RESURRECTION

Publié le par Liliane Langellier

Je peux enfin en parler.

En parler en toute sérénité…

Le 25 septembre 2015, vers 16 heures, les pompiers ont débarqué chez moi.

J’étais passée de « l’autre côté ».

Tranquillement réfugiée dans ma salle de bains, j’avais peur d’être tuée.

J’étais persuadée qu’on allait me tuer.

J’étais calme.

Je n’ai jamais menacé personne.

Ils m’ont emmenée.

Oui, ils m’ont emmenée.

Je ne comprenais pas bien car je n’avais que 14.8 de tension.

Ils m’ont emmenée en Psychiatrie.

J’y suis restée deux mois.

Après une semaine, la peur s’est dissipée.

Donc…

J’ai eu le libre usage de ma voiture que j’étais venue chercher.

J’avais des permissions pour retourner chez moi.

Je prenais mes trois repas par jour avec les autres patients dans une vaste salle de restaurant.

J’ai croisé là des schizophrènes, des autistes, des anorexiques, des boulimiques, des T.S. (tentatives de suicide), des psychopathes délirants, et nombre de dépressifs, des hystériques, des maniaco-dépressifs (on dit « bipolaires » dorénavant)…

Des gens qui se vantaient de leurs symptômes…

D’autres qui pleuraient d’être ainsi enfermés.

Tout ce petit monde réglé par les heures de prise de médicaments et par les repas.

Un petit monde navigant entre « Docteur Jekill et Mister Hyde » et « Vol au-dessus d’un nid de coucou »…

Certains criaient…

Certains fumaient des joints…

Une mini société de désordres passionnants à observer….

De l’extérieur…

Mais…

J’étais à l’intérieur.

J’ai été bonne élève…

J’ai chanté aux ateliers de chants.

J’ai dessiné aux ateliers d’art.

J’étais sous couverture chimique.

Et cette couverture me tint de plus en plus chaud.

Je dormais trop.

Je mangeais moins.

J’étais de plus en plus apathique.

Et puis il y eut…

Et puis il y eut la sortie.

Fin novembre.

Je revins seule chez moi.

Il pleuvait. Il y avait du brouillard. La nuit était déjà tombée.

Tous les volets de ma petite résidence étaient fermés.

Nuit et brouillard.

Froid du cœur. Froid du corps.

J’ai refermé la porte de mon appartement.

J’ai refermé la porte de mon appartement et j’ai commencé une longue descente aux enfers.

J’ai enfin eu accès aux notices de mes médicaments.

Le plus lourd d’entre eux amenait des risques de somnolence et de perte d’appétit.

J’avais déjà développé un syndrome de Diogène.

Je ne jetais rien.

Et…

Et mon appartement était envahi.

Avec la prise de ce médicament, je me couchais toute la journée.

Je n’arrivais plus à regarder la télévision, à écouter la radio, pire… je n’écrivais plus.

Me laver, me changer de vêtements, faire mes courses…

Tout cela était devenu un véritable parcours du combattant.

Et le combat cessa.

Sortant de la salle de bains, j’ai buté sur l’un de mes nombreux sacs entassés dans le couloir.

Je suis tombée.

Impossible de me relever.

Pa de portable à proximité.

Je suis restée à terre environ 5 jours et 5 nuits.

J’ai appelé…

Mais personne ne m’a entendu.

J’ai crié…

En vain.

Personne n’a remarqué mes volets ouverts jours et nuits.

J’ai fini par perdre connaissance.

Et à l’arrivée des pompiers, j’étais déjà dans le coma.

Direction la réanimation.

Trois jours en soins intensifs. Puis la médecine générale.

Ils ont de suite changé mon traitement. Supprimé le maudit médicament.

Mais un grand mal était fait...

Je ne me levais plus.

Je ne tenais pas debout.

Je ne tenais pas assise.

Je ne mangeais plus. Ils m’ont posé une sonde stomacale.

Après deux mois de vains efforts, ils ont décidé de m’envoyer en Centre de Rééducation.

L’hôpital était au milieu d’un grand parc.

Un grand parc plein d’arbres et plein d’oiseaux.

D’hirondelles, pour être précise.

Je me prenais à envier leur vol adroit et précis.

Et puis…

Et puis, à force de kiné, à force d’équipes motivées, j’ai marché.

Et puis à force de bons soins, j’ai de nouveau mangé.

Et puis je me suis louée une télé.

J’ai emprunté des livres à la bibliothèque.

Je voyais un psychologue plusieurs fois par semaine.

Jérôme m’a aidée.

Chaque jour je reprenais un peu plus goût à la vie.

Chez moi, sous la direction bienveillante de ma meilleure amie, un grand nettoyage a été organisé.

Mon petit appartement est redevenu cosy.

Enfin, le 8 juin dernier… Je suis sortie.

Un V.S.L. m’a ramenée à la maison.

Tout avait été organisé pour ce retour…

L’équipe de soins, les auxiliaires de vie, la femme de ménage…

Tout avait été aménagé pour m’éviter une nouvelle chute.

Mais je tenais bien sur mes deux pieds.

« Les absents ont toujours tort »

Et les bonnes langues n’avaient pas tous les jours une telle histoire à se mettre sous la dent.

C’est sûr. Elles se sont déchaînées.

Quand on n’a pas de vie, on vampirise celle des autres.

Peu m’importe….

Chaque jour je me lève heureuse.

J’ai une fringale de livres grandissante.

J’ai rebranché mon ordinateur sur Internet le 1er septembre, jour de la rentrée.

Je savoure désormais chaque heure.

Car j’en ai payé le prix cher.

Reste encore l’ombre de ce malaise de fin septembre dernier…

Parce que mon voisin du dessus était bruyant….

Je n’avais pas dormi une seule nuit complète de tout le mois d’août.

Parce que j’avais mal au dos, j’avais abusé de l’Effaralgan codéiné.

Parce que j’étais angoissée, je prenais trois barrettes de Lexomil par jour.

Parce que je me croyais invincible, je dormais et me reposais peu.

De tout cela, j’en ai tiré les leçons.

Pour ne pas recommencer.

Aujourd’hui…

Et bien aujourd’hui, comme disait l’un de mes mômes du catéchisme...

Aujourd'hui, « je suis ressuscitationnée !!! »

Liliane Langellier

RESURRECTION

Publié dans L'espiègle Lili

Commenter cet article

Mich 01/11/2016 10:24

Welcome back !!

A 15/10/2016 09:05

J'ai toujours su votre sensibilité...Votre besoin d'aimer et être aimée.
Je suis tombée dans la vie et me suis revellee plus sereine, moins en attente et votre parcours est bien celui la.
Je vous admire.
Courage pour la suite.

Gabrielle 12/10/2016 16:25

Bravo