Bournemouth forever !

Publié le par Liliane Langellier

Tout cela avait bien mal commencé….

Tout cela avait commencé par une annulation duvoyage à Penzance en Cornouailles où je devais aller en juillet 1965.

Tout cela avait bien mal commencé….

Quand on est opéré « à chaud » d’une péritonite le jour de son bac Philo le 8 juin 1965… Et qu’il faut le repasser le 9 juillet = pas de vacances en Angleterre.

Mais Jeannette ne baissait pas les bras pour autant.

Et, pour elle, le parcours éducatif de la « vraie jeune fille » passait par une éducation anglaise. Entendre une bonne maîtrise de la langue. Et un ou plusieurs séjours linguistiques.

Nous retournâmes donc dans le hall du Lido Champs Elysées .Où se trouvait l’organisme des parfaites vacances anglaises en « paying guest » (hôte payante). Car il n’était pas question que la chair de sa chair soit une jeune fille au pair.

On a feuilleté soigneusement tout leur classeur.

Puis elle a choisi une famille avec des filles de mon âge, un chien, une jolie maison et le tout au bord de la mer à Highcliffe.

Car la seule réserve maternelle était que je ne parte jamais à Bournemouth. Mais jamais. C’était pour elle un vaste claque de jeunes filles égarées. Où Chouket allait régulièrement. Et cela ne lui réussissait pas pour autant !

Deux mois furent  retenus : septembre/octobre.

C’était la toute première fois…

La toute première fois que je voyageais en avion.

La famille anglaise avait demandé des détails sur mon habillement pour venir m’accueillir à l’aéroport.

Je portais un ravissant tailleur en tweed dans les tons marron – confectionné spécialement pour l’occasion par la couturière de maman, - car, là aussi on ne devait pas s’habiller au « décrochez-moi ça » mais porter des pièces uniques.

Je portais aussi une Fred Perry vert foncé, des chaussures et un sac à main vert clair.

Mais j'étais, j'étais surtout contente de partir…

Chouket nous a accompagnés à l’aéroport d’Orly. Le seul qui fonctionnait en cet été 1965.

C’était la B.E.A. (British Airways).

Maman a versé quelques larmes quand elle a vu l’avion décoller.

Mais elle n’avait pas tout vu. Derrière le gros coucou, se cachait un petit avion de ligne où je me trouvais. Un petit avion pour Bournemouth. Qui avait, à l'époque, son propre aéroport.

Ah oui ! J’allais oublier le plus important… Quand l’agence m’a envoyé le billet d’avion, au grand désespoir de ma mère, il était écrit destination « Bournemouth ».

Et oui « Highcliffe » se trouvait pile poil dans la banlieue proche de Bournemouth

Le destin !!!

Du coup, elle a du en pleurer deux fois. Une fois pour le grand avion. Une fois pour le petit. Jeannette aurait pu -sans problème - être une mère juive !

Quand je suis arrivée à l’aéroport, un géant blond a surgi de nulle part pour me piquer ma valise…

Comme je hurlais au vol… Il a tenté tant bien que mal de se présenter : « Ives » (Prononcer Aïe Veu), le fiancé d’Yvonne Wales. Les Wales étaient ma famille d’accueil.

Ils m’ont emmenée  dare-dare dans leur adorable cottage. Et m’ont attribué une chambre.

J’étais en train de déballer ma valise quand on a sonné à leur porte. Personne ne répondant, je me suis hasardée….

Et je me suis trouvée face à face avec une jeune Anglaise, le visage griffé et baigné de larmes, les cheveux hirsutes et en parties arrachés…

Comme j’avais l’air quelque peu surprise, Mister Wales m’a présenté sa dernière fille Elisabeth."Let me introduce you to Elisabeth !" 

Elisabeth rentrait du Winter Gardens, salle de concert mythique, où s’était produit un groupe… Peu connu en France... Mais qui faisait déjà un tabac en Angleterre : Les Beatles.

Ce qui avait donné lieu à des crises d’hystérie collective d'adolescentes groupies.

Nous nous sommes tous installés pour le thé.

Je comprenais un mot sur trois. Et j’ai dû manger des branches de céleri avec des toasts beurrés.

Papa m’a téléphoné sur l’entre fait…

Il faut dire qu’il détestait les Anglais, avec qui il avait fait une trop brève rencontre à Dunkerque en juin 1940 !

Il leur avait acheté – pour que je leur offre en cadeau d’accueil – une bouteille de Fine Napoléon, et avait précisé : « Comme ça la perfide Albion aura Napoléon chez elle »… Un vrai coup de Trafalgar !

Comme il m’interrogeait sur mon menu du soir, un peu troublée, je précisais que je mangeais des rutabagas… « ça ne m’étonne pas, ce sont des sauvages, ces insulaires !!! ».

