Premier Noël californien

Publié le par Liliane Langellier

Tout avait commencé à l’envers…

A l'envers de l'endroit.

Parfois les événements se précipitent…

Décembre 1987…

Après la mort de mon Langellier le 14 mars 1987, j’avais dû assumer en octobre de la même année mes deux oiseaux à l’hôpital.

Pour Noël, ils se trouvaient tous deux bien en convalescence et en sécurité à la clinique de la Maison Blanche de Vernouillet. Chacun sa chambre et Dieu pour tout le monde.

Je pouvais donc partir l’esprit un peu apaisé.

Vers mon premier Noël californien...

J’avais, à l’époque, un look imbattable. Coiffée par Maniatis,  avec blouson en peau lainée de chez Kenzo, jodhpurs de chez Banana Republic, bottes en cuir tressé marron glacé de chez Stéphane Kelian et sac UPLA, of course.

Ajouter à cela un air de totale mélancolie qui ne me quittait jamais.

Côté boulot, et bien, à ma grande joie, côté boulot j’avais intégré le Service Spectacles du Grand Hebdomadaire.

J’écrivais des brèves sur les programmes de télévision.

Et une fois par semaine je filais suivre les cours du C.F.P.J. rue du Louvre. Où je devais braver le vent glacial de cette foutue rue entre le métro et l'école.

Côté sentimental, j’avais peur…

Je commençais, depuis ce mémorable pot pour le départ de notre maquettiste fin octobre, côté sentimental,  je commençais à être très sérieusement troublée par le beau Jean-Pierre.

J’avais acheté ses livres mais je ne les avais pas encore lus.

Lui, de son côté, cela n’allait pas mieux… Il m’avait invitée à déjeuner  le 14 décembre. Mais, encore intimidé, il avait également invité Edith, ma voisine de bureau.

Au Grand Hebomadaire, à cette folle époque, sévissait Luc. Dealer en tous genres.

Côté dope, je m’étais toujours tenue à carreau et à l’écart… Mais ce soir-là, il m’a offert une ligne. Et ce soir-là pis que tout, je l’ai sniffée avec lui la ligne !

La coke désinhibe. Je devais bien vite l’apprendre à mes dépens….

On peut mal me juger mais il faut un peu s’imaginer dans quelle ambiance je vivais.

Tous ceux dont j’admirais l’écriture – tous sauf le grand Polack – tous sniffaient à qui mieux mieux. C’était la folle époque où les journalistes de Libé avaient tenté de faire passer la coke dans leurs frais professionnels (si, si…)

Le mardi 22 décembre au soir – veille de mon envol pour L.A. – le mardi 22 décembre au soir, juste après le coup de la narine, j’ai été invitée à un pot de Noël pour la rédaction.

Je suis arrivée un peu en retard (et oui j’étais avec Luc, sa poudre sur sa carte de crédit et son ticket de métro transformé en paille…)

Quand je suis arrivée, la moitié des journalistes présents avaient déjà atteint la limite de leur degré d’alcool. Le beau Jean-Pierre parlait avec Sylvie, une rédactrice en chef de la rubrique Sciences.

Après l’épisode poudre j’étais invincible…

Quand ils ont balancé un slow je suis allée directe l’inviter. C’était « Sag warum ». Bonne question !!!

Nous étions – pour la toute première fois – serrés l’un contre l’autre.

Il faisait sombre. Il faisait chaud. J’avais beaucoup trop bu de champagne.

Et c’est à cet instant précis que James Simon a débarqué.

James était l’un des meilleurs amis de mon Langellier. Lui et son adorable femme habitaient un appartement dans le Marais près du nôtre.

Il était le sosie absolu de Christophe Malavoy !!!

Et quand James est apparu… Et bien quand il est apparu le beau Jean-Pierre en est reparti dans son bureau d’émotion. Et mes copines lui ont  offert un verre…

Je suis repartie avec lui.

En effet il avait été décidé que je dînerais ce soir là chez eux et qu’il m’accompagnerait le lendemain à Roissy prendre mon vol pour Los Angeles.

Jai encore picolé du vin chez eux. Mais j’étais rieuse et en très très grande forme (pardi !)

Le lendemain matin (j’avais dû dormir moins de trois heures) j’ai fait ma valise à l’aveugle.

Jamais je n’ai eu une telle gueule de bois.

Avec une obsession : il ne faut pas que Chouket me voit comme ça !!!

