Big Mamma

Publié le par Liliane Langellier

«Au rez-d'chaussée, dans mon HLM, 
Y a une espèce de barbouze 
Qui surveille les entrées, 
Qui tire sur tout c'qui bouge, 
Surtout si c'est bronzé.»

Renaud

Toute cette histoire a commencé l’été 2008.

Elle venait juste d’emménager ici.

Comme elle venait à L’Etape, le café après midi du Grand Secours chaque jeudi, et que j’y étais encadrante, j’ai hérité de son cas.

Un véritable drame digne de Victor Hugo et de ses Misérables…

Voire du pire de Zola...

Sa petite fille, âgée de 11 ans à peine, venait de débarquer chez elle avec armes et bagages.

Motif : l’homme qui vit avec maman tient des propos sales et cochons à mon égard…

Parole d’enfant…

Et attention aux paroles d'enfants...

Mais rumeur qui se mit à rouler aussi vite qu’un TGV.

Big Mamma (appelons-là ainsi bien qu’elle soit beaucoup moins sympathique que Eilla Mitchell, dans le film) en fit immédiatement des gorges chaudes dans notre résidence.

Si les Thénardier (sa fille et son jules) n’étaient pas des gens très reluisants, ils étaient sans doute bien loin de ce qu’on les accablait.

Et puis, bon point pour eux : les deux travaillaient et n’étaient pas secourus par l’Etat. Chose de plus en plus rare dans ce milieu.

Donc cette femme que je ne connaissais pas avait été mariée avec un ingénieur et lui avait donné cette jolie petite fille.

J’avais bien remarqué que – lorsque le gendre ramenait l’enfant – il ne saluait pas Big Mamma. Mais vu les ennuis que j’avais eus avec mes beaux-parents, je n’étais pas du tout intriguée.

J’aurais été bien inspirée de l’être.

Le Secours me demanda donc de prendre rendez-vous avec l’une de nos avocates locales et Big Mamma pour agir en justice afin d’enlever la garde de la petite à sa mère et la confier à Big Mamma.

La première parole de cette avocate fut « Je ne peux pas être à la fois l’avocate du gendre et de la belle-mère ! »

Je ne comprenais pas vraiment cette ségrégation quand elle ajouta « Mon client, le gendre de Madame, a été placé en garde à vue car Madame l’avait accusé de viol ! Et je l’ai fait libérer in extremis.»

Mes idées se brouillaient…

« Oui, vous avez bien entendu… De viol ! »

Outre l’horreur de ce mauvais mensonge, je ne pouvais m’imaginer la scène…

Big Mamma violée…Comment dire ???

Mais d’un seul coup, je comprenais mieux le silence du gendre quand il ramenait la petite…

Le dossier a continué…

J’ai donc emmené Big Mamma au Tribunal de Grande Instance. Où j’ai vu pour la première fois sa fille.

Le JAF (Juge aux Affaires Familiales) a rendu illico son verdict : l’enfant, elle, était confiée à son père. Interdiction de visite chez la mère ou chez la grand-mère. Visites uniquement autorisées dans un lieu neutre et devant une assistante sociale.

Big Mamma a pleuré tout le chemin du retour. Elle sanglotait tellement que j’ai failli en avoir un accident.

La petite fille, quant à elle, ne devait plus jamais revenir ici…

Toute la résidence bruissait de ces ragots.

Et pour cause : Big Mamma a elle-même  recraché toute sa lamentable histoire aux locataires qui voulaient bien l'entendre.

Inventer un viol,c'est déjà pas terrible...

Mais s'en vanter, ça reste à expliquer !

Seulement voilà... Une affabulatrice, ça ne s’arrête pas pour autant…

Big Mamma est intrusive et affabulatrice.

Et elle développe un fort syndrome de Zorro.

Après le triste épisode de la petite fille...

Elle a rapidement décidé de déclencher une croisade pour savoir combien gagnaient les locataires de notre résidence. Et s’ils avaient bien droit à un logement social.

Je lui avais conseillé de s’abstenir, mais…

Simultanément Big Mamma a ouvert un autre front.

Elle bataillait avec son voisin, M.Chevallier, parce qu’il osait fumer chez lui. Oui, vous lisez bien, chez lui. Cet homme était atteint de la sclérose en plaques en phase terminale, et, son dernier plaisir était de fumer.

Mais voilà que la fumée passait sous la porte (?)

Big Mamma se montra si infâme dans son harcèlement qu’un jour où elle venait encore réclamer, les infirmières l’ont foutue dehors de chez M.Chevallier.

