Macron ou l'irrésistible ascension d'un bourgeois amiénois...

Publié le par Liliane Langellier

«Car c'est ainsi que nous allons, barques luttant contre un courant qui nous ramène sans cesse vers le passé.»

Fitzgerald (Gatsby)

On le compare volontiers à des héros de Balzac…

A Lucien de Rubempré, de la Comédie Humaine…

Né Lucien Chardon et fils d’un pharmacien d’Angoulême…

Ou encore à Eugène de Rastignac du père Goriot et à son célèbre « A nous deux maintenant ! »

On le compare encore à Napoléon (le pouvoir à 30 ans lors du coup d'Etat du 18 brumaire - 9 novembre 1799) et surtout à ses maréchaux d'Empire.

Et aussi à John Fitzgerald Kennedy (Président à 43 ans).

Mais qui est vraiment Emmanuel Macron, notre nouveau président ?

Une enfance dans un cocon bourgeois

Emmanuel Macron est né le 21 décembre 1977 à 10 h 40 à Amiens (avis aux férus d’astrologie : Sagittaire ascendant Verseau)…

Ses parents habitent une jolie maison bourgeoise du quartier huppé d’Héronville.

Il est en effet le fils de Françoise Noguès et de Jean-Michel Macron.

Il est aussi l’enfant roi tant attendu.

Comme en témoigne son prénom Emmanuel « Fils de Dieu ».

Ses parents ont douloureusement perdu une petite fille à la naissance, un an plus tôt…

« Un enfant mort-né qui n’a même pas eu le temps d’avoir un prénom ».

De là à penser que, dès sa naissance, Emmanuel est investi d’une mission, il y a peu !

Ses deux parents sont donc médecins.

Sa mère, Françoise Noguès-Macron est fille d’enseignants.

Le berceau familial se situe à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées).

La mère de sa mère, Germaine Noguès dite « Manette » est une directrice d’école à la retraite. Elle est née Arribet, d’un père chef de gare et d’une mère femme de ménage.

Cette fameuse arrière grand-mère illettrée dont Emmanuel Macron a parfois fait allusion avec maladresse (cf les salariées de l’entreprise Gad).

Germaine Noguès a suivi des études de lettres par correspondance pour obtenir son diplôme qui lui permettra d’enseigner…

La ténacité est bien dans la famille !

Cette fameuse Germaine Noguès quitte rapidement le domicile de ses parents en emmenant avec elle sa propre mère qui était ce qu’on appelle aujourd’hui « une femme battue »…

La lutte pour le combat des femmes est donc bien dans les gènes d’Emmanuel.

Le mari de Germaine « Koulou » est également enseignant.

Et voilà donc l’école de la République si chère à Macron…

Son père, Jean-Michel Macron est aussi né d’un milieu modeste. Originaire de Picardie, c’est un intello pur et dur.

Féru de français, latin et grec, il rêvait de devenir archéologue.

C'est lui qui veillera attentivement sur les études de grec et de latin du jeune Emmanuel. Qu'il fera patiemment répété.

Reçu premier à l’internat d’Amiens, il se spécialise alors en psychiatrie, puis en neuro-physiologie.

Françoise et Jean-Michel se marient en 1975. Et à l’église, encore !

1976 : la petite fille mort née.

A cette naissance, Françoise risque d’être emportée par une septicémie.

1977 : naissance d’Emmanuel en décembre.

1979 : 18 mois plus tard : Laurent.

Puis enfin en 1982, la petite dernière : Estelle.

L’école communale et le lycée

Emmanuel fréquente l’école publique jusqu’en CM2.

Ecole qui se trouvait presque au bout du jardin.

Ses parents travaillent dur et c’est auprès de sa grand-mère « Manette » que l’enfant va s’épanouir.

« Il sait lire à cinq ans. Sa mère le pense hypermnésique, doué d’une mémoire phénoménale, il connait très jeune les grandes figures de la mythologie grecque. » in Anne Fulda.

