La naissance de Jules Maigret

Publié le par Liliane Langellier

Ce blog est dédié à mes coups de gueule mais à mes coups de coeur aussi...

Je suis une fan absolue des "Maigret" de Georges Simenon. Dont j'ai lu avec bonheur les 75 romans et les 28 nouvelles.

Je suis également une fan de la première heure des articles de Frédéric Lewino dans la rubrique "C'est arrivé aujourd'hui" au Point...

Alors quand Lewino écrit sur Simenon, ça donne ça...

20 février 1931. Simenon organise une soirée gangster pour la publication du premier "Maigret"

C'est un sacré coup de marketing que réussit l'écrivain belge en conviant le Tout-Paris à un "bal anthropométrique" pour la publication du premier "Maigret".

Modifié le  - Publié le  | Le Point.fr

Une même question court sur toutes les lèvres du Tout-Paris en cette mi-février 1931 : "Tu as reçu ta convocation, toi ?" Il s'agit en fait de l'invitation qui a l'aspect d'une fiche d'identité judiciaire. Elle convoque son récipiendaire à un bal anthropométrique dans le célèbre établissement de Montparnasse, La Boule blanche. Elle est signée par un certain Georges Simenon, un jeune auteur de Fayard. Comme c'est excitant ! On va s'encanailler comme au début du siècle à l'époque des Apaches. Voilà qui change des réceptions mondaines. 

C'est Simenon qui a eu l'idée de cette soirée policière pour la publication chez Fayard de ses deux premiers bouquins consacrés aux enquêtes du commissaire Maigret : Monsieur Gallet décédé et Le pendu de Saint-Pholien. Un personnage créé l'année précédente dans la revue Détective dirigée par Joseph Kessel. À l'époque, Simenon est un grand jeune homme blond de 28 ans qui, sous son air sage, est déjà un sacré gaillard affamé d'aventures et de sexe. Il saute sur tout ce qui bouge avec la frénésie d'un joueur de foot à la veille d'un match... Il a fait la conquête de Colette, qui l'a introduit dans la bonne société. 

Jazz et travestis

Les invités sont conviés à minuit, l'heure du crime, mais dès 22 heures, ils se pressent déjà devant l'entrée de La Boule blanche, où ils sont accueillis par une "pute", un "mac" et un "boucher". Le dessinateur Serge, grimé en "homme du milieu", oblige les arrivants à déposer les empreintes de leurs doigts sur leur convocation. La chanteuse Damia préfère y poser ses lèvres. On fait semblant d'inspecter les dessous des dames. D'énormes projecteurs sont braqués sur les nouveaux venus comme au Quai des Orfèvres. À l'intérieur du night-club, il règne une chaleur tropicale, un orchestre nègre déchaîné joue du jazz. Dans un coin, Simenon dédicace ses ouvrages et promet d'en publier un par mois ! 

Les célébrités se marchent sur les pieds. Les écrivains Francis Carco et André Warnod discutent dans un coin. Colette danse avec frénésie. Pierre Lazareff gribouille sur un calepin. Jean Fayard courbe sa grande taille vers ses interlocuteurs. Le metteur en scène allemand Pabst est entouré d'actrices. La sublime Suzy Solidor danse effrontément, le corps moulé dans un long maillot de dentelle et de strass. Les peintres Per Krogh et Kisling s'interpellent bruyamment. Parlementaires, avocats, comédiens se pressent devant le buffet. Henri Jeanson multiplie les bons mots. Il y a aussi plusieurs grands flics. À une comédienne qui leur demande s'ils ont leurs menottes, l'un d'eux répond : "Donnez-moi, madame, la vôtre à baiser."

Trois dessinateurs satiriques amis de Simenon saisissent des pinceaux pour tracer sur les murs blancs les ombres d'une tragédie policière. Bien éméchée, Damia grimpe sur des épaules complaisantes pour chanter une goualante. À 4 heures du matin, on organise un concours de maquillage et de travestis. Le jury délibère âprement. Les deux gagnantes sont deux romancières maquillées en Peau-Rouge et en Apache ; elles reçoivent un baby-bar et une caisse d'apéritifs. Kisling, lui, obtient un chronomètre en or qui le fait se lamenter : "Bigre, je serai forcé maintenant d'être à l'heure !" Vers 7 h 30, les derniers invités disparaissent après avoir soupé sur place. La naissance de Maigret a été dignement fêtée, il peut commencer sa longue carrière.

 

Inspecteur Maigret

Nom : Maigret

Prénoms : Jules, Amédée, François, Joseph, Anthelme.

Surnom : le Raccommodeur de destinées.

Date et lieu de naissance : 1887 à Saint-Fiacre (Allier). Dans les romans, son âge varie entre 45 et 60 ans.