Quatorze heures de vol, à l’époque, pour Los Angeles, quand même, hein !  J’avais réussi à négocier une place dans l’étage supérieur de l’avion. Histoire de roupiller et de récupérer.

Mal m’en a pris. Mon voisin, de nationalité belge, membre de l’ambassade, mon voisin a commencé derechef à me draguer. Pour avoir la paix je lui ai refilé le numéro de téléphone de « ma sœur » chez qui j’allais demeurer 10 jours.

Je n’avais qu’une obsession : être fraîche à ma descente d’avion…

Je ne m’en suis pas trop mal tiré !

Dès mon arrivée, nous sommes allés dîner chez Toï. Un délicieux petit restaurant thaïlandais sur Sunset. Où Steve avait ses habitudes.

Le lendemain, après avoir loué une voiture, j’ai pu dormir tout mon soul pendant qu’ils étaient au boulot. Et récupérer.

Les Weglein habitaient encore leur ancienne maison de Willow Glen Road à West Hollywood. Steve avait deux boutiques dans Los Angeles. Dont une sur Sunset : « Sunset Smoke ». Et une dans la vallée "Spice & Co".

Il y vendait « tout pour la drogue sauf la drogue ». Des pipes à eaux aux petites cuillères en or… Des pendentifs en forme de marijuana aux appareils à rouler…

Quand je suis allée aider Chouket à la boutique… J’ai vu le tout Hollywood venir acheter ses accessoires. Il me fallait parfois faire répéter les clients pour comprendre quel accessoire de « paraphernalia » ils souhaitaient acquérir.

Ce qui me permit d’acheter trois jolies pailles en argents avec incrustation de turquoises pour mes rédacteurs en chef préférés…

J’arrête là deux minutes mon récit pour vous dire dans quel milieu vivait Chouket…

L’été 1979, mon bureau de Publicis Conseil jouxtait celui de Jacques Borel – mais oui, souvenez-vous les restaurants d’autoroutes – je l’entendais hurler sur sa secrétaire. Et son chauffeur venait parfois bavarder avec moi.

Borel m’avait prise en amitié.

Et essayait de me débaucher pour rejoindre son équipe.

A cette époque, il avait organisé un voyage à Los Angeles. Et il vint tout naturellement me trouver pour savoir si je souhaitais faire passer quelque chose à ma grande sœur Chouket.

Il me rapporta son cadeau. J’eus d’abord du mal à comprendre l’utilité du ravissant petit pendentif en or et en forme de cuillère qu’il me rapportait… Jusqu’à ce que je comprenne que c’était une adorable petite cuillère à coke…

Borel passant la frontière avec cet objet du délire, j’en ris encore…

Revenons à nos moutonsss…

C’était mon troisième séjour à Los Angeles. Mais ma première fois de Noël américain.

Quand nous sommes allées marcher dans les collines le lendemain matin de mon arrivée, je n’en croyais pas mes yeux…. Sublimes et imposantes décorations…  En France, ce n’était pas encore la mode des guirlandes lumineuses extérieures. Mais à L.A. si !!!

J’ai retrouvé illico mon âme d’enfant !

La suite ne m’a pas déçue…

Je consacrais mes journées  à faire du shopping,  à visiter les musées, à déjeuner au LACMA, à traîner dans le patio du J. Paul Getty Museum (tout au bout de Sunset Blvd) à voir des nouveaux films… Dont je pourrai parler au grand Polack en rentrant…

Et le soir vers 17 heures je venais aider Chouket à la boutique.

Pendant ces dix jours de vacances, Steve nous a invités chaque soir au restaurant.

Pour commencer, le soir du 24 décembre, nous avons diné à L’Orangerie. Restaurant français très mode et très huppé. Avec Joe et Caroline. Foie gras et champagne.

Je  pelais de froid. Et le maître d’hôtel nous a apporté un petit radiateur électrique à notre table. Californie à Noël !!!

Dès le matin, j’étais allée avec Chouket dans un grand supermarché. Et là j’ai vu mon premier PDG américain avec un bonnet du Père Noël sur la tête… Je n’en croyais pas mes yeux de petite Frenchie.

Le jour de Noël, nous sommes allés retrouver Joe et Caroline. Dans la superbe baraque de Pasadena. Qui leur avait été prêtée par un metteur en scène de cinéma. J’ai passé tout mon après-midi à fouiner dans l’immense bibliothèque qui recouvrait toute la pièce… Hollywood, hollywood !