Emmanuel est très vite une coqueluche en classe. Il préfère toutefois s’adresser à ses maîtres plutôt qu’aux élèves…

C’est donc à cette époque qu’Emmanuel commence à nouer des liens très privilégiés avec sa grand-mère Manette.

Il sait lire à cinq ans.

Elle lui apprend à travailler : la grammaire, l’histoire, la géographie…

Elle lui transmet aussi son amour de la littérature : Molière, Racine, Colette, Giono, Giraudoux, etc...

Elle lui transmet également sa passion pour Chopin.

« A partir de là, l’ancienne directrice de collège et le petit garçon à la gueule d’ange ont noué des liens peu communs. Exclusifs. Intenses. Exigeants. Extraordinaire au sens littéral du terme. » in Anne Fulda.

En sixième, et sur le conseil de cette grand-mère, il intègre le collège privé de la Providence (« La Pro »). Un collège d'Amiens géré par des jésuites dont la devise est « Etre, Agir, Réussir, Grandir. »

Les Jésuites, ces experts de la rhétorique et du langage…

« ‘’La Pro’’ avec sa piscine intérieure, sa ‘’pastorale’’, les cours de catéchisme (très) facultatifs, et sa salle de spectacle, à l’étage d’un sinistre bloc de béton, sis au fond de la cour. Là où tout s’est joué. »in Nédelec et Derrien.

D'une famille non pratiquante, il demande lui-même le baptême à l'âge de douze ans.

Toujours le premier aussi dans les activités extra scolaires… Tennis, foot, natation sans enthousiasme mais surtout surtout piano et théâtre.

« A la Pro, l’adolescent se balade Emmanuel avait une intelligence exceptionnelle » se souvient le journaliste Antoine Marguet, ancien élève. Il se savait différent. A 14 ans, il se rêvait comme auteur. Moi, je l’imaginais prix Nobel de littérature. Je lisais ses lettres dotées d’un style flamboyant. On se rendait compte que ce type était différent. » in Marc Endeweld.

Il est tenté par le théâtre...

Et à 15 ans, on ne voit que lui sur scène... Lorsqu'il joue le rôle d'un épouvantail dans "La comédie du langage" de Jean Tardieu.

Il est brillant. Très brillant.

Il présente ainsi et obtient en classe de première, à 16 ans, le Concours général de français.

Et le Troisième Prix de piano au conservatoire d’Amiens.

Avant de partir faire sa terminale au célèbre lycée parisien Henri IV.

Terminale et classes préparatoires

A la rentrée 1994-1995, Emmanuel Macron intègre donc la classe de terminale au lycée Henri IV. Il obtient son baccalauréat avec mention Très Bien avant d’intégrer hypokhâgne B/L (avec économie en prime). Puis khâgne.

« ça a été très dur, il s’est retrouvé à 11-12 de moyenne, mais à Noël, il avait comblé son retard » assure sa mère. in Anne Fulda.

Il occupe alors une petite chambre de bonne modeste, avec les toilettes sur le palier, située tout près du lycée Henri IV, rue Pierre et Marie Curie.

Il y logera un an avant que ses parents achètent un appartement rue de la Santé. Appartement qui profitera à leurs deux autres enfants, Laurent et Estelle.

Seul échec du futur président, mais pas des moindres et qui sera longtemps douloureux, Emmanuel rate par deux fois le concours d’entrée à Normale Sup rue d’Ulm.

« Il était brillant à l’oral, mais ce n’était pas quelqu’un qui approfondissait. En fait, il n’était pas assez solide sur les fondamentaux pour pouvoir réussir le concours de le rue d’Ulm » critique un ancien camarade de prépa. » in Marc Endeweld.

Les grandes écoles de la République

Inscrit en Sciences Po, rue Saint Guillaume, il décide d’étudier en sus la philosophie à Nanterre. Mais après avoir obtenu un D.E.A. (Diplôme d'Etudes Approfondies) sur Hegel, il abandonne toute idée de se lancer dans une thèse.

Pendant toute cette période, « Manette » lui découpe les articles du Monde qu’elle jugeait intéressants et lui prépare même des fiches pour Sciences Po.