Situation de famille : marié en octobre 1912 à Louise Léonard (Alsacienne). Une petite fille morte en bas âge.

Domiciles : 132 boulevard Richard-Lenoir, Paris XIe (4e étage) et momentanément 21 place des Vosges, Paris IVe (appartement voisin des Simenon). Depuis sa retraite : Meung-sur-Loire (Loiret)

Apparences : 1,80 mètre. Cheveux châtains plutôt drus, nez moyen, yeux bonasses, visage patelin et forte corpulence. Nette tendance à l'embonpoint depuis l'âge de 30 ans.

Lieu de prédilection : brasserie Dauphine, derrière le palais de justice.

Plat de prédilection : blanquette de veau.

Signes particuliers : chapeau, pipe et demis de bière.

Langues étrangères : anglais, allemand (quelques rudiments), breton.

Devise : "Je ne crois rien."

Enfance : Fils unique d'Evariste Maigret, régisseur du château de Saint-Fiacre, décédé d'une pleurésie en 1904. Sa mère, sans profession, meurt en couches en 1895. Jeunes années passées à Saint-Fiacre, où il est enfant de choeur.

Etudes : élève du lycée Banville de Moulins, il fait ensuite des études de médecine qui restent inachevées. A 22 ans, l'inspecteur Jacquemain, son voisin de palier à Paris, lui propose d'entrer dans la police.

Carrière : en 1909, entre dans la police comme agent cycliste en uniforme, puis appartient à la brigade de la Voie publique,à la Mondaine et au service des Garnis. En 1920, devient secrétaire du commissaire du quartier Saint-Georges (Paris IXe). A 30 ans, devient inspecteur à la Brigade spéciale du Quai des Orfèvres, sous les ordres du commissaire Marcel Guillaume. Après quinze ans comme inspecteur, obtient le grade de commissaire, puis commissaire divisionnaire chef de la Brigade spéciale. Suite à une mesure disciplinaire, se retrouve temporairement muté à Luçon, puis effectue des missions à Nantes et Rennes. A trois ans de la retraire, refuse le poste de directeur de la PJ.

(in "Friandises Littéraires" de Joseph Vebret, page 52)

Lire aussi sur ce blog :

"Friandises littéraires" de Joseph Vebret,

"Autodictionnaire Simenon" par Pierre Assouline.

 

"On m'a demandé souvent, en me parlant de mes débuts et de mes différents postes: - Avez-vous fait la police des moeurs aussi ? 
On
ne l'appelle plus ainsi aujourd'hui. On dit pudiquement la «Brigade mondaine»."

in Les Mémoires de Maigret (1950) de Georges Simenon.

"Le Code Pénal est un tout. Si vous en changez une pierre, c'est l'édifice entier qui menace de s'écrouler..."

in Maigret hésite (1968) de Georges Simenon.

"Tu aimes la brandade de morue?

-
Je l'adore. Je ne la digère pas, mais j'en mange quand même ..."

in Maigret et son mort (1948) de Georges Simenon.

 

Le personnage du commissaire Maigret fait une première apparition en 1929, Simenon publie alors son œuvre dans La Maison de l'inquiétude, dans une série de nouvelles pour Détective, écrites à la demande de Joseph Kessel.

Mais l'un des six premiers romans de la série qu'il propose à l'éditeur Fayard est Pietr-le-Letton (1931), écrit à bord de son yacht l’Ostrogoth.

Le commissaire Maigret, silhouette massive, col de velours, chapeau mou et pipe à la bouche, attend un escroc international dans le hall de la gare du Nord. Voici comment Simenon le décrit :

« La charpente était plébéienne. Il était énorme et osseux. Des muscles durs se dessinaient sous le veston, déformaient vite ses pantalons les plus neufs. Il avait surtout une façon bien à lui de se camper quelque part qui n'était pas sans avoir déplu à maints de ses collègues eux-mêmes. C'était plus que de l'assurance, et pourtant ce n'était pas de l'orgueil. Il arrivait, d'un seul bloc, et dès lors il semblait que tout dût se briser contre ce bloc, soit qu'il avançât, soit qu'il restât planté sur ses jambes un peu écartées. La pipe était rivée dans la mâchoire. Il ne la retirait pas parce qu'il était au Majestic. Peut-être, au fond, était-ce un parti pris de vulgarité, de confiance en soi ? »

— Extrait de Pietr-le-Letton

 

Lien pour les Maigret avec Bruno Cremer.

 

Simenon, le bal anthropométrique.

Simenon, le bal anthropométrique.

Publié dans L'espiègle Lili

Commenter cet article

Angeline 22/03/2017 15:24

j'aime me promener ici. un bel univers.