoire de voir.

Mais quand plusieurs bons flics s’y mettent…

Et que Adamsberg, pour en savoir toujours plus, prend rendez-vous avec le professeur Pujol, arachnologue réputé, cela prend une curieuse tournure.

A ce rendez-vous, Jean-Bapt’ n’est pas seul.

Une petite dame, la soixantaine avancée, est assise près de lui sur le banc en bois instable.

Et…

Et justement elle apporte une recluse au professeur Pujol.

Adamsberg est sympathique, trop sympathique. Et la petite dame lui donne illico à voir la bestiole.

« Adamsberg regarda avec attention la bête brune recroquevillée derrière le plastique jauni. Une araignée morte, ça n’a plus l’air de rien. Vous écrasez une tégénaire géante, il en reste un petit pois. Aujourd’hui, parler de la recluse et même la voir pour la première fois ne déclenchait en lui aucun trouble. »

Pendant ses échanges avec l’arachnologue, le commissaire apprend rapidement qu’il faut le venin de 44 glandes de recluses pour infliger les nécroses qui ont tué les Nîmois.

Et 180 recluses pour tuer trois hommes.

C’est aussi à ce moment précis que le commissaire apprend l’existence des blaps, les scarabées funèbres, les scarabées puants, ou les blaps annonce-mort.

Mais c’est à bien d’autres blaps qu’il va avoir à faire.

Pas aux insectes qui se nourrissent de merdes de rats.

Mais à des humains bien retors.

Des orphelins qui ont semé la haine, la violence, le viol et la mort à Nîmes.

Et que la petite dame a connu – par hasard (encore !) – dans le Café « La Vieille Cave ». A l’heure de l’apéro.

Intriguée par leurs conversations elle était !

Albert Barral, Fernand Claveyrolle et Claude Landrieu. Victimes du venin des recluses.

Ce qui lui permet d’affirmer au commissaire que les deux premiers vieux tués par des recluses se connaissaient depuis l’enfance…

Va s’en suivre une enquête échevelée.

Autour d’un orphelinat qui s’appelait « La Miséricorde ».

Pas très loin de Nîmes justement.

Une enquête pas prévue pour la brigade qui n’en a que foutre des araignées…

Une enquête en lousdé à son début mais qui va rapidement envoûter toute la dite brigade !

Avec, comme d’habitude, un prix d’excellence pour Violette Retancourt, surnommée la déesse, une mignonnette lieutenante, géante baraquée aux qualités multiples.

Ajouter à cela des souvenirs d’enfance d’Adamsberg au sujet d’une vraie recluse (une humaine, celle-là) qu’il a connue avec sa mère, dans un pigeonnier près de Lourdes… Et dont il garde un souvenir traumatisant…

Et vous aurez tous les ingrédients d’un excellent polar !

A la fin du livre, Fred Vargas remercie le docteur Christine Rollard, arachnologue du Museum national d’Histoire naturelle pour l’avoir ainsi documentée sur les petites bêtes.

Nous on la remercie…

Elle, Fred Vargas, l’archéozoologue médiéviste, la folle des mots et de la précision, l’enragée du verbe et du suspens…

Celle qui a choisi son pseudo en hommage à Maria Vargas / Ava Gardner dans « La Comtesse aux pieds nus ».

Elle nous a tellement englués dans sa toile, que l’on s’y prélasserait bien encore un peu…

479 pages à lire d’urgence, sauf…

Et bien…

Sauf si vous êtes arachnophobe, of course !

Liliane Langellier

Quand sort la recluse...

Publié dans L'espiègle Lili

Commenter cet article