« Le khâgneux blessé panse ses plaies à Nanterre, à Sciences Po. De fil en aiguille, ses études à Paris-X au département de philo lui offrent l’une des rencontres phares de sa vie. Paul Ricoeur. Il assiste alors à domicile, des semaines durant, l’immense philosophe dans la mise en forme de son œuvre. » in « Les Macron de Derrien et Nédelec.

« Après Sciences Po, l’ENA lui tend les bras. En 2004, il en sort ‘’dans la botte’’ . Médaille de bronze sur le podium. Cette place en or lui permet d’intégrer l’inspection des finances… Lui, l’ex-spécialiste ès lettres. » in Les Macron.

Mais « Manette » n’est plus la seule à aider le jeune Macron dans ses études.

Il y a aussi…

Brigitte Auzière Trogneux

Les versions diffèrent….

Brigitte est née d’une riche famille amiénoise, qui a fait fortune dans les macarons et les chocolats, les Trogneux.

A-t-elle enseigné directement le français à cet élève brillant à « La Pro » ou ne l’a-t-elle connu que lorsqu’ils préparaient ensemble une pièce de théâtre ?

Peu importe.

C’est l’amour fou.

Entre ce brillant professeur de français et son trop brillant élève.

Emmanuel est en classe avec Laurence, la fille cadette de Brigitte, née en 1977 comme lui.

C’est elle qui lui en parle la première : « Il y a un fou dans ma classe qui sait tout de tout ! »

« Mme Auzière sait déjà à qui elle a affaire lorsqu’elle rencontre Macron Emmanuel. Le collégien l’avait pourtant déjà stupéfiée, alors que l’enseignante avait assisté comme mère de famille à une remise de prix pour des rapports de stage. Le garçon en troisième ose alors discourir sur… la vanité d’une telle consécration » in Les Macron.

« Très vite, chez ces deux-là que tout sépare, les jeux de l’amour, et le hasard un peu forcé, tissent des liens plus que littéraires. Et comme souvent chez deux romantiques exaltés, tout commence par des mots. » In Anne Fulda.

Brigitte est alors âgée de 39 ans. Elle est mariée à un banquier André Louis Auzière dont elle a eu trois enfants.

« Au passage, on se rend compte que cette aventure amoureuse lui a fait chausser des bottes de sept lieues : il est passé directement de l’enfance à l’âge adulte, sans vraiment vivre son adolescence. C’est peut-être pour cela, sourit-il, que je n’ai jamais rien compris aux « ados ». J’ai été longtemps enfant et je suis devenu adulte. » in Anne Fulda.

Macron, l'éternel adolescent ?

On se souvient tous du merveilleux film avec Girardot « Mourir d’aimer » (1969). Inspiré de l'affaire Gabrielle Russier. Avec cette professeur agrégée de lettres amoureuse de son élève…

Mais là, on est en 1993. Il a 16 ans. Elle en a 39. Et c’est tout ce qui les sépare qui va les réunir…

Le jour de leur mariage en 2007, au Touquet, à l’hôtel Westminster, Emmanuel remercie ceux qui ont permis à leur couple d’exister : « Chacun et chacune d’entre vous a été le témoin, au cours de ces treize dernières années, de ce que nous avons vécu. Et vous l’avez accepté et vous avez fait ce que nous sommes aujourd’hui. C'est-à-dire quelque chose de pas tout à fait commun, un couple pas tout à fait normal – même si je n’aime pas cet adjectif - mais un couple qui existe et ça c’est grâce à vous. »in Anne Fulda.

La vie professionnelle

En 2002, Emmanuel Macron fait son stage de fin d'étude de l’ENA (Ecole Nationale d'Administration) au Nigeria. A l'ambassade de France.

A la sortie de l’école, en 2004, promotion « Leopold Senghor », il rejoint le prestigieux corps de l’Inspection Générale des Finances. L’I.G.F. Et devient inspecteur des finances.

Jean-Pierre Jouyet est alors le directeur de l’IGF.

