Etat des lieux

Publié le par Liliane Langellier

                                                                  « Ce qu’on te reproche, cultive-le, c’est toi. »

                                                                               Jean Cocteau

Avant-hier soir, vers 19 h 30, on a sonné à ma porte de couloir….

Ce qui est complètement inhabituel car je ne ferme les volets de la porte fenêtre de ma terrasse que vers 20 heures.

Et que tous mes visiteurs passent « côté jardin ».

Deux seules possibilités : Zézette ou Manuela, dite « l’espagnole ».

Prudente, je n'ai pas ouvert. Et j’ai assez mal distingué ce qu’une femme bredouillait de l’autre côté de la porte.

Mais il me faut tout remettre dans son contexte…

Manuela est actuellement déchaînée contre moi… Elle est en phase aiguë. Et en boucle.

Manuela, c’est un pauvre être, une femme de ménage à la retraite, quasiment illettrée, lourdement névrotique, mais avec une vraie vraie mauvaise langue.

Et surtout beaucoup de violence.

Elle a ainsi rossé ici l'une des locataires sans motif apparent...

Elle a un dossier plus qu'épais à la gendarmerie locale.

Et puis attention ! Ce qui est dit est toujours dit…

Et certaines éprouvent une jubilation malsaine à me répéter ses propos…

Et même à en profiter par la même occasion pour y ajouter les leurs.

Alors...

Alors dans la bouche de Manuela...

« Le syndrome de Diogène » c’est devenu « On a sorti des tonnes de merde de chez elle ».

« Les pots de confiture à jeter » c’est devenu « Vous avez vu les bouteilles vides sur sa terrasse, elle picolait ».

Il faut savoir que Manuela est une voleuse pathologique. 

Une vraie kleptomane...

Elle a volé ce qui se trouvait sur ma petite terrasse. Deux jolies statuettes « Lire » et « Ecrire ». Une casse de typo. Qu’elle a rapportée après l’avoir volée car elle trouvait ça trop moche (on est en plein délire). Les jolis petits pots jaunes sur ma fenêtre de cuisine..

Vous le savez bien et je l’ai écrit : « Les absents ont toujours tort ! »

Alors là je prends un moment.

Je pose tout.

Et je vous demande comment vous agiriez à ma place ??? 

Dans un premier temps j’ai souffert du syndrome de Diogène. Oui mais là, on se calme : chez moi il n’y avait ni rats ni cafards… Juste un super encombrement.

Il a fallu tout nettoyer et beaucoup beaucoup virer.

C’était nécessaire. Mais cela m’a coûté bonbon.

Et quand on me rappelle la chance que j’ai eue de trouver Zézette, je pense à ce que je viens de découvrir : Zézette, toujours âpre au gain, m’a facturée 40 euros pour faire une valise en urgence car je changeais d'hôpital. Mais une valise où il n’y avait ni pantalons ni chaussures.

C’est une adorable petite aide-soignante de La Musse qui m’a trouvé et des pantalons et des chaussures. Histoire de faire correctement ma rééducation en kiné.

Vous seriez comment à ma place ????

Récapitulons...

Le mercredi 25 septembre 2015, à la maison, j’ai eu un genre de B.D.A. (Bouffée Délirante Aigüe).

Qui a nécessité mon internement en service psychiatrique à Dreux.

Sur demande du maire, après avis du curé, puisque je suis sans famille (= mesure préfectorale).

J’ai connu une première nuit surréaliste en cellule.

Puis j’ai connu le module.

Là on t'enlève tous tes habits. Tes bijoux. Tes lunettes. On te revêt d’un pyjama et de chaussons de l’hôpital. Et on te boucle seule dans une chambre. Avec pour unique obligation de rejoindre les autres pour les trois repas.

Je n’ai jamais été agressive.

J’étais apeurée.

Dans mon délire, j’avais peur que l’on me tue…

Très peur…

Je m’étais même montée un scénario d’enfer….

Et on me retrouvait souvent couchée dans la salle de bains.

Pour ne pas être flinguée.

On m’a gavée de médicaments…

Et puis au bout de 10 jours, sans aucun préavis, au bout de dix jours on m’a collée en psychiatrie ouverte.

Pour moi ça a été plus rapide que pour les autres…

A quoi ou à qui je le dois ?

Est-ce l’humour dont j’ai fait preuve quand on m’a mise dans une ambulance pour aller à Chartres voir le Juge des Libertés et de la Détention (JLD) ???

Un trajet dûment encadré par une infirmière et un aide-soignant.

Est-ce le fait que j’ai évoqué – devant le même juge – l’affaire Seznec. En lui précisant avec humour (si, si…) que les seules juges que je connaissais et que je fréquentais étaient ceux de l’affaire Seznec !!!

Toujours est-il que le 6 octobre au soir j’ai intégré le service de psychiatrie ouverte…

Le 16 octobre, la mesure de contrainte me concernant était levée.

Mais, en psychiatrie ouverte, j'y suis restée jusqu’à fin novembre.

Là, rapidement, on m’a autorisée à prendre ma voiture …

Je pouvais aussi aller et venir dans l’enceinte de l’hôpital…

J’ai pu passer une journée, deux jours, puis un week-end entier chez moi…

Un genre de liberté que j’appréciais au plus haut point !

Je garde – curieusement – un assez joli souvenir de cette période en psychiatrie ouverte.

Je m’étais liée d’amitié avec plusieurs patients. Parmi les moins atteints. Et nous nous retrouvions à la même table pour les repas.