D’autant plus qu’elle leur reprochait aux infirmières de venir trop tôt le soigner, et de faire trop de bruit ! Il faut savoir que  Big Mamma ne se lève le matin qu’à 11 heures, 11 h 30, et a grand besoin de sommeil.

Bilan : grillée auprès de l’ADMR (aides ménagères) et grillée chez l’équipe infirmière.

Et puis voilà que sa fille choisit de vivre avec notre gardien. Ou le contraire, je n'en sais rien.

Vous imaginez la suite….

Big Mamma s’est répandue ici en posant la question qui tue : « Vous savez qui je suis ? »

« Je suis la belle-mère du gardien. Et par moi tout doit passer, je suis l’intermédiaire entre le propriétaire et vous. »

Et là, même si tu n’as aucune estime pour le dit gardien, tu te dis « Pauvre mec ! »

Donc, guerre aux locataires qui gagnent trop pour habiter ici !

Mais Big Mamma ne s’est pas arrêtée là.

Guerre aussi aux locataires qui vivent avec un compagnon (une compagne) dont le nom ne figure pas sur la boite à lettres.

Vérification des boites à lettres et des noms.

La grande prêtresse de la délation, en quelque sorte.

En même temps qu’elle harcelait son voisin d’à côté, Big Mamma attaquait sa voisine du dessus. Une petite grand-mère des plus tranquilles, qui, un peu sourde, mettait sa télé trop fort.

Les gendarmes ont été appelés et sont venus plusieurs fois.

J’ai rencontré la fille de la grand-mère, Hélène, qui m’a dit un jour « On n’a pas besoin de ça, mais on va en justice. J’ai pris un avocat. »

Bon.

Le voisin d’à côté. La voisine du dessus…

Mais encore ?

Mais encore le parking, bien sûr.

Elle a violemment interdit aux petits enfants du remplaçant de Mme Bataille de faire du vélo pendant les vacances de la Toussaint sur le dit parking. Juste pour protéger sa voiture, au cas où…

Le parking...

Où la voiture de Big Mamma trône en bonne et due place (on parle quand même là de quelqu’un d’importance, de la belle mère du gardien, hein ?)

Le parking où il y a deux places handicapées. Et où Big Mamma se permet de faire la chasse aux petites aides ménagères qui s'y garent quand il n'y a pas d'autre place ailleurs...

Le parking où des jeunes locataires osent garer leur voiture pot d'échappement tourné vers la résidence. Et non pas nez au mur comme elle le souhaiterait.

Big Mamma a tous les culots, elle va les trouver un à un et leur raconte que c'est Kevin qui se plaint des gaz d'échappement sauf que l'appartement de Kevin est beaucoup trop loin du parking pour sentir les gaz et qu'il n'est pas homme à se plaindre de quiconque...

Là il est bon de préciser que Big Mamma hait les jeunes mais plus particulièrement les enfants car ils peuvent abîmer les voitures…

C’est ainsi qu’elle a osé s’en prendre à l'un des enfants de Kevin justement.

Kevin est grand. Beau, blond et baraqué. Un genre hollandais. La cinquantaine joyeuse. Et particulièrement aimable. Il en a fait vibrer plus d'une, ici. Qui ont été bien déçues quand il a annoncé que lui, en fait, il n'aimait que les jeunes femmes blacks. Et puis qu'il nous l'a prouvé en se fiançant avec sa nouvelle compagne ivoirienne...

Mais quand il a appris que Big Mamma osait raconter que son fils de deux ans, Gianni (un craquant petit métisse) était accusé de tordre les essuies glaces des voitures…

Deux ans… Tordre des essuies glaces…

Alors là, ça ne l’a pas fait.

Et Kevin a chopé Big Mamma pour lui dire élégamment de la boucler. D’autant plus que le petit Gianni était pour 2 mois en Guadeloupe, et que, véritable papa poule, il ne quittait jamais ses enfants des yeux, surtout quand ils faisaient du vélo sur le parking, et qu’un enfant de 2 ans tordre des essuies glaces, ça se saurait…

Heureusement qu'il l'a fait devant témoins.

Heureusement qu'il a déposé plainte vite fait en mairie...

Car bien mal lui en a prit.

Big Mamma est allée derechef se plaindre à la mairie !

Elle a hurlé (après hein, parce que, pendant, elle n’a pas soufflé mot !) qu’elle avait été menacée physiquement. Et qu’elle avait désormais peur de garer sa voiture sur le parking.

