La culture HLM

Publié le par Liliane Langellier

"Putain, c'qu'il est blême, mon HLM !
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime !"

Renaud, "Dans mon HLM"
 

Elle existe !

Elle est présente au quotidien.

Elle a ses propres codes, ses règles internes, son langage, sa psychologie…

Essai de décodage :

Monsieur le maire m’avait prévenue. Dans son langage particulièrement élaboré « Il y a les pathos d’alcool et de drogue… »

Depuis 14 ans que je la vis sur le terrain, je peux mieux la cerner « la culture HLM ».

1/ Les draps

Notre petite résidence ne comporte qu’un seul étage… Mais l’une des locataires, « Gibraltar »,  un vrai détroit avec vue sur l'ensemble, étale… Chaque matin draps du dessus du dessous, oreillers, débordent de sa fenêtre… Quitte à carrément aveugler la fenêtre de sa voisine du dessous.

L’étalage des draps, c’est le moyen le plus sûr d’affirmer que « l’on possède ». Regardez mes richesses. Avez-vous de plus jolis draps que les miens ?

Je me souviens de mon amie Anne… Sans un rond elle avait épousé un pasteur méthodiste dont elle avait eu un gamin. Et avait migré de Paris dans des HLM de banlieue. Elle me racontait que dans son immeuble chaque matin c'était un concours d’étalage des draps aux fenêtres…

Les draps c’est aussi le lieu du sexe et in fine de la mort. Les étaler c’est montrer qu’on est en vie !

2/ Le sexe

Objet de toutes les attentions…

L'âge n'a pas d'importance !

« Elle a, elle a pas… »

Mais étrange respect quand « elle a quelqu’un » ! Qu’importe qu’il soit laid comme les 7 péchés capitaux, ou trop vulgaire ou trop gros...le « Elle a quelqu’un » excuse tout et justifie tout. Et surtout pose l’individu face à sa vie sexuelle…

Ici « Gibraltar » qui ne pouvait voir – même si elle scrutait chaque jour mes fenêtres – « Gibraltar » a énoncé un jour haut et fort « Elle voit quelqu’un à l’extérieur… Mais c’est sûr : elle a quelqu’un ! »

Le sexe comme normalité…

Qu’importe la façon dont le poisson a été péché… Internet, thés dansants, etc… Ce qui compte c’est l’ivresse… Et surtout surtout la justification sociale.

3/ La pathologie d’alcool

Elle existe, elle est rampante.

Il y a l’alcool des solitaires. Celui des petites grands-mères qui s’enfilent grand nombre d’apéros le soir « pour se sentir mieux » et faire taire leur solitude…

Un marché facile pour les démarcheurs en commerce de vins par téléphone… Combien d’abus de faiblesse là encore !

Il y a l’alcool des chômeurs. Celui d’un locataire qui fait dire à son sujet « Ce soir, ils sont deux »…

Je ne connaissais pas l’expression.

Et oui, lui + sa cuite !

Un pauvre être qui, suite à son alcoolisme, a perdu tout travail.

Un pauvre être qui, un jour, est allé en voiture faire une réclamation à la gendarmerie locale. En voiture et fin saoul. Ce qui devait donc arriver arriva : les gendarmes l’ont fait souffler dans le ballon et ils ont gardé la voiture et le permis. Il est rentré à pied.

Pas de soucis, il a, pendant toute la durée de la punition, conduit sans permis !!!

4/ Les gendarmes

C’est un rite. Agiter la peur du gendarme au quotidien.

Si tu te disputes avec quelqu’un, il faut bien te mettre dans la tête que cette personne va filer illico voir les gendarmes (lire « Au secours le Secours »). Même si elle sait que ce sera parole contre parole… Aller à la gendarmerie, c’est exister devant la Loi et se gonfler d’importance !

Il fut un temps où Big Mamma appelait continuellement la gendarmerie. Pour une télé au son trop fort au-dessus de chez elle…. Pour un chien qui avait pissé trop près de sa terrasse (si, si…)

Désormais, comme les gendarmes ont d’autres chats à fouetter, elle et sa graisse se déplacent à la gendarmerie pour porter plainte.