Nous flottions entre "Psychose" de Hitchcock et "Vol au-dessus d'un nid de coucou" de Milos Forman.

Mais...

Car il y a un mais...

Je dormais de plus en plus la journée…

J’avais de moins en moins d’appétit.

Quand je suis sortie fin novembre…

Quand je suis sortie, seule au volant de ma voiture...

Quand je suis sortie, il faisait froid et nuit. Brouillard et pluie.

J’ai regagné encore plus seule...

J'ai regagné mon appartement quasi dévasté car il avait été extrêmement pénible d’attraper mes deux chats pour les mettre en garde.

Ma chatte Daisy s’est d'ailleurs échappée pendant l’opération…

Et je ne l’ai jamais revue…

Je n’en voulais à personne.

Juste les moins qui s’additionnaient aux moins…

Ce soir de sortie, je me suis traînée jusqu’à la pharmacie pour pouvoir bien continuer à avaler ma couverture chimique..

J’ai réussi à m’acheter un genre de mauvais riz au lait au magasin Coccinelle local.

Et puis on connait la suite…

Je dormais de plus en plus. Je passais mes journées couchée sur mon lit.

Je ne mangeais plus.

Je n’avais pas même le courage de me faire mon café le matin…

Quand on sait combien – en fille de chti - le café est important pour moi.

La « dépamide » m’avait flinguée.

Je ne me lavais plus (ou très peu). Je ne changeais plus mes habits.

Marcher était une douleur de tous les instants.

N’en pouvant plus, et après être tombée deux fois sans pouvoir me relever – ce qui avait nécessité l’intervention de ma kiné et amie…

N’en pouvant plus, j’ai joint mon psychiatre à Dreux pour lui demander une nouvelle hospitalisation.

Et c’est là, que sortant de ma salle de bains, j’ai buté dans l’un des nombreux sacs qui encombraient le couloir, et c’est là que je suis tombée.

A en croire les dires du réanimateur, oui à en croire ses dires, je serais restée 5 jours et 5 nuits à terre.

C’est mon filleul – conscient de mon état et ne pouvant m’obtenir au téléphone – c’est mon filleul qui a joint mon amie kiné…

La suite on la connait : intervention des pompiers. Coma. Impossibilité de marcher pendant deux mois et demi en médecine générale à l’hôpital de Dreux…

J’ai terriblement souffert dans mon corps (escarres diverses).

Dans mon corps et dans mon esprit.

Je m’en suis sortie.

Et c’est bien ainsi.

J’ai eu la tête rasée car deux mauvaises plaies (dues à la chute d’un objet tranchant dans le couloir) ont eu bien du mal à cicatriser.

Moi qui suis une incorrigible coquette, je ne m'accepte pas ainsi…

Mais je ne me laisse pas aller…

Grâce à l’une de mes aides ménagères, j’ai trouvé une adorable petite coiffeuse à domicile qui vient me couper joliment les cheveux et me faire un henné chaque mois.

Je suis aidée pour le ménage (et oui ça n’a pas été compliqué de remplacer Zézette sans aucun état d’âme et pour mieux car le pire n'existe pas...)…

Mais quand je suis rentrée, j’ai du en plus affronter d’épouvantables rumeurs...

Entre « elle est enfermée à vie en psychiatrie » dans lequel s’est vautrée la plus grosse locataire de notre résidence….

Et le « Elle a menacé d’un couteau de 43 cm sa petite voisine d’en face » délire que je dois à une autre locataire de la résidence. Délire consciencieusement repris par la « plus grande catho » du bourg…

Comme vous pouvez le lire « j’ai eu mon lot » !!!

Alors c’est sûr quand Manuela se répand à nouveau en ragots bien méchants. Ragots qu’elle a obtenus en cuisinant Zézette…

Alors, c’est sûr, je ne suis pas enclin à la plus grande indulgence (le seriez-vous ???)

Il me reste encore deux jours (jusqu’au 31 décembre de l’année en cours) pour savoir si je vais ou non porter plainte (enfin : une main courante) contre Zézette.

Elle m’a pillée.

Elle a abusé de ma faiblesse

Elle m’a menacée physiquement…

Mon voisin Gilles l'a quand même trouvée hier midi qui cherchait à entrer dans mon bâtiment... Entrée qui nécessite un badge à tout un chacun. Badge qu'elle n'a plus puisque je lui ai fait restituer avec mes clés.

Et puis, bien que prévenue, elle se répand elle aussi en ragots divers et variés dans notre petite ville…

Alors que l’on ne vienne surtout pas me dire qu’il faut « être indulgente » vis-à-vis de cette pauvre fille…

Surtout pas…

Car c’est toujours plus facile de croire les dires d’une pauvre fille que ceux d’une femme à la personnalité bien dérangeante…

Et le tout est prétexte à d’odieux règlements de comptes.

Attention !

Je ne fais aucune fixette.

Je ne suis pas apeurée.

Je n’ai aucun délire.

J’ai juste…

J’ai juste envie de me reconstruire en paix.

Alors oui, et une bonne fois pour toutes...

Avec la nouvelle année qui pointe le bout de son nez...

Une bonne fois pour toutes...

Je veux qu'on me laisse…

Oui, qu'on me laisse...

Me reconstruire enfin en paix.

Liliane Langellier

Doisneau. La maison imaginaire. 1947.

Doisneau. La maison imaginaire. 1947.

Publié dans L'espiègle Lili

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