EASTER BLUES

Publié le par Liliane Langellier

« Le meurtre d’âme ça existe

Sauf qu’il n’est pas visible

Comme l’autre. »

Joyce Carol Oates

Je suis un petit personnage atypique dans cette province où je vis désormais.

Je l’étais déjà bien avant ma maladie.

Alors, depuis, pensez !

Oui, je l’étais déjà…

Je ne me suis rendue compte de rien car j’ai toujours eu cette fâcheuse tendance à vivre chaque instant de ma vie intensément !

Et puis, tout a passé si vite…

Quand j’ai emménagé à Chaudon, le 1er mai 1992, j’étais folle de bonheur !

Le retour aux sources…

Je n’avais pas de job, pas de petit ami, mon père vivait ses derniers mois, mais j’étais follement heureuse…

Le retour aux sources !

Et là j’avais sottement confondu les douces heures de l’enfance avec les tribulations de la vie quotidienne.

Pourtant tout s’est enchaîné au mieux du pire.

J’ai pu être chaque jour auprès de mon père, d’octobre 1992 à sa mort en janvier 1993.

Et puis, et puis il y a eu l’affaire Seznec.

J’ai repris, dès octobre, ce qui s’appelait « la piste du Lormaye ». Du nom d’un petit village qui jouxte Nogent-Le-Roi.

Bien sûr, j’ai souffert que mon père, qui s’était tant intéressé à cette affaire, que mon père ne puisse pas lire la page entière que j’avais écrite dans L’Action Républicaine, le journal drouais de Maurice Viollette.

Il n’avait déjà plus tous ses esprits.

Même si l’humour est resté jusqu’au bout… Juste avant l'horrible souffrance !

Parce que Mme Antoine, la maison de la presse nogentaise, me l’avait demandé, j’ai réussi à obtenir que Denis Seznec vienne ici pour la signature de son livre « Noius, les Seznec ».

250 exemplaires achetés et dédicacés, entre 15 heures et 19 heures, le samedi 14 novembre 1992.

Après, après Bernard Nicolas de TF1 est venu avec son équipe tourner à Lormaye, à Houdan et à Dreux.

Puis Bernez Rouz pour France 3 Bretagne...

J'ai organisé deux conférences pour Denis Seznec, l'une à Coulombs en 1996, l'autre à Lormaye en 2003.

Pendant que moi je vivais tout cela, d’autres, de leur côté,  commençaient à salement me jalouser !

Après la mort de Fernand, j’ai accepté le job d’attachée de presse de la CCI (Chambre de Commerce et d’Industrie) de Chartres.

Dois-je vous préciser ici que pour tenir un tel job le professionnalisme ne suffit pas….

Si, si, j’étais mignonne, avec « Quelque chose d’Ava » (Gardner) comme l’avait si bien écrit Dufreigne. J’étais mignonne mais surtout j’étais drôle et imprévisible !

Je savais me saper. Nicole Esnault qui avait bossé comme vendeuse chez Hermes, me revendait de ravissantes fringues au moindre coût…

J’étais surtout sexy… Et ça, ma bonne dame, ça ne passe pas du tout !

A la CCI, dans le cadre de mes activités, j’ai rencontré François. Nous avons eu 6 mois de belle et intense liaison.

Entretemps, j’avais quitté ma place car je souffrais de bovarysme au pied de la cathédrale de Chartres.

Je n’ai jamais pensé un seul instant que les gens voyaient ici mon parcours professionnel avec un divan pour m’allonger dans chaque job !

J’aurais peut-être dû !

Je suis donc devenue « locale » pour La République du Centre » à partir de mai 1994.

J’y ai mis tout mon cœur. J’y ai surtout mis tout mon style car j’avais été, à L’Express, à l’école des plus grands.

Et c’est sûr, cela se sentait dans mes articles….

Je suis devenue un genre de « passionaria » des maires locaux…

Quand j'ai écrit une série style "Bonjour Monsieur le Maire !". Un article pour chaque village et un portrait de personnage ou de lieu typique....

Là, le journal a battu tous ses records de vente !

En mai 1995, après avoir suivi un stage de réinsertion pour être attachée de presse trilingue, j’ai intégré la société Fillon Pichon de Faverolles. Pour travailler à l’accueil.

Il n’aurait pas engagé un bourrin pour ce faire…

Et j'étais loin d'être un bourrin !

Mais, c’est vrai, je m’en sortais toujours…

Aussi bien avec les hommes que dans mon job.

J’ai compris combien cruelle était la province quand l’une de mes bonnes amies m’a utilisée pour organiser le mariage de son fils...

Que je l'ai épaulée et conseillée pour organiser la cérémonie à l’église...

Je suis même rentrée à la chorale spécialement pour cela…

Nous étions en juin 1998.

Et là, cette bonne amie m’a fait aimablement savoir que je pourrais les rejoindre au vin d’honneur mais qu'elle ne me comptait pas parmi les invités du dîner...

J’ai alors réalisé que je vivais seule (du moins pas avec un compagnon déclaré) et que j’étais un danger potentiel pour toutes !

J’ai pris l’horreur de la petite province et des petites provinciales en pleine tête !

Je n’en ai parlé à personne…

Mais maman, elle, avait compris.

Toute sa vie, jolie comme un cœur, elle avait souffert des jalousies féminines, et, même arrivée à Chaudon il avait encore fallu que mon père aille s’acoquiner avec la plus vilaine du village…

Je venais juste de réaliser que j’étais un danger pour toutes ces bourges, qui, pour la plupart ne travaillaient pas, et souffraient silencieusement (ou pas) de devoir dépendre de leurs maris.