Je suis allée sur Rodreo Drive. Avec Chouket. Déjeuner au Pastel. Avec deux de ses copines américaines qui - à ma grande surprise - brandissaient leur derniers tests du Sida. Et parlaient du nombre de spasmes qu’elles avaient eu pendant l’orgasme !!!

Je ne risquais pas de croiser de telles "blondes" à Paris...

Elle m’a offert un soin chez Elisabeth Arden. Le temple de la beauté californienne. Elle m’a aussi offert des manucures et pédicures chez Mimi Nails. Tenue par des rescapées des boat people.

Plus couleur locale, j’ai été invitée à diner chez ses adorables beaux parents les  soirs de sabbat. Chez Ruth et Rodolph. Qui habitaient Fairfax, le quartier juif de Los Angeles.

Je suis allée, avec eux, à la synagogue. Au Wilshire Boulevard Temple. Après l’office,  on ferme la partie sacrée par un mur amovible. Dans l'autre partie, on boit du thé au samovar. On déguste de délicieux petits gâteaux. Et parfois, on danse….

Ralph avait très très envie de me voir épouser un juif californien… So romantic !

J'ai connu Venice Beach à Noël.... Toujours aussi colorée et folklorique... Qui me faisait régulièrement penser au roman de Marie-Gisèle Landes-Fuss "Une baraque rouge et moche comme tout, à Venice, Amérique..." Et sa merveilleuse petite librairie sur Ocean Front Walk  "Small World Books". Où j'ai déniché des chefs d'oeuvres de livres d'art... Et rapporté ainsi mon premier livre sur Charles Wysocki....

Je suis tombée raide dingue amoureuse du supermarché bio : Mrs Goochs. Et de ses sublimes pancartes en bois peintes à la main avec les noms des rayons. De jeunes boys blonds - élevés aux céréales au lait et au grand air - empaquetaient nos courses et les apportaient jusqu'à notre coffre de voiture.

J’ai fini par accepterde déjeuner avec le voyageur belge. En tout bien tout honneur, lui a précisé Chouket. Au Hampton’s. Le lieu pour dévorer un hamburger géant...

On a dû déjeuner et dîner dans tous les endroits à la mode : le Palm, le café Kafka, le 94th Aero Squadron, le Polo Lounge du Beverly Hill Hotel, Ye Old World, le Hard Rock Café, Chez Chianti, etc…

Je n’en pouvais plus. Et j’avais juste envie de manger des nouilles à l’eau et au beurre…

Tant et si bien que lorsque Steve m’a dit de choisir, le 1er janvier, « le » restaurant que je souhaitais, il nous y inviterait… J’ai décoché  la « House International of Pancakes »… Oui histoire de manger un peu ricain quoi….

Il a été  vexé… Mais, beau joueur, après avoir jugé bon de me préciser « so middle class », il nous a accompagnés manger nos délicieuses pancakes…

C’était l’époque de la sortie de « Good Morning Vietnam ! » et de « Empire of the sun »…

Nous avons organisé aussi des virées/razzias de fringues chez Esprit et chez Banana Republic. Sans oublier Ralph Lauren, of course....

J'avais acheté des baskets montantes rouge Converse.

Je me vois encore petit chaperon rouge ou mère Noël, avec mon anorak rouge, à la Rose Bowl de Pasadena (Rose Parade). La parade du 1er janvier à ne manquer sous aucun prétexte si tu es un vrai Californien…. Arlene et Freedy nous accompagnaient. C'est là que tu te dois d’acheter un coussin gonflable à glisser sous tes fesses pour tenir toute la parade…

J’avais quand même réussi à trouver un moment de calme pour parler avec Chouket. J’avais même trouvé le temps de lire l’un des premiers livres du beau Jean-Pierre. Et j’avais été très troublée.

Chouket avait du mal à penser qu’un autre homme puisse me séduire.

Moi, j’avais déjà tout compris…

Et je savais que la passion allait se déclarer à un moment ou à un autre….

L’avenir m’a donné raison.

Tellement raison…

Liliane Langellier

 

Arrivée à L.A. le 23 décembre 1987

Arrivée à L.A. le 23 décembre 1987

Diner de Noël à Pasadena... Avec Chouket Weglein, Caroline V. Johnson et Joe Mentzel...

Diner de Noël à Pasadena... Avec Chouket Weglein, Caroline V. Johnson et Joe Mentzel...

Pasadena Xmas

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Lily en Ralph Lauren avec Chouket Weglein et Caroline V. Johnson

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XMas in Pasadena

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XMas House

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Publié dans L'espiègle Lili

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