Cette affabulatrice a successivement fait plonger ses deux précédents gendres pour des motifs sexuels (affabulatrice ET hystérique). L’un pour l’avoir soi-disant violée, le deuxième pour avoir eu des gestes et des mots à connotation sexuelle déplacés sur sa petite fille.

A la place de sa fille, je la tiendrais éloignée du troisième… Le gardien…

5/ Le gardien

Important car, de par sa fonction, il est le lien entre locataires et propriétaire.

Que l’on se souvienne un instant ici de ces bignoles parisiennes qui ont pris plaisir à dénoncer, pendant l’Occupation, les juifs de leur immeuble.

Le gardien cristallise les peurs et les ressentiments…

Même avec deux neurones, un mauvais caractère, et un baobab dans la main, il représente la Loi avec un L cap.

Il est donc important d’être « bien avec lui ! » Car, après tout, on peut aisément manipuler ses puantes tendances à la délation en balançant ses voisines…

Le gardien inspire frayeur et colère.

Frayeur, car si fuite d’eau dans un appartement, c’est par lui que toute démarche passe obligatoirement…

Colère. Parce qu’il peut porter les poubelles de certaines au container et pas celles d’autres (si, si… La jalousie, c’est ainsi !)

Le gardien a sa cour. Ses préférés…

Ici, l’ancien gardien, un fainéant de la pire espèce, a fini par être viré car il passait tous ses après-midi chez Mamie Danièle !

Quel plaisir pouvait-il retirer de cette bizarrerie ? Mais la délation, bien sûr, car Mamie Danièle, la délation – depuis qu’elle avait valsé avec des nazis à Chartres - ça la connaissait !

Ici, à part sortir et rentrer les poubelles deux fois la semaine, le gardien….

6/ Les poubelles

Importantes. Elles sont les détritus de la vie quotidienne des locataires.

Certaines vont jusqu’à les ouvrir dans leur container pour « mieux voir ».

Si toi, tu portes tes poubelles au container par pure hygiène, elles, elles attendent pour voir !

Et puis, histoire de voir si ces poubelles-là contiendraient des bouteilles vides. Qui trahiraient (enfin) l’alcoolisme de certains locataires !

Quand j’étais hospitalisée, Paquita est venue, en toute tranquillité, ouvrir les poubelles sur ma terrasse et voler des objets !

La poubelle la travaille au-delà du réel… Elle en vole des objets qu’elle interprète ! Libre à toi, après, de rectifier le tir.

7/ Les voitures

Quand j’ai bossé à l’accueil d’une PMI, j’ai été surprise par les grosses voitures des ouvriers. Il faut bien dire que je suis issue d’un milieu où l’être l’emporte sur l’avoir.

Jérôme Marchand, remarquable correspondant pour Europe 1 à Washington, qui fut un temps mon propriétaire, venait toujours à L’Express en dodoche !

La voiture plus importante que l’appartement. Et sa décoration. Car l’un est au vu de tous, pas l’autre !

La voiture et sa place de parking.

Places qui, ici, ne sont pas numérotées. Mais que certains locataires s’attribuent de facto. Encore des causes de friction bien inutiles !

Tant qu’il y a de la place y’a de la place !!!

8/ La drogue

C’est arrivé une seule fois… Mais c’était bien une fois de trop !

L’une des jeunes locataires, à la vie plutôt dissolue, avait un énième copain qui se révéla être un dealer.

Nous avions chaque jour le défilé de tous les camés du bourg.

Mais surtout l’un d’entre eux… Redoutable personnage qui a tiré de la taule pour avoir violé une enfant de 12 ans et qui joue du couteau.

Là, je l’ai dit à notre maire.

Oh je ne suis pas allée le déranger en mairie, mais j’ai attendu de le croiser à un apéritif pour lui signaler.

