Le rêve américain

Publié le par Liliane Langellier

Avant de la découvrir de visu…

L’Amérique…

J’avais déjà reniflé son ambiance un peu partout.

Un peu partout.

J’ai appris à lire – comme tant d’autres de ma génération - avec « Le Journal de Mickey ».

Que maman me lisait chaque soir au lit.

Je suis devenue proche, très proche même, des yeux en dollars d’Oncle Picsou.

Et  de ses neveux Riri, Fifi, Loulou…

Tous trois en vacances dans des camps de jeunes à la montagne.

Quand j’ai mis les pieds à  Idyllwild, dans la montagne californienne, c’est aux trois neveux de l’Oncle Picsou que j’ai pensé.

Dès que j’ai eu mon propre argent de poche – vers 8/9 ans - j’ai filé m’acheter des « Aggie Mack ».

Je l’aimais bien cette petite orpheline.  Avec sa garce de belle-sœur. Et son papa capitaine dans la Marine.

Je l’aimais bien.

Surtout habillée en serveuse de drugstore.

J’ai pensé à elle dès que j’ai bu mon premier milk-shake dans un drugstore d’East Hampton.

Dès que j’ai eu l’âge de flirter…

Et bien dès que j’ai eu l’âge de flirter, j’ai dansé sur « Petite Fleur » de Sydney Bechet.

Une façon comme une autre de découvrir le jazz !

Après une passe très british : Beatles, Stones, etc…  

J’ai fait la connaissance de Billie Holiday.

Mon grand beau-frère nous avait laissé ses disques avant de partir au Laos.

Et j’ai écouté jusqu’à l’usure « The man I love »…

Billie et moi, on est rapidement devenus des grandes copines.

Dans le pire comme dans le meilleur.

De « Hush now » à « I’ll never smile again »…

Le long gein-gein de sa voix traînante a hanté mes nuits.

Et mes jours de désespoir.

J’ai enquillé sur Judy Garland.

J’avais vu « A star is born » au Lux.

Je me suis immédiatement donnée un look Garland.

Cheveux courts peignés en arrière et rouge à  lèvres.

Très  rouge.

Je fredonnais « A foggy day in London town »…

Entre temps, mon papa m’avait transmis sa dévotion pour Marylin Monroe.

J’ai lu tout ce qui a été publié sur elle.

En américain. En français.

J’ai vu tous ses films.

Au tout début des cassettes et du magnétoscope, je me suis rapportée toutes les vidéos de Marilyn.

J’ai aussi monté une collection d’objets et de photos.

Quand on a commencé à voir les films de Woody Allen à Paris, je n’ai raté aucune séquence.

Du coup, à New York,  je me suis empressée d’aller – et de traîner mes potes – au Michael’s Pub (211 East, 55th St.)

Dans l’espoir de les voir, sa clarinette et lui.

J'ai inauguré le premier "Joe Allen" à Paris.

Avec mes amis américains,je suis allée au Harry's Bar (5,rue Daunou) vivre les soirées d'élections présidentielles !

A Manhattan, j’ai habité un studio chic avec « doorman » (portier).

Et "canopy" (baldaquin), comme dans les meilleurs Hitchcock.

Au 72ème rue,  3ème avenue.

J'ai découvert le guacamole, un jour du Seigneur, dans le New Jersey.

Et la "Tequila" dans un bar mexicain de Palm Spring.

Je suis devenue addict au "pastrami sandwich" chez Greenblatt's;

J'ai connu les premiers brunchs du dimanche avec des bagels and cream.

Et du saumon fumé (Lox).

En perte de pied sentimentale, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps en mangeant jusqu’à  l’écoeurement des glaces « Ben and Jerry ».

Côté fringues, j’ai tout porté : les tee-shirts Fruit of The Loom (vendus par trois, merci), les chemises de travail bleu délavé, les  salopettes Osh Kosh, les jeans Levis, les bottes Santiags…

D’autant plus facile que je gagnais mon argent de poche en bossant à la Western House en haut de l’Avenue de  la Grande Armée.

J’ai servi Eddy Mitchell.  J’ai bossé avec (le futur) Gérard Lanvin.