Le séjour passa comme dans un rêve.

Mrs Wale sétait un cordon bleu hors pair.Et elle m'a appris à apprécier la cuisine anglaise.

Chaque soir, je partais danser au Kilt avec Yvonne et Elisabeth….

De 20 heures à minuit…

The place to B.

D’autant plus que la plupart des Frenchies, en septembre/octobre, avaient regagné l’Hexagone.

Et que le « A nous les petites Anglaises ! » se terminait chaque année au plus tard fin août.

Je fis de très près  la connaissance de Bill, un adorable petit Américain qui était sorti avec Chouket.

Le Vietnam a eu raison de lui !

Mon petit copain français avait acheté une vieille bagnole anglaise avec son argent de poche du mois et il raccompagnait tous ceux qui rataient leur dernier bus. Contre quelques Livres anglaises sonnantes et trébuchantes.

Il était brun. Il était beau. Le parfait jeune homme de Neuilly…

Le genre de tous ceux que j’ai fréquentés à Bournemouth, quoi….

Pour rentrer, à la sortie du Kilt, nous attrapions le dernier bus… Et voilà qu’un soir, nous l’avons raté ce dernier bus.

J’étais catastrophée…

Mais pas Yvonne qui m’a traînée vers une "telephone box" pour appeler son « daddy ».

Je craignais le pire… Mon père aurait hurlé à la mort…

Mister Wales est arrivé, confortable dans son peignoir de gentleman, au volant de sa Rolls, et j’entends encore ce qu’il nous a dit : « Did you enjoy yourself, girls ??? »

La flegme britannique n’est pas un mythe…

Je passais alors mes journées entre la patinoire et le bowling… Et bien entendu la plage.

C’est à ce moment-là que les filles Wales m’ont appris à me maquiller… Selon l'évangile de Mary Quant !

J’avais du fond de teint, des faux cils, des couleurs aux paupières, et Dieu sait quoi encore…

Si bien que lorsque Papa est venu me chercher au retour à Orly, il est passé devant moi sans me reconnaître !!!

Ambiance au retour à la maison.

Surtout que maman devait découvrir - en défaisant ma valise - une culotte en dentelle noire. Cadeau de Mister Wales qui était PDG d'une société genre Dim local.

Un monsieur qui offre une culotte à une jeune fille : shoking !

Je suis allée cinq fois à Bournemouth : les étés 1965/1966/1967/1968 et pour Pâques 1968.

A Pâques, on croisait vraiment la crème de la crème car les familles ne pouvaient souvent pas envoyer leurs enfants hors des grandes vacances.

A Pâques, j’ai connu ce qui devenait devenir « La bande de Bournemouth » : Jean-Claude, Didier, Régis et les autres…

L’été 1968, lui, a été très très chaud.

D’une part, Yvonne Wales se mariait avec son pilote….

Mais voilà qu'entre temps elle était tombée amoureuse de l’un de mes boyfriends, Regis.

Il fut donc décidé que Regis m’accompagnerait comme cavalier à la noce. Histoire de voir sa maîtresse convoler.

J’arborai, en ce jour délirant de mariage anglais, j'arborais une ravissante robe en organdi jaune et blanc. Très très mini. De chez Gudule.

Cet été-là, je ne devais rester que le mois de juillet à Bournemouth

Mais je m’étais débrouillée pour travailler au Kilt. Dont le patron, Daze, un adorable petit Irlandais me guignait du coin de l’œil. Et se la jouait "péage". Exigeant un baiser français chaque fois que je rentrais dans sa boîte.

J'allais prendre 21 ans le 18 août. La liberté n'était pas loin !

Quand mon paternel apprit que sa fille unique allait servir dans une boîte de nuit. Son sang ne fit qu’un tour et il expédia Chouket pour me surveiller…

J’en ris encore !

Chouket fréquentait plus ou moins à cette époque-là Guy Senghor. Et son frère Francis. Oui, vous avez bien lu les deux fils du Président du Sénégal, Leopold Cedar Senghor.

La bande du drugstore, quoi !

Francis a débarqué à Bournemouth dans son Alpine blanche avec 11 autres copains. Ils avaient loué une immense maison dans le centre de la ville.

Ils fumaient du shit. Buvaient lourd. Jouaient au casino chaque nuit.

Et dansaient encore frénétiquement sur le "No milk today" de Herman's Hermits. Qui était justement né à Bournemouth.

Avec ma panoplie Gudule, l’un de la bande devait me remarquer. Et me proposer de sortir avec lui.

Il  s’appelait Jean-Michel. Et appartenait à la riche bourgeoisie de Caen.

Après le kilt, il me traînait au casino. Où il perdait autant qu’il gagnait.

