RUMEURS

Publié le par Liliane Langellier

C'est revenu d'un coup...

Juste après la sieste...

Car je dois encore me reposer.

C'est revenu d'un coup...

Je la revois encore la jeune femme que j'étais...

Je la revois encore.

J'avais la passion.

La passion de ce que je faisais.

Le directeur de la diffusion du Grand Hebdomadaire l'avait remarquée.

Cette passion.

Et voilà qu'il lui avait pris l'idée de m'envoyer dans une université américaine actualiser mes notions de marketing.

Difficile à réaliser quand on est mariée.

Et très mariée.

J'échangeais donc l'idée géniale (puisque directoriale) contre une autre : un stage de marketing d'une dizaine de jours à H.E.C.

Plus proche.

Même si pension complète.

Et surtout... Surtout tellement plus pratique !

C'est ainsi que j'ai connu le brillant Jean-Noël Kapferer.

Et son cours sur la rumeur.

C'est ainsi que j'ai pu me comparer aux autres directeurs de marketing des autres entreprises.

Et que j'ai repeint mon ego à neuf.

Je ne suis plus - hélas - une trentenaire dynamique.

Mais ce qui est acquis reste acquis.

C'est donc avec ce foutu acquis que j'ai abordé ma nouvelle vie après ma "résurrection".

L'été, dans ma petite résidence, a été plutôt agréable.

Avec des apéros dînatoires sur la terrasse d'un voisin ou d'un autre.

L'automne est venue.

Avec ses formes de citrouilles rondes et ses couleurs ocrées.

Et ses brouillards matinaux.

Mais le lien social était créé.

Et bien créé.

Aussi quand il me fut donné d'apprendre que le village de mon enfance, Chaudon, et son château Mormoulins, allaient recevoir 200 migrants de la jungle de Calais...

J'ai immédiatement crié à la rumeur.

Mais la rumeur venait "d'une source proche de la gendarmerie".

J'ai donc envoyé un mail à un confrère du journal local pour lui signaler l'info (en zappant le nombre de migrants évoqués, et en lui conjuguant le tout au conditionnel).

Je devais vite apprendre qu'il m'est plus facile de joindre et de converser avec de nombreux journalistes de grands supports nationaux sur Twitter que de prétendre exister pour la presse locale.

Très locale d'ailleurs (Dreux =15km).

Je paye ainsi 14 euros le droit de lire mon quotidien local sur internet.

Alors que Mediapart ne me demande que 11 euros.

Cherchez l'erreur !

Mais revenons à nos moutonsssss...

Nous partîmes donc 200.

Nous étions lundi, premier jour du démantèlement de la jungle de Calais.

Lundi soir : mail au "pote" qui bosse en local.

Mardi matin, aide à domicile.

Et, là, le chiffre tombe à 15 migrants.

10 heures du matin : 15 migrants.

Toujours à Chaudon.

Toujours au château de Mormoulins.

Et en plus, ces fainéants, logés au rez-de-chaussée, car ils ne veulent même pas prendre la peine de monter un étage...

Mes repas me sont - encore pour l'instant - livrés à domicile.

Et je sais la jeune fille qui les livre habitant Chaudon.

Je la retins pour lui demander ce qu'elle savait ou ce qu'elle avait entendu.

Elle avait effectivement entendu la rumeur.

Lasse...

Elle avait bien réagi.

Et s'était directement rendu au Château pour vérification.

Château fermé. Pour travaux de réfection.

Elle pouvait ainsi démentir cette folle rumeur sur toute la longueur.

Cette peur de l'étranger.

Cette rage de rejeter tout ce qui n'est pas "comme soi".

Ce matin encore, il me fut donné de la démentir à nouveau...

Cette rumeur...

La presse locale a bien indiqué le nombre de migrants dans notre département : 51.

Répartis entre Dreux et Nogent-le-Rotrou.

Mais la rumeur est longue à mourir.

Et elle peut renaître de ses cendres.

A  n'importe quel moment.

Je la combattrai.

Avec mes petits moyens.

A mon niveau.

Qui vaut celui d'un autre.

Car j'ai toujours 18 ans dans ma tête et dans mon coeur.

Au fait...

J'attends toujours le mail réponse de mon confrère local.

Comme quoi, on peut avoir plus de 5.000 "followers" sur Twitter...

Et ne pas exister pour son voisin de palier.

Oui, ça, je sais...

Je l'ai appris à mes dépens.

Passons.

Ce soir la rumeur court sur d'éventuels migrants hébergés à Chartres...

Qu'elle courre...

Elle tombera bien d'elle-même, la rumeur.

Et ...

Dans le cas contraire...

Je ne manquerai certainement pas de l'aider à chuter.

Liliane Langellier

RUMEURS

Publié dans L'espiègle Lili

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