Mais je travaillais tant et j'assumais en plus les cours de catéchisme et mon mandat de conseillère municipale !

Quand j’ai perdu maman, c’est Marc qui a été là pour m’épauler…

Marc et aussi ce cher Richard, le maire polonais de Saint-Laurent-la-Gâtine, qui couvait une crise de passion aiguë à mon égard, et qui, en lousdé, venait apporter à ma petite mère des Mentchikoffs, ces délicieux petits chocolats chartrains.

Vous imaginez ce que je pouvais représenter ici « belle et rebelle ! » mais surtout immensément libre…

Après la mort de Jeannette, je suis partie en l'an 2000, en pèlerinage à Jérusalem et à Rome...

Et bien oui j'avais l'âme déchirée d'avoir vendu "La Louise" et je me consolais comme je pouvais...

Quand j’ai quitté mon job après un harcèlement moral pas piqué des hannetons, c’est encore un homme, de notre paroisse cette fois, qui m’a aidée et soutenue.

En tout bien, tout honneur.

Mais allez donc chanter le couplet du« tout bien tout honneur » à ces bonnes âmes qui me regardaient déjà de travers !

J’ai alors emménagé ici.

Sur un terrain miné.

Avec une Barbie embusquée partout et n’importe où…

Je n’avais certes pas compris que, pour elle, j’étais une rivale et même une sacrée rivale !

Moi, de mon côté, j'ai donc continué à bosser…

Des petits et des plus grands jobs…

Et puis est arrive en septembre 2015 cette étrange histoire...

Dont je n’arrive pas à reconstituer le canevas.

La partie était trop belle : « Elle a été emmenée en psychiatrie ! »

Les mauvaises langues se sont déchaînées.

On est passé du « elle a menacé l’une de ses voisines avec un couteau de 43 cm » au « Ce n’était pas bon de vivre seule comme elle le faisait ! » en passant par le « Tu as Alzheimer comme mon papa… »

On est en province profonde ici…

Nogent compte moins de 5.000 habitants !

De mon côté, ça ne gazait plus vraiment à la chorale liturgique. Une bande d’énervés qui défilaient avec la Manif Pour Tous à Paris.

Je leur avais clairement dit ce que j’en pensais ce qui ne m’a pas fait que des amis…

J’avais même précisé que Frigide Barjot allait les larguer tôt ou tard car elle ne pensait qu’à la valorisation de son image…

Et je n’ai pas eu tort !

Donc rebelle à la chorale, ça ne le faisait pas.

J’avais, entre temps, été bénévolement la rédactrice-en-chef de notre petit journal local « L’Orée » (6.000 lecteurs). J’y assumais aussi la critique des nouveaux livres…

Comme je sais le faire, mais, là, pour le coup, ça ne l’a pas fait !

Et là, ça a déchaîné quelques haines supplémentaires.

Je n’arrive pas à m’expliquer pourquoi les deux bourgeoises les plus riches de la paroisse se sont mises à me haïr copieusement….

Si ce n’est ma délicieuse liberté qui leur faisait échafauder les pires mariages et les plus honteuses liaisons coupables…

Entretemps, dans ma petite résidence, j’ai aidé beaucoup les grands-mères…

Gratuitement, of course !

Je suis partie hospitalière à Lourdes, j’ai été garde malade, j’ai donné des cours aux jeunes via Academia…

Et, ça, Barbie, ça, elle ne me l’a jamais pardonné.

Elle qui facture la moindre de ses interventions...

Quand j’ai été hospitalisée fin septembre 2015, je n’avais, bien sûr, menacé personne…

J’avais juste peur que l’on me tue…

Etait-ce le manque de sommeil ?

La fatigue nerveuse ?

Le burn out ?

Je ne sais toujours pas le dire.

Mais ce que je sais maintenant c’est que Barbie a dirigé les opérations.

Qu’elle a balancé une pétition contre moi…

J’ai bien lu « plaintes du voisinage » sur ce foutu dossier de psychiatrie que je ne retrouve plus.

Mais je n’avais pas encore vécu le pire…

Mon traitement faisait littéralement de moi une véritable moule échouée à marée basse...

Même si j’ai toujours eu ma tête et mes esprits…

Et puis il y a eu cette stupide chute dans mon couloir !

Quand je suis rentrée de La Musse à Evreux, Barbie a crié à qui voulait l’entendre « Elle est dangereuse » ou encore « Elle ne restera pas ! »

Pas de bol pour elle, je vais de mieux en mieux…

Même si c’est très dur de voir ces regards appuyés de certaines quand je fais seule mes courses…

Même si jeudi dernier, sur le parking de Carrefour, j’ai hélé, toute joyeuse, un homme que je connaissais bien et que je l’ai vu positivement verdir de peur…

Même si je sais que deux des correspondants locaux racontent pires balivernes sur moi… Ce qui ne leur donne ni un bon style ni du talent pour autant !

Même si je sais que Barbie est encore en train de me fomenter un bien mauvais coup…

Que voulez que j’y fasse ???

Je me dis que moi au moins j’ai vécu, et bien vécu…

Et que si tout se passe bien je pourrais peut-être même bien vivre encore un peu…

Avec la passion des mots en bandoulière…

Sans nuire aux autres, juste en étant moi-même !

Et c'est bien ça qui déplaît...

Liliane Langellier

EASTER BLUES

Publié dans L'espiègle Lili

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