La curée...

Publié le par Liliane Langellier

« Les chiens hurlent à la mort, réclamant leur curée (Pesquidoux, chez nous,1921, p. 40) »

Non, on n’est pas dans le roman de Zola…

Rien de commun avec Saccard.

Encore que…

J’ai toujours été un petit personnage « ab-normal » dans le joli bourg où j’habite !

Et je ne m’en suis peu ou pas rendue compte.

Pour moi, partir quatre jours à Rome, au Vatican, pour la sortie d’un livre dont j’assurais les relations publiques, rien de plus « normal ».

Faut vous dire que dans le Grand Hebdomadaire, j’ai assuré un voyage de 100 personnes (Maisons de la Presse) au Japon.

Avec tout ce que cela comportait : élaboration du logo, contacts avec Air France, fabrication de sacs et de tee-shirts, recrutement d’un guide culturel, etc…

En clair, je suis hyper démerde.

Je n’ai pas les deux pieds dans le même sabot.

Mais on le sait bien, les gens rejettent systématiquement ce qui ne leur ressemble pas.

Et on peut dire qu’ici je ne ressemble à personne !

Non, je n’en connais pas une autre, dans le canton, qui puisse aligner un tel parcours professionnel.

Et puis…

Et puis il y a les livres…

3.000 livres dans mon logement deux pièces.

Beaucoup de livres d’art, mais pas que…

Des livres d’Histoire, de patrimoine local, une collection blanche Gallimard occupant une bibliothèque à elle seule, etc…

A Paris, dans mon milieu, tout cela n’est que très banal…

Surtout que Mon Langellier avait été Chef de Fabrication chez Robert Laffont !

Et que nous recevions chaque mois tous les livres sortis dans les différentes imprimeries qu'il fréquentait...

A Paris, tout cela n'est que très banal, certes, oui mais ici...

Dès que j’ai emménagé dans la petite résidence, j’ai aménagé mon logement comme si j’habitais New York ou Londres…

Il y a ceux qui ne comprennent pas et il y a ceux qui critiquent.

Ce sont parfois les mêmes.

Avec le recul, j’imagine quelle image j’ai pu renvoyer de moi-même…

Aller en vacances dans une abbaye, près de Carnac…

Etre hospitalière à Lourdes…

M’occuper comme personne de l’affaire Seznec : articles, conférences, etc…

Je n’ai jamais réalisé que j’étais un véritable OVNI pour ces braves gens.

Et une source de féroce jalousie pour celles qui m’entouraient.

Alors ? vous pensez bien…

Vous pensez bien quand j’ai pété les plombs en septembre dernier, l’aubaine était trop belle !

Moi, j’étais calme, ultra calme, mais j’étais persuadée qu’on me voulait du mal…

Alors quand les pompiers et les gendarmes sont venus…

Alors là, ce fut vraiment la curée.

Le jour même, une voisine du premier étage, sortait sur son balcon, le portable à la main et hurlait : « ça y est, ils l’emmènent, la folle ! »

Le pire était à venir…

Est-ce la même personne ou une autre ???

On raconta urbi et orbi que j’avais menacé ma petite voisine d’en face avec un couteau de 43 centimètres…

Pas 45, hein ? 43 !!!

Un ancien conseiller municipal - qui n'a pas inventé l'eau tiède - a même pédalé jusqu'au village voisin d'Ormoy pour annoncer la bonne nouvelle : j'étais devenue folle et j'avais menacé d'un couteau...

Je n’ai jamais eu un tel couteau chez moi.

Je n’ai jamais eu aucune arme.

Pour la bonne et unique raison que je suis non violente.

Et puis voilà que, gavée d’un mauvais médicament, je suis tombée dans mon couloir.

On était début février.

Je suis restée cinq jours et cinq nuits à terre.

Personne, non vraiment personne, ici, personne ne s’est soucié de voir mes fenêtres continuellement ouvertes et les lumières allumées jour et nuit.

Mais la curée a continué…

Tandis que j’étais en rééducation une énorme locataire – qui en veut à la terre entière pour ses kilos en trop et elle a de quoi – cette locataire est venue trouver Zézette qui faisait le ménage chez moi pour lui dire :

« Inutile de préparer l’appartement, mon gendre gardien me l’a dit, Liliane est enfermée en psychiatrie à vie !!! »

J’étais à l’hôpital de La Musse près d’Evreux. Vaste centre de rééducation où il n’y a pas de département « Psychiatrie ».

Après la réanimation, j’avais passé 2 mois et demi en médecine générale « Médecine polyvalente » au 6ème nord de l’hôpital de Dreux.

Mais ça, ça c’était AVANT mon retour…

Quand je suis rentrée, avec mon petit pansement sur la tête, ma voisine « Gibraltar » qui veille à tout ce qui passe sous ses fenêtres, a décoché : « Elle est beaucoup plus calme, Liliane, depuis qu’elle a été trépanée !!! »

Oui…Encore !!!

Vendredi dernier, quand je suis retournée pour la première fois en courses chez Carrefour, la caissière a chopé mon auxiliaire de vie pour bien lui dire « qu’elle était contente de me revoir, surtout que tout le monde savait que j’avais pété les plombs… »

Oui … Encore !!!

Une autre de mes amies a du subir des phrases du style : « C’est normal ce qui lui arrive. Ce n’est pas du tout bon de vivre seule ! »

Oui… Encore !!!

Pis, les silences…

Les silences qui laissent planer le doute…

L’horrible doute « Vous savez bien, Madame Langellier… »

On ne peut certes pas empêcher les gens de parler sur vous.

Surtout et en particulier si vous êtes différente d’eux !

Parce que, alors là, ils règlent leurs mauvais comptes.

J’imagine, à la lumière de ce que je vis actuellement, j’imagine les affres des noirs, des arabes, des juifs…

Eux qui supportent le racisme dans leur quotidien…

J’imagine !

Je me suis toujours battue contre les racistes de tout poil.

Contre le racisme au quotidien…

Dans les mots et dans les gestes.

Je n’ai jamais rien laissé passer.

J’ai toujours refusé de penser en catégories : « les femmes de ménage » « les journalistes »…

Je ne raisonne qu’en individus.

Alors j’encaisse…

J’encaisse et j’attends que la curée, avec le temps...

Et bien que la curée prenne fin.

A mon avis...

Cela va prendre du temps...

Cela va demander surtout une bonne dose de patience...

Une bonne dose de patience et...

Une overdose d'amour et d'humour.

Liliane Langellier

Le voyage au Japon...

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Publié dans L'espiègle Lili

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