Mais ce qui est clair, et contrairement aux boniments qui couraient sur Mai 68, nous les jeunes filles nous ne nous allongions pas. Et pour cause. La pilule n'existait pas.

Un soir, Chouket et moi, nous avons été invitées dans « La maison des douze »…

Elle m’avait bien fait la leçon : « Tu fais tout comme moi et tu ne mouftes pas ! »

Aussi quand le joint est passé… Et bien quand le joint est passé, j'ai tiré dessus comme une malade.

Mal m’en a pris. Pour une première fois.

Elle a du me raccompagner jusque chez les Wales. Je riais à gorge déployée… Et  j’imaginais un immense arbre exotique sur la pelouse où je m’étais assise…

Chouket, comme chaperon, vous repasserez, hein !!!

C’était l’été 1968. Tous mes potes, déçus de la Révolution de Mai, ont fumé des cochonneries… Et sont partis en Afghanistan voir s'ils y étaient. A commencer par celui qui devait devenir mon grand beau-frère…

Nous étions jeunes. Nous étions purs. Nous étions fous.

C’est aussi cet été-là que j’ai connu les Morand. Philippe, d’abord, le grand frère. Un beau brun tout en longueur. Avec qui je suis sortie.

Les Morand étaient la quintessence du snobisme parisien. Leur mère, avocate, avait ouvert une agence de publicité.

Philippe devait finir une licence d’économie quelque part vers Dauphine.

Quant à Frédéric, le second fils, il  était déjà en couple avec celle qui devait devenir sa femme, Marie-Christine.

Tous deux suivaient depuis un an les cours de la King (King School of Bournemouth).

Moi, je ne suivais aucun cours. Mes petits amis anglais m’enseignaient largement tout cela !!!

Bournemouth a de superbes jardins au centre de la ville. Lieu où tous les petits Frenchies venaient flirter avec leurs conquêtes anglaises.

J’y allais quelques fois. Histoire de participer activement au grand classement du « Garçon qui embrasse le mieux »… Formateur pour la vie à venir... On ne peux donc plus me rater sur le baiser.

Mais, avec Philippe, nous allions plutôt prendre le thé avec des scones et de la crème à Christchurch.

Nous sommes même allés jusqu'à Londres. A Carnaby Street. Imaginez un peu Carnaby Street, l'été 1968.

Avec le beau et noble Régis, je traînais toute la journée sur la plage. Dormant sur le sable pour récupérer  mes folles nuits. J’étais dorée comme un petit pain.

Tant et si bien que mes Anglais, surpris de mon bronzage, me demandèrent si j’avais des racines chinoises…

L’été 1968 fut le dernier été de mes vacances anglaises.

J'étais déjà adepte des amours tourmentés. Et je me languissais en secret pour le barman français du Kilt, un jeune noble breton Bernard Hersart dela Villemarqué de Kermarec,s'il vous plait merci.

Qui, lui, n'aurait jamais osé lever les yeux sur une fille de "la bande à Senghor".

Qu'importe, j’allais aussi avec Jean-Michel me balader au Pier….

J’étais infidèle par essence… Et c’était sans doute ce qui faisait mon charme !

Et puis le monde m’appartenait…

L’été suivant, je me fiançais.

En mars 1981, mon Langellier a voulu connaître Bournemouth. Nous sommes donc partis une semaine au « Lilly Langtry Manor Hotel ».  Une demeure construite par le fils de la reine Victoria pour la ravissante « Jersey Lilly », actrice qui fut sa maîtresse.

Là, j’ai pu rêver tout mon saoul du roi Edouard VII traversant la pelouse en cachette pour venir rejoindre sa Lilly.

Les immeubles et hôtels, tels des gâteaux de mariages anglais,sont toujours là.

Là, j’ai trouvé le « Square » bien petit. La ville avait rétréci. Les fish and chips étaient toujours aussi gras et bons, mais le Swiss Restaurant, qui jouxtait le Kilt,où nous avions coutume de prendre nos donuts matinaux, et bien le Swiss Restaurant ne m’a plus séduit…

J’avais vieilli !

Je n’étais plus la jeune fille éblouie qui rentrait de Bournemouth avec les premiers disques des Pink Floyd et de l’encens indien… Ce qui avait fait dire à Fernand « Ma fille se drogue sur une musique d’église ! »

Folles années…

Nous étions fous…

Nous étions beaux…

Nous découvrions le monde…

Il y a un temps pour tout !

Mais ce temps-là, je peux vous le dire, c'est sûr, j'en ai vécu chaque seconde intensément !

Liliane Langellier

Bournemouth. Le pier.

Bournemouth. Le pier.

Bournemouth. Le Lilly Langtry Manor Hotel.

Bournemouth. Le Lilly Langtry Manor Hotel.

Publié dans L'espiègle Lili

Commenter cet article