Et avec sa femme Dominique. Qui devait devenir l’épouse de Renaud.

J’ai vendu à Coluche ses inénarrables combinaisons tout en un qu’il affectionnait.

L’Amérique était un jeu. Et j’y jouais fort.

Je rachetais mes fringues plus féminines à une vendeuse de M.G.Store, rue Bonaparte.

Elles sentaient un parfum inoubliable.

De ce jour-là, je n'ai plus porté que "Youth Dew" d'Estée Lauder.

Côté nourriture, mes premiers hamburgers je les ai mangés dans ce « take away » à côté du Lux , en haut de la rue Monsieur Le Prince.

J’ai organisé des dîners ricains.

J’avais connu le peintre De Filippi. Et toute sa smala.

Des ultra branchés USA.

Avec lui (ou par lui) j’ai découvert la peinture américaine : Norman Rockwell, puis Edward Hopper, entre autres...

J’ai approfondi mes connaissances en jazz…

 Il m’a fait lire « La rage de vivre » de Milton Mezz  Mezzrow.

La bible de tous les jazzeux…

Pas une semaine sans voir un film américain (voire même plusieurs fois par semaine).

Au Studio Christine.

J’ai connu les grands classiques sur le bout des doigts.

Quand j’arrivais chez lui, Maurice, le directeur de la Western House, envoyait sur son écran (les cassettes n’existaient pas encore à cette époque) les premières images et la musique de GWTW (Gone With The Wind).

Oui, « Autant en emporte le vent » quoi !

J’ai vu et revu « Casablanca ». Je connais « As time goes by » par coeur.

Et je sais que Bogart finit en lui disant « Here’s looking at you, kid ! »

J’ai organisé aussi des dîners très « South » avec des patates douces et des Mint Julep.

Mes potes m’avaient surnommée « Scarlett »…

Avec mon doux tempérament…

Je cherche encore mon Rhett Butler.

Parce qu’il faut bien dire, de nos jours, les forceurs de blocus, ça court pas les rues !

J’étais incollable en comédies musicales.

C’est dire si j’ai été quelque peu déçue quand j’ai  enfin visité « Universal Studios ».

Je suis de la génération des feuilletons américains…

Ad nauseam…

Quand j’ai mis mes petits petons pour la première fois à Los Angeles…

J’avais l’impression de voir surgir « Columbo » à chaque coin de Sunset.

J’ai fréquenté LA librairie de cinéma la plus célèbre sur Hollywood Boulevard : Larry Edmunds (6658 Hollywood Blvd).

La librairie préférée de François Truffaut.

J’y ai acheté, pour l’homme que j’aimais, l’été 1988, les originaux de « Lolita » de Nabokov.

Et le calendrier où Marilyn pose nue.

Au temps de sa jeune gloire.

J’ai visité le « Westwood  Memorial Cemetery ».

Là où reposent ses cendres.

Avec une rose rouge changée chaque jour.

Et un baiser au rouge à lèvres rouge sur la petite porte.

J’ai été invitée à déjeuner au très privé « Polo Lounge » du « Pinkie » le « Beverly Hills Hotel » (9641 Sunset Blvd).

Là où Montand et Marilyn…

J’ai calé devant un homard au Palm à New York (« steak or lobster »)…

Et j’ai connu les doggy bags pour rapporter les restes à la maison.

J’ai choisi une immersion totale dans la littérature américaine.

A « U.C.L.A . » (University of California Los Angeles)...

J’ai comparé deux personnages de deux romans pour mon « final » : « Humbert Humbert, de Lolita, et Great Jay Gatsby as monomiacs ».

J’ai ramé sur Emerson (la place de Jésus dans les sermons de…)

Et sur Moby Dick…

A ne plus en tolérer le poisson.

Oui...

Oui, j’ai baigné dans toutes ces ambiances…

Les bonnes comme les mauvaises.

Les images, les sons, les odeurs…

L’Amérique me fascine encore et toujours.

Alors...

Alors on est juste au matin de l’élection de son 45ème président…

Et je croise les doigts (I keep my fingers cross),

Oui, je croise les doigts pour que…

Pour qu’on n’abîme surtout pas mon rêve.

Liliane Langellier

 

 

 

Le rêve américain

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