J'ai été internée...

Publié le par Liliane Langellier

                                                                          “La blessure vit au fond du coeur.”

                                                                                               Virgile (L'Enéide) 

Il y a juste un an, le 5 février 2016, les pompiers enfonçaient ma porte et me transportaient dans un profond coma au service réanimation de l’hôpital de Dreux.

Mon pronostic vital était engagé. Très engagé.

J’étais – d’après le médecin réanimateur – j’étais restée 5 jours et 5 nuits à terre dans mon couloir.

Je souffrais de nombreuses escarres notamment dans le dos et au sacrum. J’avais deux blessures profondes à la tête. Suite (sans doute) de la chute d’un objet lourd quand je me suis débattue à terre.

Cinq jours et cinq nuits à terre. Sans manger. Sans boire. Je vous passe les détails. Vous les imaginerez bien tout seuls.

Je me souviens que j’ai buté dans un sac en sortant de ma salle de bains.

Je me souviens que je ne pouvais plus me relever et que je n’avais pas mon téléphone à proximité.

Je me souviens que j’ai hurlé pour appeler à l’aide.

En vain.

C’est mon filleul de Bordeaux qui, ne voyant aucune réponse à ses mails ni à ses appels téléphoniques, et se souvenant du prénom de ma meilleure amie kiné, a déclenché l’alarme in extremis.

Quand je suis tombée, j’avais vainement essayé de joindre l’hôpital car l’un de leurs médicaments me flinguait. Et que je souhaitais être de nouveau hospitalisée pour faire un point sur mon traitement.

Parce qu’avant la chute (finale) il y avait eu un autre épisode.

Episode que je peine à reconstituer…

Le mercredi 23 septembre 2015, j’ai été internée en service psychiatrique à Dreux.

Oui, vous lisez bien.

Internée.

Je vais essayer de mettre des mots sur tous ces non dits.

Sur ce qui m’a conduit à un internement.

Le samedi 12 septembre, je suis allée porter une main courante contre l’un des locataires de la résidence car je n’en pouvais plus.

La nuit, je ne dormais pas. Parce que le voisin juste au-dessus de chez moi faisait un boucan épouvantable. Cela a duré toutes les nuits du mois d’août.

Ce voisin-là il avait justement été viré des HLM du haut pour abus de bruits nocturnes.

Joli cadeau que de l’avoir collé chez nous !

Comme je ne dormais pas la nuit, je rattrapais le jour.

Et voilà que mes journées ne se déroulaient pas au calme car l’un de mes voisins – grand alcoolique – allait chez ma grand-mère de voisine et hurlait (vociférait ?) plus qu’il ne parlait.

Comme je ne dormais pas, je m’étais coupée de toute relation sociale. Plus de messes ou de joyeuses guinguettes le dimanche.

Je n’en pouvais plus.

Je me souviens que pour mon anniversaire (le 18 août) je n’ai pas même pu aller à un déjeuner où j’étais invitée.

Une nuit où je n’en pouvais plus, et ayant appris qui était la sœur du voisin bruyant, je l’ai jointe à 2 h 30 du matin après être allée vérifier que le bruit venait bien de chez son frère : il s’était manifestement endormi sur sa télécommande.

Première faute.

Oui, sottement j’avais confiance car cette femme avait été secrétaire de mairie à Lormaye et qu’elle m’avait toujours aidée dans mes recherches pour l’affaire Seznec…

J’avais confiance. Bien mal m’en a prit !

Je ne dors pas et j’ai très mal au dos. J’abuse de la codéine et du Lexomil.

On meurt de ne pas pouvoir dormir.

Donc de nuit je réveille à tort la soeurette (je vais le payer très cher).

Je porte plainte contre l’ivrogne qui hurle chez ma voisine…

Et puis alors…

Tout s’est emballé.

A un moment donné je passe de l’autre côté.

Je cristallise toutes mes peurs sur Barbie et sur la fille du voisin du dessus.

Je suis morte de peur.

Je pense que l’on veut me tuer.

J’ai décapsulé.

C’est effectivement le nom de Barbie qui revient le plus souvent dans mes mails et dans mes SMS.

Je suis morte de peur.

Qu’a-t-elle fait ou dit.

Je pense alors qu’elle a déclenché une pétition contre moi.

Je suis morte de peur.

Je monte un scénario d’enfer. La fille du voisin du dessus me poursuit avec une carabine et veut ma mort.

Barbie aussi.

Si je me réfère à l’été dernier, c’est bien Barbie qui a voulu faire une pétition contre nous parce que nous prenions un apéro sur l’une ou l’autre de nos petites terrasses.

C’est elle qui a proclamé « Elle est dangereuse » juste quand je passe à proximité.

Donc son rôle dans mon internement n’est pas neutre du tout.

Barbie est une manipulatrice. Une jalouse. Et je représente tout ce qu’elle n’est pas.

Donc double dose pour moi.

Bon. Je porte plainte. Et je téléphone la nuit à la soeurette.

Mais ma paranoïa ne s’est pas arrêtée là.

J'ai des hallucinations auditives : je suis persuadée d’entendre « Je vais la tuer » par la fille du voisin du dessus.

J’appelle les gendarmes.

Je le signale au maire et à mon bailleur.

J’appelle même les prêtres.

Le 17 septembre, je prends deux bêta bloquants (Ténormine) car j'ai l'impression d'avoir de la tension.

J'ai en effet des accélérations cardiaques. Et après leur avoir téléphonées, je suis admise aux urgences dans la nuit du 18 au 19 septembre.

