Il vaut mieux être belle et rebelle...

Publié le par Liliane Langellier

“Se vouloir libre, c'est aussi vouloir les autres libres.”

Simone de Beauvoir

J’y ai cru !

L’espace d’un instant…

Je suis rentrée dans le rang…

J’ai adhéré au parti d’Emmanuel Macron « En Marche ! »

Je l’ai fait de bon cœur.

Pas dans le but de critiquer…

Pas dans le but d’infilter…

Juste pour sentir encore l’enthousiasme à fleur de peau !

J’ai installé Instagram sur mon ordi et sur mon portable…

J’ai commencé à échanger avec les jeunes du département.

Mais cela ne l’a pas fait…

Je ne sais pas attendre les ordres d’un bureau politique pour balancer une information (vérifiée) aux autres.

Je ne sais pas adhérer à tout ce que peut promettre un homme…

J’ai bien essayé pourtant…

Et puis un jour sur la tweet line de l’une de ses groupies, j’ai lu « The man » avec une photo du candidat isolé juste avant le débat des 11 candidats du mardi 5 avril sur BFMTV.

Alors là, ça a été la décharge électrique immédiate…

L’électrochoc !

Pas moi !

Ce n’est pas possible !

Toute ma vie je me suis rebellée…

Toute ma vie…

Quand les parents ont décidé – sans me consulter – que j’allais intégrer Saint Joseph du Parchamp à Boulogne sur Seine, j’avais 9 ans…

J’étais une ravissante poupée auburn avec des longues anglaises…

Dès que maman m’a acheté mon uniforme au magasin Le Bon Marché, je l’ai enfilé dans ma chambre et j’ai filé faire la tournée…

Oui la tournée de tous les commerçants du coin.

Et Dieu sait que les petits commerçants à la fin des années 50 il y en avait à revendre…

Du côté de la Route de la Reine à Boulogne.

« Je viens vous dire au revoir car mes parents m’enferment en pension… »

La suite n’a pas traîné…

Les braves mères de famille émues ont débarqué dans la boutique, le mouchoir à l’œil, et elles ont supplié les parents de m’épargner !

Dois-je vous décrire la folle colère paternelle ?

Je m’étais rebellée…

J’étais devenue rebelle.

C’est l’été qui a suivi, en Bretagne bien-aimée, que j’ai découvert l’intérêt que les garçons plus âgés pouvaient me porter.

Ce qui a encore un peu plus désespéré mon pauvre père…

Lolita à Boulogne-Billancourt !

Pendant mes années de pension, j’ai veillé à tout apprendre pour tout savoir, j’ai bossé pour être toujours dans le trio de tête, mais j’ai été punie plus qu’à mon tour…

Les colles du samedi après-midi sont même devenues un rite !

Le mode de sélection était très facile chez les religieuses…

Tu étais une bonne élève, tu étais d’office intégrée à la sixième classique…

A la fin de la cinquième, les plus douées suivaient leurs premiers cours de Grec.

J’avais adoré le latin qui m’apparaissait chaque fois comme une énigme à résoudre.

J’ai adoré les balbutiements de grec enseignés à la fin de la cinquième…

Mais monsieur mon père en avait décidé autrement… Puisque j’avais appris l’Allemand en Autriche, ce serait allemand seconde langue. Sans discussion.

Mes copines et moi nous avons saboté chaque cours d’allemand avec plaisir.

Nous avions mis au point un système d’orchestre avec des aiguilles coincées dans la rainure de notre pupitre.

Les profs sont devenues folles…

Rebelle…

En classe de Philosophie, j’ai convaincu les autres élèves de faire la grève. Motif : nous ne pouvions plus aller à la messe quotidienne… Une par semaine suffisait amplement.

Elles ont cédé. Une messe par semaine à condition que nous bossions le matin dans nos chambres.

Quand j’ai eu le résultat de mon baccalauréat, c’était octobre et j’étais à Bournemouth, en Angleterre.

J’avais passé le bac avec les malades en session de juillet suite à une péritonite aiguë !

J’avais aussi passé un marché avec mon père : si je réussissais avec mention, je n’intégrais pas la Catho (la faculté catholique) mais la vraie fac : Nanterre !

J’ai eu la mention Bien. Ce qui était rarissime à l’époque. Avec un 18 en philo, coefficient 8.

J’ai donc intégré Nanterre.

J’étais déboussolée…

J’avais 18 ans tout neufs et aucune maturité.

J’ai connu mon premier échec à Propédeutique en juin 1966, car nous avions plus fait la fête que bosser !

Repassée en septembre, je me suis inscrite en Histoire.

Je vendais « L’Avant-Garde » sur les marches de l’université… Ce qui me valut un sacré coup de pied aux fesses paternel !

J’étais peut-être révoltée, mais…

Je plafonnais.

J’avais 14 de moyenne. Ce qui était plus qu’honorable en faculté…

Et puis j’ai loupé un oral d’Histoire contemporaine.

J'ai été collé par René Rémond himself.

Et alors là ça ne l’a pas fait !

J’ai décidé de quitter la fac illico.

J’ai jeté tous mes livres à la Seine sur le pont de Saint Cloud.

J’ai avalé deux cognac au premier café venu et j’ai affronté mon père…

Ils étaient bien déçus, eux, qui voyaient leur petite fille enseignante.

