Ma zézette à moi

Publié le par Liliane Langellier

Comment vous la décrire ?

Elle est blonde.

Elle est petite.

1 m 50, tout au plus.

Elle a un physique d’adolescente.

Plutôt mince.

Cheveux mi-longs coupés au carré.

Habillée en jeans et baskets.

Mais surtout…

Surtout elle a l’intonation de voix et les expressions  de Marie-Anne Chazel dans « Le Père Noël est une ordure ».

C’est « ma zézette à moi ».

Je l’ai connue à la pause café du Grand Secours.

Elle y venait avec son compagnon de l’époque.

Gilles.

Un joli brun.

Embrumé dans la drogue et les médicaments psychiatriques.

Mais gentil.

Je l’ai surprise, un jour, pleurant toutes les larmes de son corps à la boutique du Grand Secours.

Gilles avait été hospitalisé.

Et personne ne daignait l’emmener le visiter à l’Hôpital.

J’étais disponible.

Aussitôt dit, aussitôt fait.

On était début octobre.

Je devais l’accompagner en Pneumologie.

J’étais là quand le médecin lui a annoncé que Gilles était perdu.

Un sale cancer.

Il avait tant fumé !

Je devais l’accompagner encore en Soins Palliatifs.

Et c’est tout naturellement à moi que l’hôpital a annoncé la mort de Gilles.

A moi de transmettre.

Elle a fait front.

Dignement.

Gilles avait été prévoyant.

Il avait contracté une assurance vie dont elle était la bénéficiaire.

Elle a pu ainsi le faire enterrer dignement.

Et même lui offrir une jolie tombe.

Je l’ai accompagnée chaque heure pendant ces sombres jours.

Comme une adolescente, elle passait du rire aux larmes avec une facilité désarmante.

Elle assurait le linge de Gilles.

Ancienne repasseuse, elle était très propre.

Même si un peu désarmée par les événements.

Malade en voiture, elle prenait un cachet avant chaque trajet.

Je la récupérais souvent sans qu’elle ait déjeuné.

Et c’est à la jolie boulangerie de Houdan que je veillais à la nourrir un peu.

Après la mort de Gilles, elle a continué son petit bonhomme de chemin.

J’avais gardé le contact.

Et elle venait de temps en temps me faire quelques heures de ménage.

Pendant mes quatre mois d’hospitalisation, c’est elle qui – sous la houlette de ma meilleure amie – a géré mon petit appartement.

Elle s’est très bien débrouillée.

Et c’est elle qui m’attendait à la maison.

A ma sortie de l’hôpital début juin dernier.

Elle a pris son rythme.

Elle veille à mon linge.

Elle fait mes courses.

Assure mon ménage.

En échange…

Et bien en échange je lui ai créé une page Facebook. Sur laquelle nous  surfons presque chaque jour.

Et bien en échange, je sais la récompenser comme il faut.

Mais voilà qu’une drôle d’histoire vient de lui arriver.

L’été 2015, ma Zézette, au bout de sa solitude, ma Zézette est sortie avec un certain Roserio. Un Portugais divorcé habitant le centre du bourg.

Au dernier étage. Juste au-dessus du café "Le Petit Tonneau".

Pour ce que j’en connaissais, il semblait gentil avec elle.

Et voilà que, fin mai dernier,  pour la Saint Sulpice, le petit copain portugais s’est murgé au-delà du raisonnable.

Voilà qu’il l’a menacée.

Qu’il a levé la main sur elle.

Ma Zézette a donc décidé d’en rester là.

Et de rompre au plus vite cette relation.

Mal lui en a pris.

L’individu était violent.

Très violent.

Et il buvait chaque jour plus que son contenu.

Rendu fou furieux par cette rupture, il est revenu chez elle.

Il l’a menacée et a éventré d’un coup de couteau le clic-clac de son salon.

Comme Zézette semblait froide à tous ses chantages…

Il  a commencé le harcèlement verbal par SMS.

Avec des mots qui devaient dépasser sa pensée.

Il l’a injuriée dans la rue.

Devant les gens.

Il est allé jusqu’à tabasser violemment  un garçon qu’il soupçonnait d’être son remplaçant dans le cœur de Zézette.

Il  lui a crevé ses pneus.

Suite à la plainte déposée contre lui à la gendarmerie, il ne s’y est pas présenté.

Il a jeté une part de pizza au visage de Zézette un soir d'été.

Zézette avait  peur.

Peur de rentrer seule le soir.

Peur de le trouver dans son immeuble désert en août.

Ou de le rencontrer, menaçant, en promenant ses chiens.

Les amis portugais de Roserio se sont également mis à injurier Zézette.

Partout. N’importe où.

Le pire a été dépassé début septembre.

Il a jeté plusieurs œufs pourris sur les carreaux de ses fenêtres.

Je la suppliais de prévenir les gendarmes.

J’étais inquiète pour elle.

Je n’aime ni la violence ni l’alcoolisme.

Elle me répondait systématiquement que plainte il ne pouvait y avoir qu’au bout de trois attaques ou de trois menaces.

Jeudi dernier, elle est revenue en larmes de la pause café du Grand Secours.

Le garçon qu’elle avait quelque peu fréquenté – et qui avait été rossé par le Portugais - lui avait gravement manqué de respect devant tous.

Je n’ai rien vu arriver.

On m’avait pourtant dit qu’elle mitonnait.

Mais je répondais que je l’aimais telle qu'elle était.

Et puis…

Et puis hier…

Elle prenait le thé avec nous à la maison.

Elle semblait heureuse.

Un homme a surgi sur ma petite terrasse.

Je pensais immédiatement au livreur de Chronopost que j’attendais fébrilement.

Je suis donc sortie.

Et je me suis trouvée nez à nez avec le Portugais.

Que j’ai reconnu aussitôt.

Avant que je ne puisse dire « Ouf ! », sans même me saluer, il a regardé Zézette et lui a dit :

« J’ai déposé mon linge à repasser sur ton palier ».

Et il a enquillé : « Je vais te chercher ton pack d’eau et je te le monte ».

Puis il est parti sans même daigner nous décrocher un au revoir.

Nous étions trois.

Nous étions tellement surprises que les mots nous manquaient.

J’ai repris la parole.

« Mais enfin je croyais que c’était terminé pour cause de violence et d’alcoolisme ! »

Réponse de Zézette :

« Il me donne de l’argent pour repasser ses affaires. C’est toujours ça de pris ! »

Silence de l’auditoire.

Je ne suis pas contente.

C’est vrai, pour la toute première fois…

Je ne suis pas contente après Zézette.

Pour la toute première fois j’ai perdu ma confiance en elle.

Je ne veux plus voir cet individu violent sur ma terrasse.

Je sais qu’il ne se maîtrise pas.

Je sais qu’après ses beuveries de comptoir au PMU local, il peut tabasser.

Il a d’ailleurs tabassé le pire voyou du coin…

C’est dire…

Alors, là, demain…

Demain il va falloir trancher.

Ma Zézette va devoir choisir.

Si l’individu revient chez moi, je la vire.

Qu’elle retourne à sa vie de caniveau avec lui.

Même si cela doit me tordre le cœur.

Même si j’avais espéré un moment qu’elle aurait la force et le bon sens de s’en sortir.

Même si…

Liliane Langellier

 

 

Ma zézette à moi

Publié dans L'espiègle Lili

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