Juste pour une nuit.

Le délire continue...

Le dernier jour, le mercredi 23 septembre, je me réfugie dans ma salle de bains. Tous volets fermés.

Je suis persuadée que cette fille, nommons la « Patricia », que Patricia a volé le fusil de son père et qu’elle veut me tuer.

Je suis morte de peur.

Je me réfugie dans ma salle de bains et je téléphone à deux de mes amies leur tenant des propos incohérents.

Je cherche aussi à joindre le journal local pour leur raconter ce que je vis.

Comme c'est l'heure du déjeuner et que je ne peux pas les joindre, je fais ce qui va largement contribuer à mon enfermement, j'appelle chez la correspondante locale.

C'est son compagnon qui me répond  - le chanteur maudit - et là ils vont régler leurs mauvais comptes de Thénardier. Et oui que voulez-vous, n'a pas de talent qui veut !

Pourtant je ne suis pas agressive.

Juste enfermée dans ma salle de bains.

Aussi quand le SAMU débarque pour m’emmener, je me laisse faire sans aucuns problèmes.

Ils vont m’emmener aux urgences psychiatriques.

Je suis internée à la demande du maire. Une H.O. Hospitalisation d’Office. Via le préfet. Une H.O. avec mesure de contrainte.

Je reste des heures aux urgences. Puis, après un scanner de la tête et avoir ingurgité un valium, on me met en cellule d’isolement.

Oui vous lisez bien : en cellule d’isolement.

Alors que je suis extrêmement calme et que je profite de ce stop pour dormir (j’en ai du sommeil à rattraper !)

Quand je me réveille en cellule d’isolement, trois psychiatres se penchent (physiquement) sur mon cas.

Je vais intégrer le module. Puis la psychiatrie ouverte.

Pour deux mois.

Là on me drogue littéralement. Car pour eux, c’est sûr, je suis bipolaire ( ???)

Il fallait bien vite me ranger dans une petite case.

Quand je sors enfin de l’hôpital, on me laisse conduire ma voiture seule pour rentrer chez moi. Où personne ne m’attend.

Où il y a un bordel incroyable, car j’ai souffert du syndrome de Diogène.

Où je n’ai pas même de quoi diner le soir.

La suite, on la connait. Je l’ai déjà racontée dans « Résurrection ».

Le 7 juin dernier, je suis sortie de l'hôpital de La Musse....

Où on a tout fait pour me faire marcher à nouveau.

Et là j'ai eu la surprise d’entendre un ragot monstrueux : « J’avais menacé ma voisine d’en face avec un couteau de 43 cm ».

Et tenez-vous bien ce ragot là je le dois à la plus grande catho de la rue des Grenets, à deux pas de chez moi !

Evidemment que je n’ai jamais menacé personne ! Pour la bonne et unique raison que j’avais peur.

Je n’ai jamais eu une seule arme chez moi. Et encore moins un couteau de 43 cm.

C'est grave....

Très grave...

Cela sous-entend l'homicide même s'il aurait été, dans ce cas, involontaire.

C’est blessant...

Très blessant...

Comme je n’ai pas assez souffert dans mon corps et dans mon esprit on me rajoute « ça ».

Et sur ce ragot là les gens se sont déchainés.

Un ancien conseiller municipal est même allé jusqu’à pédaler plus vite sur son petit vélo pour aller le colporter à Ormoy, un village voisin.

Moi avec un couteau…

Vous me direz : ce n’est qu’un ragot…

Peut-être. Mais vous connaissez l’adage : « Il n’y a pas de fumée sans feu ! »

Et puis j’ai toujours été un petit personnage très jalousé. Très dérangeant.

Et des jalousies j’en ai déclenchées. Et j’en déclenche encore…

Pour mon franc parler. Pour mes brillantes études. Pour mon passé de journaliste.

Pour ma personnalité enthousiaste... Et drôle...

Ah j'allais oublier : ce que j’ai réussi à comprendre dans tout ce mauvais roman, c’est que les gendarmes sont venus interroger ma voisine et Barbie pendant un long moment.

Elles n’ont certainement pas dû me louper.

M'enfin être salie par une ancienne escort girl et par une femme qui – en son temps – a valsé avec les nazis à Chartres, ça ne le fait pas.

Je ne trouve plus mon dossier de psychiatrie mais je me souviens très bien qu’il y était écrit : « Plainte du voisinage » et aussi « Peur de complot contre les journalistes ».

Je vais essayer de m'en procurer un double de ce foutu dossier, car – mettez-vous un peu à ma place – je voudrais bien savoir pourquoi j’ai été internée ?

- Bouffée Délirante Aiguë (BDA) pour certains…

- Délire de bipolarité (bien que je n’ai aucun symptôme de névrose maniaco dépressive) pour d’autres…

- Burn out avec perte du sens du réel…

- Dépression avec décompensation…

- Troubles psychiques dus à un dysfonctionnement de la thyroïde...

- AVC frontal non décelable à la radio...

Personne ne sait me dire !

Personne ne sait mettre un nom sur ce délire avec perte du sens du réel…

Alors…

Comme tout ce qui n’est pas nommé…

Les gens se vautrent juste dans cette faille...

Et ne manquent pas de répéter : « Elle a été internée ».

Reste juste à franchir le pas ultime...

Et à me surnommer "La folle"....

Liliane Langellier

J'ai été internée...

Publié dans L'espiègle Lili

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A 05/02/2017 15:03

Et moi je vous apprécie...