Brillant, il s'attire rapidement les bonnes grâces de l’économiste Jacques Attali - avec lequel il travaille sur la commission du même nom - qui le recommandera à François Henrot, le bras droit de David de Rothschild.

Il intègre alors la banque Rothschild et devient banquier d’affaires en septembre 2008.

En deux ans, Macron est catapulté associé-gérant de la banque familiale.

Le 15 mai 2012, ayant réintégré la fonction publique, Macron devient secrétaire général adjoint de l’Elysée. Il seconde le nouveau secrétaire Pierre-René Lemas.

Alors qu'il envisageait de partir bosser à l'université de Harvard...

Le 26 août 2014, suggéré par Jean-Pierre Jouyet, il est nommé ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique dans le gouvernement Valls II en remplacement d’Arnaud Montebourg.

Qui vient de se faire virer avec sa fameuse "cuvée du redressement".

En avril 2016, il fonde son mouvement politique, baptisé "En marche !"

Il démissionne de Bercy le 30 août 2016. Et annonce sa candidature à la présidence en novembre.

On connait la suite…

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Fréquenter l'école des jésuites l'a familiarisé très tôt avec la rhétorique et le discours...

Hormis ses deux tentatives d'entrée à Normal Sup' Emmanuel Macron n'a jamais connu l'échec... Ce qui lui donne une incroyable niaque pour entreprendre... De l'audace et de la confiance en lui.

"Sky is the limit" est sa devise...

Avoir été considéré dès son enfance comme "l'élu" lui a donné aussi l'audace d'entreprendre... Et l'a investi en chargé de mission...

Sa proximité avec "Manette" et son amour pour "Brigitte" lui ont permis de transgresser les schémas traditionnels familiaux... Si étouffants en province...

Avoir été élevé dans une famille où le rôle de la femme est fondamental lui a permis de s'intéresser plus attentivement aux problèmes des femmes...

Etre l'enfant de deux parents qui travaillent lui a définitivement donné le goût du travail comme valeur fondamentale...

Voir sa grand-mère accéder par l'instruction à un autre statut social lui a inculqué les valeurs de l'école de la République...

Fréquenter un Paul Ricoeur (même brièvement) lui a permis de se transcender et de toujours chercher l'excellence... D'ajouter une dimension philosophique à la froideur de la politique.

Avoir lutté pour faire aboutir son histoire avec Brigitte lui a permis de comprendre les populations mises au ban de la société... L'envers des guindés de La Manif Pour Tous en quelque sorte...

Etre toujours le meilleur lui a appris une solitude féconde pour la pensée...

Etre un éternel adolescent, pour ne pas avoir vécu d'adolescence, lui a permis de recruter nombre de jeunes tentés par son programme mais surtout par sa personnalité dans "En Marche !"

"En marche ! est un monde où l'on parle de "propals" plutôt que d'un programme, où se croisent des "helpers" (bénévoles) et des "référents", où seul le "boss" a droit à un titre. Lui appelle ses collaborateurs "les chouchous". 

in article du Monde de Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin du 8 mai 2017.

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Alors maréchal d'Empire ou J.F.K. ?

Rubempré ou Rastignac ?

A suivre...

En tous cas, hier soir 7 mai à 20 heures, Emmanuel Macron est devenu le 25ème président de la République française.

Alors...

Et bien alors : Yallah !

Liliane Langellier

 

Bibliographie :

Anne Fulda "Emmanuel Macron.Un jeune homme si parfait" chez Plon.

Spécialiste de la rubrique "portraits" au Figaro.

Marc Endeweld "L'ambigu Monsieur Macron" chez Flammarion.

Journaliste politique et d'investigation à Marianne.

Carine Derrien et Candice Nédelec "Les Macron" chez Fayard.

Journaliste indépendante et chef du service politique à Gala.

 

Macron ou l'irrésistible ascension d'un bourgeois amiénois...
Macron ou l'irrésistible ascension d'un bourgeois amiénois...
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Publié dans L'espiègle Lili

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