Comme dit l’une de mes amies : « Pour S. un porte-monnaie n’a pas d’odeur ! Et les grands-mères seront bousculées comme les autres ! »

Ce triste individu ayant déjà pillé des jeunes femmes un peu attardées mentales en leur volant leur carte bleue, c’est vrai que ça ne me plaisait pas du tout de le croiser ici dans les escaliers !

Après bien des galères – qui ont largement occupé les mauvaises langues - la locataire a déménagé avec toute sa smala dans les HLM du haut du bourg…

9/ La "Radio HLM"

Ce qui compte ce n'est pas l'exactitude des news mais bien d'être la première (ou le premier, selon) à annoncer l'événement...

Vais-je vous parler de ma voisine, Mammie Danièle, qui a téléphoné à ma meilleure amie, la nuit même où j'ai été hospitalisée dans le coma, pour lui demander si j'étais morte, car elle voulait être la première  à l'annoncer ici !

Avec elle, on a eu toutes les dérives possibles : José, qui réparait les voitures, est devenu un voleur à la tête d'un gros trafic, Gaëlle, qui allait boire un coup au café d'en bas, est devenue une prostituée de haut vol, etc...

L'étrangeté c'est quand même qu'elle trouve encore des gens pour l'écouter. De moins en moins me direz-vous...

10/ Le facteur

LE moment crucial de la journée.

Surtout pour les retraitées qui se retrouvent ensemble aux boîtes à lettres pour commenter...

La lettre Recommandée reste celle qui emporte tous les suffrages. Qu'a-t-il bien pu ne pas payer ? Qu'a-t-elle bien pu faire ? 

Et là, les commentaires vont bon train. Comme un torrent sans la grâce !

Restent aussi les livraisons : avec une nette préférence pour le camion de Maximo, mais les plis Amazon ne sont pas non plus en reste...

Comment expliquer - sans vouloir se justifier - que les livres sur Amazon s'achètent à bas prix en seconde main ?

Autant prêcher dans un désert !

Ce qui compte ce n'est pas l'analyse de l'événement mais l'événement lui-même !

11/ Les amitiés fluctuantes

Ne jamais se fier aux dernières paroles sur l'une ou sur l'autre des locataires ! Fâchées un jour, raccommodées dès le lendemain !

Le pire des exercices faux cul : dire du mal d'une ancienne locataire et t'inviter à faire de même... Et s'apercevoir un beau jour que ton interlocutrice compte la dite locataire parmi ses amis Facebook... Et qu'elle correspond en loucedé et en discussion instantanée avec elle !!!

Oui, ça m'est arrivé !

Et moi, qui suis plutôt du genre à être franche et constante dans mes opinions et dans mes paroles, vous imaginez juste ce que j'ai pu ressentir !

Mais règle d'or : ne jamais chercher une cohérence quelconque dans cette fluctuation des amitiés HLM... 

Jamais !

Triste bilan ?

Oui, l’être humain dans les pires de ses bassesses : mensonges, envie, jalousie, délation…

On ne les changera jamais.

Reste juste à se blinder assez pour comprendre leurs codes et rester à l’écart.

Oui, à l’écart…

Bien à l’écart.

Et à être positif en se souvenant que cette petite résidence jouxte un joli parc. Qu’elle ne comporte qu’un seul étage à ses deux bâtiments et 22 appartements…

Avec seulement 4 points noirs... Et Barbie cassée en éternelle mouche du coche !

Une petite résidence juste au centre ville.

Entre église et mairie.

Joliment construite en contrebas du parc du château.

Ce qui avait fait dire à ma délicieuse belle-mère : « Mais tu n’habites pas les HLM, c’est une résidence, nuance ! »

Liliane Langellier

"Quand j'en ai marre d'ces braves gens
j'fais un saut au huitième
pour construire un moment
avec ma copine Germaine,
un monde rempli d'enfants.
Et quand le jour se lève
on s'quitte en y croyant,
c'est vous dire si on rêve !"

Renaud
 

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