Barbie cassée

Publié le par Liliane Langellier

Comment je l’ai connue ?

Tout le monde la connaissait ici.

Elle répondait au surnom peu glorieux de « Mamelles d’acier ».

Il faut bien dire qu’elle s’en donnait du mal…

Pour les exhiber…

Je l’ai rencontrée en vrai une fin d’été.

Elle est venue chez moi.

Elle est venue chez moi quand j'habitais une charmante petite maison de ville, sur la place derrière l'église.

Ou plutôt elle a débarqué !

Enorme  4X4 garé à la va-vite sur le trottoir devant ma porte.

Pantalon blanc ultra serré…

Enfilé avec un chausse-pied.

Et  transparent.

Laissant d'ailleurs transparaître un string vert fluo.

Très string. Très fluo.

Talons  de 30 centimètres…

Le visage décomposé de méchanceté.

Les cheveux noirs corbeau.

Tombant sur son dos en masse incertaine.

Elle éructa :

« Vous n’avez pas le droit à un logement social ! Vous gagnez trop ! »

Je fus autant surprise par le son que par l'image.

Je lui ai juste suggéré d’en parler au maire ou à l’assistante sociale.

Elle s’en est sortie avec  une pirouette :  « Toutes les assistantes sociales sont des nulles ».

Puis elle a claqué la porte.

Et je ne l'ai pas revue.

J’ai déménagé fin février, l'année suivante.

Barbie était sur le parking. Elle chuchotait à l'oreille d'un locataire en me flinguant des yeux.

Il faut dire que j’étais sur son territoire.

Ma petite résidence avait été construite face à la maison de ses parents.

Un ancien petit café.

Vraiment petit.

Qui vendait des articles de pêche.

Et pour lequel - quand son job lui permettait - elle écrémait, vêtue de hautes cuissardes, les mares du coin afin d'y trouver des petits asticots rouges.

Le bonheur des pêcheurs à la ligne.

L’été suivant, elle a balancé une rumeur :  « j’étais une femme entretenue » !

Une de mes voisines m’a prévenue.

Mais que s'était-il passé ?

En fait j’avais reçu chez moi - porte fenêtre largement ouverte – un homme de la paroisse riche et distingué.

Un ancien directeur général du Bon Marché.

Qui avait entrepris, le malheureux, de m’expliquer comment « faire mes comptes » sur un an.

Quand on connait mon peu d’intérêt pour le calcul….  

Mais Barbie l’avait repéré ce Monsieur.

Et il correspondait pile poil à ses critères de recrutement.

Il faut dire que je m’étais butée dans une séance de drague incroyable à la Chapelle de la Vierge (nom prédestiné) !

Barbie vêtue d’un tailleur bleu dur, jupe courte, chapeau à voilette et chaussures à talons assortis.

Une caricature d’elle-même.

Le Monsieur était gêné.

Et il avait été content de me voir surgir.

Pas elle.

Donc, première vengeance.

« J’ai un vieil amant qui m’entretient ».

La suite n’a été guère plus reluisante.

Barbie aidait certaines  grands-mères  de ma résidence.

Uniquement contre argent sonnant et trébuchant.

Se chargeant de leurs courses, elle leur faisait payer les siennes par la même occasion.

Il arriva donc ce qui devait arriver…

L’une des grands-mères la dénonça à notre père curé.

Et voilà que ce dernier…

Voilà que ce dernier ne lui serra pas la main un dimanche à la sortie de la messe.

Devinez ce qui arriva…

Elle quitta l’Eglise Catholique pour embaucher illico presto chez les évangélistes.

Et ne put contenir sa rage contre tout ce qui touchait à la paroisse.

Elle n’était que boule tricotée de violence et de haine…

C’est à peu près à cette période que je décidai de ne plus lui adresser la parole.

Chaque jour, elle sortait de sa maison, un panier à la main, crinière noire pelée au vent, et tenues de plus en plus extravagantes.

Suite à de curieux différends, elle se fit virer de trois appartements par les enfants des locataires âgés.

On n’était pas loin de l’abus de faiblesse…

Elle avait toutefois creusé son nid de vipère chez l’une de mes plus proches voisines à la langue de…

C’était son dernier bastion et elle avait intérêt de le tenir.

« Qui se ressemble, s’assemble ! »

Barbie ne peut exister que dans une démarche paranoïaque.

L’été 2015, elle se devait de battre ses propres records.

Pour elle, je n’avais jamais été journaliste.

Je n’avais jamais été mariée non plus.

C’est donc avec l’écume rageuse à la bouche qu’elle témoigna contre moi aux gendarmes venus enquêter lors de mon hospitalisation.

Je n'avais menacé personne.

J'avais juste eu peur.

Très peur.

Brusquement.

Très brusquement.

Et voilà que devant les gendarmes...

Elle existait enfin !

Elle pouvait enfin laisser libre cours à sa haine.

Elle ne s'en priva pas.

J'ai eu vraiment de la chance de m'en sortir !

Depuis...

Et bien depuis ses tenues sont plus fluos que jamais.

Changées au quotidien.

Fringues bon marché, pantalon ultra serré. Slip ou pas slip, selon.

Impressionnants seins au vent.

Sa grande passion reste de faire signer des pétitions par les grands-mères locales pour régler ses comptes personnels.

On n’est encore pas loin de l’abus de faiblesse….

Ou de la manipulation, comme on veut !

Le summum a été atteint cet été.

Elle ne supportait pas de nous voir prendre l’apéro entre voisins sur la terrasse de l’un ou de l’autre.

Et voilà…

Voilà qu’un gamin de 4 ans, fils d’un nouveau voisin, sur les genoux de l’une d’entre nous, décocha sur son passage :

« Mais comment tu t’habilles, toi ???? »

Et d’ajouter du haut de sa petite personne : « C’est pas beau ! »

Consternés, personne n’a relevé la saillie.

Et un bon silence de quelques minutes s’est installé.

Je savais que nous allions le payer.

Car son orgueil était mis à mal.

Je savais aussi qu’elle me flinguerait en premier.

Oh ! Elle a bien essayé.

Elle a répandu une rumeur selon laquelle j’étais « dangereuse » !

Elle a tenté d’embarquer les voisines  âgées avec elle pour une pétition contre nos apéros…

Aucun résultat…

Tant pis pour elle.

J’ai appris récemment  qu’elle avait été fiancée à l’un des fils de famille les plus fortunés du canton.

Mais qu’il avait rompu juste avant le mariage.

Ceci expliquerait cela.

Ce désir de se faire remarquer à plus de 70 berges par d’invraisemblables tenues…

Mais pour le moins de se faire remarquer.

Contrairement à elle, je n’ai aucune haine.

Cette triste Barbie cassée ne m’inspire plus que pitié.

Mais qu’elle ne se frotte plus à moi….

Mais qu’elle ne me démolisse plus de ses ragots malsains.

Car, là…

Oui, là…

J’ai pris mes dispositions.

J'ai les témoins nécessaires pour m'appuyer.

Et là...

Et bien là, il n'y aura pas de cadeau.

Liliane Langellier

 

 

Barbie cassée

Publié dans L'espiègle Lili

Commenter cet article