Moi… Et bien moi j’étais libérée.

Suite à trois jours de tests au quartier latin pour connaître ma véritable vocation, il en est ressorti « Journaliste » !

Je m’étais inscrite en lousdé chez Pigier pour apprendre la dactylographie.

J’ai également appris la speedwriting. Technique d’abréviation des mots dont je me sers encore dans certaines interviews.

J’avais quitté la fac juste avant Pâques 68.

Les parents m’ont expédiée en vacances pascales à Bournemouth…

Quand je suis rentrée, à Nanterre, ça commençait déjà à sentir le brûlé !

Un petit rouquin répondant au prénom de Dany agitait toutes les classes.

Et puis mai est arrivé.

J’ai défilé la journée au quartier latin.

La journée seulement. J’étais encore mineure et ne devait atteindre mes 21 ans que le 18 août.

Après leurs manifs, mes potes me retrouvaient dans notre arrière boutique pour se restaurer et picoler… Ils chantaient « L’Internationale »…

Très mauvais pour l’humeur du pater familias réveillé dans son premier sommeil.

Je suis repartie à Bournemouth en juillet et août.

Et là, j’ai fait les 400 coups.

Mais, curieusement, dans la bande à Senghor, les garçons nous respectaient Chouket et moi.

En octobre ce fut la rue Soufflot. L’école de fils à papa (ça ne me changeait pas beaucoup de Bournemouth).

Maman m’avait acheté une ravissante robe longue bleue turquoise rue de Passy.

C’était la folle époque des bals en robes longues. Et je n’en ai manqué aucun.

C’est à cet automne là que l’on a fêté mes 21 ans au Chalet des Iles dans le Bois de Boulogne avec une soirée « Grand Meaulnes ».

J’ai toujours eu des amours difficiles… Et le Breton qui occupait mes pensées se lamentait car ses parents n’étaient pas du même milieu que les miens !

Foutaises !

Mais avec le recul…

Je faisais partie de la fin de la bande des blousons dorés du drugstore Champs-Elysées.

Toujours avec Chouket.

J’étais méprisante.

Pas sotte, méprisante.

C’est sans doute cet esprit rebelle qui m’a sauvé de bien des situations et qui m’a permis d’aimer mon Langellier.

Un pur et un dur.

Deux ans après notre mariage, l’été 1973, Langellier s’est engagé politiquement.

Nous fréquentions alors la bande du fameux docteur....

L’auteur du manifeste : « Faisons l’amour, faisons la fête ! »

La découverte de ces milieux anars lui avait tourné la tête…

Il a été mis à pied de son imprimerie pour agissements politiques sur son lieu de travail.

J’étais en larme dans mon bureau à Publicis Conseil et c’est Michel Brugues, grand syndicaliste et chef du service fabrication (tous contacts de l’agence avec les imprimeries) qui m’a sauvé la mise.

Il l’a pistonné pour entrer à Ere Nouvelle, rue Véron.

Une imprimerie en autogestion.

Ce qui a permis à mon Langellier de perdre ses beaux rêves et de ne plus penser « Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil ! »ou « L’année zéro ».

Quand tu bosses dans une société en auto gestion, tu bosses quasiment pour toi et tu vois les choses autrement.

Moi j’en avais juste marre des barbus anars et des filles cradingues qu’il côtoyait et ça a failli mal se terminer l’été 1974.

Mais notre amour a été le plus fort…

Mon Langellier a toujours été un homme de gauche.

C’est lui qui a fait fabriquer les « flyers » (prospectus) de Françoise Gaspard pour sa campagne « Mairie de Dreux ».

Il avait signé en bas à droite pour la mise en page.

Ma belle-mère en a frôlé l’attaque !

Nous avons appartenu tous deux aux comités d’entreprises, puis aux délégués du personnel de nos sociétés réciproques.

Nous nous étions mis très à jour sur les lois pour défendre efficacement les employés.

Pour moi c’était juste une gageure (une révolte ?) puisque mon job était « assistante du directeur du Personnel ». Et que Maurice Lévy guettait à chaque comité d’entreprise mon moindre faux pas.

Je suis et je reste profondément libre.

C’est cette liberté qui m’a fait quitter le conseil municipal de Chaudon en mars 1997.

C’est cette liberté qui m’a permis de combattre mon employeur pour harcèlement moral en septembre 2002.

Je n’ai pas deux paroles.

Et je supporte bien mal qu’on m’impose une parole.

Parce que c’est bien ça, l’engagement dans un parti politique (ou mouvement) c’est être le perroquet du bureau d’un candidat. Sans changer un iota.

Parce que je ne me vois pas dans un meeting obéir aux injonctions sur Telegram de la « Team Ambiance »…

Parce que je ne sais pas obéir aveuglément et être « aux ordres »…

Parce que je suis incapable de tenter de convaincre quelqu’un en le privant, par mon discours, de sa chère liberté de voter...

Parce que je ne sais pas me prendre au sérieux même pour une Présidentielle...

Parce que...

Alors…

Et bien alors pas moi !

Liliane Langellier

 

Le pouvoir sur ta vie tu le tiens de toi-même

Slogan mai 68

 

Il vaut mieux être belle et rebelle...

Publié dans L'espiègle Lili

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