Qu’elle avait d'ailleurs été si contrariée qu’une hémorragie génitale s’était déclarée et qu’elle avait été admise aux urgences de l’hôpital de Dreux. Où elle avait passé deux jours au week-end du 15 août (crise d'hystérie ?)

Nous savions, par la jeune femme au-dessus de chez elle, nous savions qu’elle n’avait jamais bougé de son appartement. Et puis, l'été une ambulance sur le parking, tout le monde l'aurait vue...

Pauvre jeune femme, d'ailleurs !

Appelons-la Elisabeth.

Dès qu’elle est arrivée en mars dernier, Big Mamma lui a demandé de porter des chaussons en feutre. Pour ne pas la déranger.

Elisabeth a une adorable petite chienne « Chance ».

Big Mamma déteste les animaux.

Elle a donc été odieuse avec Elisabeth, qui, jeune institutrice, a su la remettre rapidement à sa place.

Elle a aussi hurlé, cet été, après deux jeunes adolescents qui venaient calmement récupérer leur petite chatte sur le parking.

Elle a cru voir mon chat noir Gatsby errer sur le parking. Lui qui ne sortait jamais. C'est une des raisons pour laquelle je n'ai plus de chats !

Big Mamma ne se sent plus pisser d’importance…

Surtout quand elle oblige Edmundo, notre voisin portugais, à couper sa vigne qui dépasse un peu sur le mur mitoyen (loin d’elle).

Surtout quand elle vient pleurnicher parce que Paquita a coupé "ses" roses trémières. Qui, pas plus que le mur de la vigne, ne lui appartiennent.

Surtout quand elle veut diriger le déménagement de notre voisine "Mimi", qui a intégré une résidence Domitis. Histoire de récupérer des meubles et des objets.

Manque de pot, la dite Mimi appartenait au Club du Troisième Age, club dont la directrice a eu vite fait de calmer le gros trublion !

Et oui, tout la dérange…

Ce qui l'a surtout dérangée, l'été dernier, ce sont les apéros que nous prenions sur l'une ou l'autre de nos petites terrasses. Un vrai moment de grâce !

Elle nous a dénoncés à "mon gendre".

Elle est allée se traîner pour se plaindre encore à la mairie.

Tant et si bien que l'une des ajointes au maire, en visite chez moi, a déclaré en cette fin août : "Ici, vous n'êtes pas en maison de retraite, si les grands mères ne supportent pas le bruit, qu'elles y demandent leur admission."

Circulez, y'a rien à voir !

Big Mamma a vainement tenté de monter les autres locataires contre nous. Locataires, qui, hilares, venaient tout nous répéter.

Aux dernières nouvelles, elle doit porter plainte car Elisabeth fait du bruit en faisant tourner sa machine à laver. Ben oui, quelle idée aussi de vouloir laver son linge !!!

Mais cela ne l'arrête pas pour autant...

Big Mamma se déchaîne chaque jour un peu plus.

Elle s'est permis de hurler fin décembre dernier aux boites à lettres qu’il faut « dénoncer » les locataires qui vivent à plusieurs dans leur appartement et ne déclarent qu'un seul locataire aux HLM. … Juste devant une gentille, qui, elle, abrite justement son petit fils en difficulté…

Je crois toutefois que, là, elle vient de commettre sa dernière délation, son dernier forfait.

Depuis que je suis rentrée de l’hôpital, je n’ai pas encore reconduit ma voiture, qui est sagement rangée sur une place de parking… Un parking privé. Juste devant chez moi.

Oui mais…

Voilà que samedi dernier, j’ai reçu une missive de notre bailleur me menaçant par lettre recommandée A.R. d’enlèvement de ma voiture, épave non assurée sur le parking !

Oui, j’avais simplement oublié de changer ma petite vignette d'assurances sur mon pare-brise.

Mais j’étais assurée et bel et bien assurée puisque, en plus, assurée tous risques. Et depuis 35 ans à la MAAF.

J'ai donc été balancée.

Tout le monde autour de moi a été révolté de ce procédé. 

J'ai, pour ma part, répondu fissa en lettre recommandée A.R. en envoyant copie de mon attestation d'assurances et de ma vignette

J'ai également prévenu la gendarmerie. Surprise d'un tel procédé alors que c'est un parking privé et non la voie publique.

J'ai donc été balancée.

Alors qui ?

Bien sûr, je n'ai pas été sans repérer quelques mauvais sourires en coin quand j'ai raconté ma mésaventure...

