31 décembre

Publié le par Liliane Langellier

         "Un jour, on aura besoin d'un visa pour passer du 31 décembre au 1er janvier"

                Jacques Sternberg

On y est, c'est le jour.

C'est aujourd'hui.

J'en ai quatre en mémoire.

Oui, quatre "31 décembre" uniques à faire revivre dans les mots.

Alors, allons-y...

Le 31 décembre le plus ancien…

Rituellement, tous les ans, le jour après Noël, on me conduisait passer une semaine au Petit Massy. Chez Tante Simone, l’une des sœurs aînées de maman…

Son mari, Oncle Georges, son mari était un genre de D.R.H. chez Citroën, quai Javel.

Un homme bon. Droit. Et intéressant.

Dans leur petite impasse, vivaient aussi deux autres de mes cousins et oncles.

Pendant la trêve des confiseurs, nous passions donc d’une maison à l’autre…

Mais le 31 décembre c’était rituellement chez Gaby.

A Meudon.

Gaby était une grande gueule.

Il avait été contremaître chez Renault. Et en gardait la voix forte.

Je détestais aller chez eux.

Je détestais (je déteste toujours) les gens qui criaient.

Le pire a été atteint, un soir de réveillon, quand la pauvre épouse de Gaby avait égaré la boite de chocolats destinés à leur gendre.

Le gendre était un peu bizarre…

Comme leur fille d’ailleurs.

Tout cela puait la névrose familiale bon marché…

Et c’est sans difficulté aucunes que j’obtins l’autorisation paternelle de ne plus mettre mes pieds chez « ces gens-là »…

Le 31 décembre le plus beau…

C’est indéniablement celui que nous avions organisé, mon Langellier et moi, à Chaudon en 1969.

Nous avions invité une quinzaine d’amis. Et chacun payait sa quote-part.

Granny vivait encore et se réjouissait de tout ce remue-ménage…

La maison était somptueusement décorée.

Fernand avait acheté des bourriches d’huitres aux Halles.

Nous avions commandé deux énormes dindes que le boulanger nous fit cuire dans son grand four.

Tous nos amis étaient rassemblés et nous étions heureux.

C’était notre premier réveillon d’amoureux à Langellier et à moi…

J’ai un peu oublié les détails… Juste ce persistant parfum de bonheur…

Il y avait tous les potes de Dreux à notre table : Letellier, Prieur, Pigeon, etc…

Et à minuit nous sommes tous allés souhaiter une bonne année à Granny dans son lit. Elle en pleurait de bonheur…

Chaque fois que je vais voter, Patrick Prieur, ancien secrétaire général de la mairie et actuel premier adjoint, me rappelle comment « tout ça s’était terminé pour lui ».

Dans sa 2CV, avec sa future femme et d’autres potes, ils n’ont pu aller que jusqu’à Villemeux, le village le plus proche de Chaudon. Et, là, dans un genre de petite impasse, ils ont garé la voiture et dormi jusqu’au matin…

Folle jeunesse !!!!

Le 31 décembre le plus snob…

C’était à Los Angeles avec Chouket Weglein, of course.

On terminait l’année 1988 ;

Steve était parti quelque part vers l’Inde faire un trekking.

Nous étions donc que toutes les deux dans la grande maison hollywoodienne.

Chouket me demanda de porter ce que j’avais de mieux.

J’optais pour un tailleur pantalon en lin blanc. Qui était mon tailleur fétiche.

L’un de ses amis, un fort bel homme, était Maître Di (Maître d’Hôtel) de l’un des restaurants les plus en vogue de L.A., le restaurant chinois « Joss » sur Sunset Boulevard.

Nous avions déjà passé le 30 décembre chez leur attachée de presse en « open bar ». Chacun apportant la boisson qu’il souhaite…

Mais elle me réservait une somptueuse surprise pour ce soir-là.

On sonna à la porte et elle me demanda d’aller ouvrir…

Je tombai face à face avec une somptueuse black . Très chic. Vêtue en noir et blanc, qui me proclama « Car is ready ! »

Chouket avait loué pour toute la soirée une stretch limo blanche.

Je n’en croyais pas mes yeux…

Surtout quand nous descendîmes des collines, l’énorme voiture oscillant légèrement sur Mulholland Drive. Nous flottions entre les pages du roman « On achève bien les chevaux » (They shoot horses, Don’t they ?) de Horace McCoy.

Nous illustrions parfaitement la célèbre peinture de David Hockney.

Je n’en croyais pas mes yeux.

Nous avons enchaîné boîte après boîte pour finir à manger des chinoiseries chez Joss.

Le lendemain midi nous avons brunché au Bev (Beverley Hills Hotel)…

Je planais. Sans substance illicite.

Je ne pensais qu’à un seul homme. Qui avait souffert de me voir partir ainsi…

Et qui eut bien du mal à me croire quand je lui racontais ce réveillon-là…

Le 31 décembre le plus émouvant...

J'étais en pèlerinage en Terre Sainte.

Nous avions quitté Orly tout juste au petit matin du 26 décembre 1999.

Le matin de la tempête.

Arrivée Tel Aviv. Puis Nazareth, Bethléem, et enfin Jérusalem.

Le programme de "Routes Bibliques" avait été quelque peu chamboulé.

Pour risque d'émeutes dans Jérusalem le dernier vendredi de l'année. Jour de prières à la Grande Mosquée.

Nous sommes donc partis pour Qumran.

Qumran, j'en rêvais...

Qumran, je l'avais lu et relu...

J'étais fascinée par la secte des Esséniens.

J'étais persuadée que Saint Jean Baptiste avait vécu parmi eux.

On est arrivé en plein désert...

On est arrivé dans des ruines.

Le guide nous faisait revivre chaque pièce du monastère.

C'est le "Scriptorium" qui a retenu le plus mon attention.

Et dont j'ai volé symboliquement quelques cailloux.

Qumran...

Les jarres découvertes en 1947.

La minutie et la patience des Esséniens pour recopier les textes saints.

Je ne crois pas avoir ressenti une telle émotion sur aucun de mes lieux de voyages.

A la tombée de la nuit, nous avons regagné Jérusalem.

J'ai lu l'épître dans la chapelle Sainte Hélène du Saint Sépulchre.

Je planais haut.Très haut.

J'ai commencé l'an 2000 à Jérusalem.

Joli symbole, non?

Mais me direz-vous…

Lequel de ces quatre "31 décembre" est le plus cher à vos yeux ???

Tous les quatre.

Le premier sent bon l’enfance.

Le deuxième a le parfum du premier amour.

Le troisième celui de l’escapade. Physique et sentimentale.

Le quatrième pèse encore du poids de son émotion.

Alors je ne choisis pas…

Tenez-vous bien …

Je ne choisis pas...

Je prends les quatre.

Liliane Langellier

Mulholland Drive de David Hockney.

Mulholland Drive de David Hockney.

Publié dans L'espiègle Lili

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