La famille Majorel

Publié le par Liliane Langellier

Dans toutes les familles, il y a « la légende dorée » et les recherches aux archives.

La nôtre n'a pas échappé à la tradition... Mais aujourd’hui, j’ai pris le temps de croiser les deux.

Je ne savais que peu de choses sur mon grand père maternel – Jean Pamphile Majorel – peu de choses si ce n’est qu’il était surnommé « Le grand père aux 17 enfants »

Peu de choses si ce n’est qu’il était né à Marijolet, hameau près de Saint Laurent d’Olt en Aveyron. Et qu’il était monté à Paris pour y faire fortune en ouvrant un restaurant.

Je savais aussi qu’il était sacristain et très croyant. Qu’il avait ainsi dûment épousé ses trois femmes. Et à l’église encore. Les deux dernières étant veuves lors des noces.

Alors j’ai cherché…

On peut dire que l’affaire Seznec m’a apporté une certaine dextérité pour les recherches en tous genres dans les archives départementales.

Cinq heures plus tard….

Cinq heures plus tard, je peux affirmer ce qui suit.

Jean Pamphile Majorel est né un 14 juillet. Celui de l’an de grâce 1856. Dans une ferme. Au-dessus de Saint Laurent d’Olt. Dans l’Aveyron profond.

Son père Majorel Pierre était cultivateur.

J’ai connu la ferme familiale – ou plutôt ce qu’il en restait – au tout début des années soixante.

Les cousins qui l’occupaient vivaient de façon très fruste.

Aucun confort. Mais la bonté et la chaleur de l’accueil traditionnel aveyronnais avec les cochonnailles de la ferme.

Maman m’a toujours dit que son père avait été zouave…. Elle avait une photo où il trônait fièrement avec sa chéchia quelque part au Maghreb.

J'ai retrouvé son R.M. à Mende. Parce que les petits gars de la classe 1876 de Saint Laurent d'Olt dépendaient de la Corrèze.

Incorporé à compter du 10 novembre 1877. Il est envoyé le 20 mars 1882 en congé.

J'ai découvert qu'il avait fait la campagne de Tunisie du 8 juillet 1881 au 20 mars 1882.

Il a donc effectué 5 années de service militaire (loi Cissey - 27/7/1872)

Au 137e de Ligne. Dans l'infanterie.

C’est un peu tard... C'est à presque 30 ans, le 18 février 1886, que Jean Pamphile épouse sa première femme, Rose Victoire Gontier. Il est alors cuisinier et demeure au 1 avenue de Longchamp à Boulogne sur Seine.

Il y eut contrat de mariage. Et contrat rédigé à Saint Laurent d'Olt. La promise - qui habitait en Seine et Marne - devait avoir des biens… A moins que...

De cette union naîtront 4 enfants : Gabriel (1886), René (1892), Robert (1894) et Suzanne (1896).

De ces quatre-là, je n’ai connu que l’oncle René et la tante Suzanne.

« Le petit René » habitait rue du Vieux Pont de Sèvres. Comme presque toute la famille d'ailleurs (je déteste la tour de TF1 construite sur "leur" emplacement). Il avait été veuf très tôt. Et était père d’une ravissante Lucienne. Qui devait épouser Guy Cadet, médecin né à La Réunion. Qui en plus de s’occuper de la cousine, s’est occupé de tous les maux de la famille !

La rue du Vieux Pont de Sèvres...

Y ont habité : René, sa femme et sa fille, Simone et Georges Bibet, Adrienne et Maurice Majorel avec leurs deux enfants et aussi Yvette et André avec leurs trois fils.

Suzanne, elle, était un véritable petit Saxe. D’une très grande finesse. Elle habitait Impasse d'Orléans au Petit Massy (comme les Henning et les Bibet). Avec son époux François Gantner. Frère de la troisième épouse de Jean Pamphile. Si bien que ce François-là a réussi à être mon oncle (mari de Suzanne) et mon grand oncle (frère de ma grand-mère). Ils n'ont eu qu'un garçon : Roger.

Avec cette histoire d'oncle et de grand oncle, Papa avait pour coutume de dire « Ne cherche pas à comprendre la famille Majorel… Personne n’y est jamais parvenu ! »

Suzanne et René - et tous les enfants Majorel après eux à l'exception de Jeannette - ont travaillé chez Carnaud Basse Indre. Pratique, car tout près du restaurant du grand père situé 97 route de Versailles (avenue Edouard Vaillant actuelle).