Mais qui, ici, se plait à se vautrer dans le marigot de la délation ?

Qui ?

Si ce n’est Big Mamma, bien sûr.

Elle a du prévenir son grand dadais de gendre qui m’a balancée avec délectation car il ne peut pas me blairer.

Pas beau la haine... Pas beau...

Ah j’allais encore oublier une dernière délicieuse anecdote…

Avant ma seconde hospitalisation, en décembre 2015, Big Mamma avait repéré Zézette qui venait un après-midi chez moi. Elle l'a suivie. Elle a sonné et tambouriné sur ma porte jusqu'à ce que je lui ouvre... Tout ça pour nous dire "Je me demandais ce que Zézette venait faire ici ???"

Ben oui, dès fois que je l'emploie au noir.... Menace de dénonciation ?

Pendant que j'étais au plus mal, ce même mois de décembre, elle venait régulièrement frapper à mes volets du couloir et à ma porte d'entrée en criant son nom...

Mais le pire est à suivre...

Avant que je ne rentre de l’hôpital de La Musse, début juin dernier, un grand ménage de mon appartement a été organisé, ce qui a ému plus que de raison les locataires, ici.

Ah le bonheur d'épier ses voisins. Vrai fondement de la culture HLM.

Culture que Renaud a su si bien raconter dans ses chansons.

Mais Big Mamma s’est surpassée sur ce coup-là !

Elle est venue dire à Zézette (et aux voisins qui voulaient bien l'entendre) que ce n’était pas la peine de nettoyer l’appartement car je ne rentrerais pas, vu que j’étais enfermée à vie en psychiatrie. Et elle a ajouté, perverse, « C’est mon gendre qui me l’a dit ! »

Quel argument imparable !

« Mon gendre » il ferait mieux de compter ses abattis et de tenir sa belle mère à distance s’il ne veut pas, à son tour, être accusé de viol. Comme le précédent.

Mon gendre il devrait bosser un peu plus ici, être un peu plus aimable, et ne pas écouter les mauvais ragots de sa belle doche.

Quant à Big Mamma, quant à Big Mamma…

J’ai sérieusement couché sur papier tout ce que je viens de raconter ici.

Trois pages serrées de faits bruts.

Si elle bouge la moindre oreille,

C’est la plainte directe au procureur.

Plainte pour harcèlement.

Comme on me l'a déjà conseillé.

Juste histoire de montrer que je n’ai jamais supporté les petits pouvoirs.

Oui, les pouvoirs des petits.

Le genre mauvais "caporal" en chef gueulant devant ses soldats.

Juste histoire de montrer…

Alors…

Alors... Après s'être mise à dos les infirmières, les employées de l'ADMR, tous les locataires sans exception, et le club du troisième âge... 

Alors...

Alors reste juste sa grande solitude tout au bout du marigot...

Alors...

Alors, c'est "mon gendre" que je plains de tout coeur. Parce que, lui, il va devoir se la goinfrer jusqu'à la fin...

Elle a quand même trouvé une nouvelle tactique...

Depuis que je lui ai envoyé une lettre (polie, très polie, la lettre) pour lui demander d'arrêter ses délations en tous genres, elle vit tous volets fermés....

Je parierai volontiers qu'elle va encore raconter qu'elle a reçu une lettre d'injures et qu'elle a été hospitalisée, par ma faute, bien sûr !

Sauf qu'hier, manque de bol, je l'ai croisée toute guillerette à un goûter de seniors...

Et puis voilà que l'appartement à côté d'elle vient de se libérer.

Une petite dame est sur les rangs... "Impossible, a dit Big Mamma, elle a des animaux et les animaux sont interdits par les HLM."

On ne doit pas avoir le même bail. Car, sur le mien, justement ils sont autorisés !

Alors...

Alors il faut surtout rester dans le plus grand silence verbal. Car elle raconterait encore tout et n'importe quoi si on la chope à l'occasion...

Alors...

Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que, si nous étions sous l'Occupation, nombre d'entre nous auraient déjà été dénoncés et internés dans des camps.

Voire pire !

Et alors ça, ça me fait vraiment froid dans le dos...

Liliane Langellier

 

Big Mamma

Publié dans L'espiègle Lili

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Langellier Liliane 17/02/2017 08:58

Quand tu mets tout par écrit... Tu te dis que cette femme est grave parano (rapport persécuté/persécutant)... Et que c'est elle qui devrait être soignée...