L’écart des âges était très grand : quand maman a eu 2 ans, ses deux frères ainés partaient à la Guerre de 14.

La première épouse, Rose, est morte en avril 1897.

Jean Pamphile Majorel n’a pas traîné pour convoler avec Juliette Foy le 3 février 1898. Juliette était née à Châteaudun et ses parents vivaient à Marboué en Eure-et-Loir. 

De cette union ne naquit qu’une seule fille : Simone (13/10/1900).

La tante Simone en tant qu’aînée des filles avait un singulier penchant pour le commandement. D’autant plus qu’elle avait épousé Georges Bibet. Qui devait faire une brillante carrière chez Citroën au Quai Javel.

Simone a très peu connu sa mère car Juliette est morte en 1904.

Jean Pamphile a alors convolé en troisièmes noces le 22 février 1906. Il épousait Elisa Gantner née à Paris 20ème en 1872.

Celle qui devait devenir ma grand-mère.

Elisa était également veuve et apportait dans la corbeille de noces une fille : Laure Félicie Cuissot, dite Laurette.

Laurette, la sœur préférée de ma Jeannette...

Celle qui, un triste jour d’août 1923, est morte de consomption. Pour avoir trop aimé un homme qui lui avait caché son mariage !

De cette troisième union sont nés Yvonne (1907), Germaine (1908), Maurice (1910) Jeannette (1912) et André (1916).

J’ai déjà parlé d’Yvonne dans Tom le chien.

Elle s’est mariée très jeune avec Georges Henry et a ainsi échappé rapidement à l’usine Carnaud pour le seconder dans un commerce. Leur fils Georges, dit "le petit Jojo", devait devenir mon parrain.

Yvonne est la tante à laquelle je ressemble le plus. Au physique et au caractère !

Germaine était la soeur la plus proche de Jeannette. Mariée à Ducreux, qui buvait plus que son contenu par jour, elle devait le quitter le jour où il a levé la main sur elle.

Et se réfugier au 93 Route de la Reine, bien sûr !

Triste histoire : Tante Germaine était enceinte en juin 1940. Elle a suivi son usine en exode. Et a accouché sous un camion sur la route…

La petite fille, fragilisée, n’a jamais vu son deuxième anniversaire !

La tante Germaine est morte en juillet 1974. Victime d'un second A.V.C., elle avait, suite à un grave délire, été internée à l'asile de Villejuif.

L’oncle Maurice était un géant bonasse. Il avait épousé la jolie Adrienne, une fille Henning, qui se trouvait être une cousine proche. Malgré les pronostics, elle lui donna deux superbes enfants blonds : Jean et Michèle.

La tante Adrienne était une sombre peste. Elle avait bombardé Jeannette marraine de sa fille. Mais quelle déception quand deux ans plus tard je venais à naître !

Il y a toujours une orange pourrie dans un cageot. Dans la famille Majorel, le rôle était attribué d’office.

Maurice, Germaine et Jeannette ont été envoyés à Chaudon chez Marie-Julienne Chandebois pour être élevés à la campagne. Elisa a, par contre, gardé précieusement André, son petit dernier, auprès d’elle.

André a été de ceux qu’on appelle « la génération sacrifiée » : la classe 1936. Partis effectuer leur service militaire, nombre d’entre eux "pour cause de guerre" ne sont rentrés qu’en 1945 voire 1946 !

André était excessif. Volontaire. Dur. Bosseur et opiniâtre, il gravit peu à peu tous les échelons de l'usine Carnaud et devait les suivre dans leur déménagement à Rouen en 1965. 

Il épousa en 1947 une pieuse bretonne de Lannion, Yvette, qui lui donna trois beaux garçons : Christian, Jean-Pierre et Hervé.

André était le petit frère de coeur de Jeannette.

Je fais une pause ici pour raconter un événement désagréable...

Comme vous l'avez lu, l'oncle André était resté 9 ans sous les drapeaux. Et avait été prisonnier en Allemagne (1940/1945 ?) Une jeunesse de foutue, quoi !

Exactement comme mon beau-père Robert Langellier, qui, lui, tenait son journal dont a été tiré le film de Jean Renoir "Le caporal épinglé" (inspiré du roman de Jacques Perret).

Comme vous l'avez aussi lu dans "l'étiquette rose" mon père Fernand avait eu une enfance chaotique, car faisant partie des familles déplacées du Nord de la France en 1916.  Alors que son propre père se battait, lui, à Verdun !

Nos deux pères avaient un dur passé,et donc de sacrés caractères... Plus que trempés...

Et puis la tante Adrienne Majorel était très jalouse de la relation de Jeannette et d'Yvette. Puisque Jeannette avait demandé à la tante Yvette d'être ma marraine... Et que, mauvaise langue, Adrienne faisait tout pour éloigner les deux belles soeurs.

Alors, un jour... A ce dont je m'en souviens (je n'avais pas 10 ans...Puisque lors des vacances en Bretagne l'été 1958, ils étaient déjà fâchés !)

A ce dont je me souviens... A ce qu'on m'a raconté...

Un beau jour, l'oncle André aurait débarqué dans la boutique, furieux parce que nous allions en vacances en Autriche. Et que, lui, les Allemands, il en avait trop souffert... Et qu'il ne pouvait comprendre que Fernand, le seul des beaux-frères a avoir été prisonnier, puisse pactiser ainsi avec l'ennemi...

Oui, nous allions en Autriche parce que le cours du schilling était alors favorable aux Français.Nous partions à quatre dans la 2 CV fourgonnette, emmenant l'oncle René avec nous. La tante Germaine, elle, nous rejoignait à Feldkirch par le train.

Et puis les Bibet se sont mis à y venir aussi. Et puis aussi Georges Henry avec sa seconde femme, Adrienne.

C'est l'une de mes institutrices, Maman Simone, qui avait découvert l'hôtel Krone. Et qui avait créé les premières colonies de vacances pour les gamins de la petite école catholique de Boulogne Billancourt.

Moi, j'avais bénéficié d'un tarif un peu spécial...

Lire Au im Bregenzerwald et Vacances en Autriche.

L'oncle André aurait donc débarqué, très énervé, dans la boutique...

Le ton a vite monté... 

Aucun des deux hommes n'avait l'habitude d'être contredit.

Et Jeannette n'a rien pu faire à l'affaire !

Ils se sont fâchés à mort et ce jour-là m'ont privé d'une enfance avec mes trois cousins !

Jeannette a pleuré plus que son saoul sur cette regrettable affaire.

Elle a été privée de son "petit frère" jusqu'en 1989, date de la mort de leur soeur aînée Simone. Quand André (déjà veuf depuis 1980) est venu débarrasser l'appartement de Meudon...

André a été très présent auprès de Jeannette à partir du moment où elle a été veuve (en janvier 1993).

C'est lui qui me tenait le bras à l'église lors de son enterrement fin mai 1999. Ce jour-là, j'ai découvert, en déjeunant au restaurant "Les Remparts" avec lui que mon oncle avait de l'humour à revendre !

Bon... Revenons à nos moutonssssssss !

Si on compte et recompte on est encore loin du compte…

Voyons : première union = 4 enfants. Deuxième union = 1 enfant. Et troisième union = 6 enfants (5 + Laurette).

Chez moi cela fait 11 enfants !

Ce qui n’est déjà pas si mal.

Je n’ai pas retrouvé la date exacte de la mort de Jean Pamphile. Car les archives des Hauts de Seine s'arrêtent à 1912...

Je sais seulement que quand Jeannette est née il avait déjà 55 ans.

Je sais seulement qu'il s'est résolu à placer Jeannette chez une fleuriste quand elle avait 9 ans, soit en 1921. Qu'elle a pu suivre les cours de l'école mais pas ceux du catéchisme !

Je sais qu'il est mort après 1932... Car il n'apparaît pas dans les tables décennales 1923/1932.

Je sais seulement que lorsque Jeannette s’est mariée en avril 1933, Jean Pamphile Majorel était absent. (Très malade ? Décédé ?) Car c’est l’oncle François Gantner (oui à la fois mon oncle et grand oncle) qui a conduit Jeannette à l’autel…

Mais enfin…

C’était en tout cas une sacrée belle famille les Majorel !

Quelles belles tablées quand ils étaient tous réunis et que chacun poussait sa chansonnette à la fin du repas.

J’ai retrouvé une ancienne cassette où on entend Fernand chanter « Le temps des cerises »…

Je l’ai écoutée une fois…

Puis je l’ai pieusement rangée…

Au rayon « souvenirs danger ».

Liliane Langellier

P.S. Acte prémonitoire ?

L'oncle André m'avait offert le Livre des Majorel. Car je lui posais beaucoup de questions sur mon grand père...

Et qu'il m'avait dit avoir récupéré le livret de famille.

Jean Pamphile Majorel devant son café.... Avec Juliette Foy et Simone (1903 ?)

Jean Pamphile Majorel devant son café.... Avec Juliette Foy et Simone (1903 ?)

Pamphile Majorel - acte de naissance

Pamphile Majorel - acte de naissance

Registre Matricule de Pamphile Majorel. Religion : catholique.

Registre Matricule de Pamphile Majorel. Religion : catholique.

R.M. Pamphile Majorel (suite) avec la campagne de Tunisie.

R.M. Pamphile Majorel (suite) avec la campagne de Tunisie.

Pamphile Majorel - 3e mariage avec Elisa Gantner le 22/2/1906

Pamphile Majorel - 3e mariage avec Elisa Gantner le 22/2/1906

Laurette (la soeur aînée) avec Yvonne, Germaine et Jeannette. Boulogne en 1916

Laurette (la soeur aînée) avec Yvonne, Germaine et Jeannette. Boulogne en 1916

Jour de fête ! Jeannette, Germaine, Maurice et Yvonne (1919 ?)

Jour de fête ! Jeannette, Germaine, Maurice et Yvonne (1919 ?)

Jeannette Reine de Boulogne (1931 ?) avec Germaine, première dauphine.

Jeannette Reine de Boulogne (1931 ?) avec Germaine, première dauphine.

Avril 1933 Mariage de Jeannette et Fernand. Avec Roger Gantner (le plus grand) et Georges Henry ("Jojo" le plus petit)

Avril 1933 Mariage de Jeannette et Fernand. Avec Roger Gantner (le plus grand) et Georges Henry ("Jojo" le plus petit)

Jeannette, Yvonne, le grand Jojo, le petit Jojo (1935 ?)

Jeannette, Yvonne, le grand Jojo, le petit Jojo (1935 ?)

La famille Majorel à Senlis. Avec Yvonne en premier plan (1952 ?) François et Suzanne Gantner, Mémé Deleporte, Jeannette, Maurice, Adrienne, Annie, Adrien, moi et Georges Henry.

La famille Majorel à Senlis. Avec Yvonne en premier plan (1952 ?) François et Suzanne Gantner, Mémé Deleporte, Jeannette, Maurice, Adrienne, Annie, Adrien, moi et Georges Henry.

13 Mai 1959. Germaine, Jeannette, Simone, Jojo et Michelle. Ma marraine Yvette n'est pas là.

13 Mai 1959. Germaine, Jeannette, Simone, Jojo et Michelle. Ma marraine Yvette n'est pas là.

Le Livre des Majorel offert par tonton Dédé.

Le Livre des Majorel offert par tonton Dédé.

Publié dans L'espiègle Lili

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Langellier Liliane 20/02/2017 11:05

Hier j'ai joint le Fil d'Ariane pour une recherche aux Archives de Paris, là je viens de contacter les historiens sur #Twitter
Ils vont m'aider à trouver le R.M. (Registre Matricule) de l'oncle A ndré...
On avance,on avance...
P.S.Quand je pense que je n'ai même pas cherché celui de papa !!!

Liliane LANGELLIER 17/02/2017 12:01

Trop émue... Une heure de conversation téléphonique avec Christian Majorel ! Ils nous ont privé de nous connaître pendant l'enfance, à nous de savoir retisser les liens et surtout de ne pas les juger. Je me suis souvenue que je l'avais vainement recherché quand j'ai travaillé sur "Seznec au Havre" car je savais qu'il y possédait une brasserie. A suivre...

Liliane LANGELLIER 16/02/2017 14:47

Aujourd'hui c'est jour de fête....
Christian Majorel, le fils aîné de l'oncle André vient de me joindre. L'un de ses fils lui a signalé mon blog et il a eu du plaisir à réviser ses racines...
Oui, je lui ai bien vite répondu...
Aujourd'hui c'est jour de fête...

majorel 16/02/2017 23:23

c'est mon papa et nous sommes tres heureux de retrouve notre famille car notre gp nous en sommes tres fieres