Changement d'adresse

Publié le par Liliane Langellier

La toute première fois...

Et bien la toute première fois, à mon époque, c'était tout simple...

Une jeune fille bien élevée ne quittait le toit de son papa que pour le toit de son mari.

En cherchant à habiter le plus loin possible de son beau-père, mon Langellier avait trouvé un studio au 9, rue du Puits de l'Ermite. Paris 5e.

A deux pas de la Place Monge.

A trois pas de la grande mosquée de Paris.

Et à cinq pas de la petite rue Mouffetard.

Qui, en ce début des années 70, était encore une pure merveille de gouaille et de couleurs...

Un vrai petit studio de poupées.

Avec une bibliothèque murale de chaque côté de l'unique fenêtre et surtout surtout une adorable cheminée.

Juste au-dessus du bougnat Marcillac qui faisait l'angle avec la rue de la Clef.

Facile pour se faire livrer du bois !

C'est de là que date ma grande amitié avec le peintre Serge de Filippi.

Qui habitait avec sa merveilleuse famille au 20,rue de la Clef.

Je bossais déjà à Publicis Conseil.

Serge y était Directeur Artistique.

Le métro Place Monge n'était pas si éloigné de la Place de l'Etoile.

Ce furent 5 années de bonheur total et absolu.

Au printemps 1976, nous allions émigrer deux rues plus loin: au 20, rue Larrey.

C'est le camion du bougnat qui déménagea notre peu de meubles.

Pour un superbe trois pièces.

Ensoleillé. Très ensoleillé.

Avec un petit balcon

Au 5e sans ascenseur.

Avec vue imprenable sur la Place Monge !

Salon et salle à manger correspondaient par une large porte vitrée de petits carreaux.

Il y avait des moulures de bois aux murs et des rosaces en stuc aux plafonds.

Laura Ashley commençait à faire un malheur à Paris.

Je fis un bonheur de décoration.

Mon Langellier travaillait chez Robert Laffont, place Saint Sulpice.

Il avait la chance de pouvoir se rendre au boulot à pied en passant par les jardins du Luxembourg.

J'ai adoré cet appartement.

Et les premières fêtes que nous y avons organisées.

Mais...

Quand on a un mari ambitieux....

Qui veut passer "rive droite".

On quitte le meilleur à regrets.

Il avait négocié un appartement au 4, rue de Braque.

En persuadant Mandarine, la nièce du propriétaire - qui avait croisé le grand Langellier en Afrique - de réunir deux appartements du splendide hôtel particulier.

Travaux importants prévus.

Et loyer modeste pour six ans.

Notre voisin de palier rue Larrey, Laurent de Fouchecour, terminait justement ses études d'archi...

Et c'est lui qui fut le grand prêtre des travaux.

Après avoir abattu les murs...

Le rez-de-chaussée était une immense pièce avec un parquet XIXe.

Où ont glissé les pieds de tous nos potes venus faire la fête.

Car des fêtes il y en eut !

La première fut celle du déménagement;

Déménagement qui rassembla une quinzaine de personnes pendant trois jours.

Nous avions rapporté des meubles de mes grands parents de Chaudon.

Et acheté le reste aux chiffonniers d'Emmaüs à Dreux.

J'avais du temps entre deux jobs.

Et je passais ce temps à décorer minutieusement notre nouveau nid.

La chambre était dans un ancien grenier à blé.

La décorer était un rêve.

Et j'ai bien fait de rêver.

Car c'est là, qu'en ce début d'automne 1986 - et oui, trente ans déjà - nous devions apprendre la maladie.

Celle qui devait emporter mon jeune époux.

Il eut la grâce d'habiter son appartement pendant les six mois de soins.

Et d'y mourir.

Dans le fauteuil qu'il aimait.

Restait à continuer.

Je négociais une année de bail supplémentaire.

Mais le jour terrible arriva...

Le déménagement.

Au petit matin, des confrères du Grand Hebdomadaire vinrent m'apporter des croissants.

Ce fut un genre de dernière fête.

Puis j'attendais les déménageurs.

Jean-Pierre, le frère aîné de mon mari, m'avait invité à déjeuner.

Aucun déménageur à l'horizon.

Enfin quand nous fumes de retour, les brutes étaient là.

Je m'effondrai quand je vis l'un d'eux saisir le dernier livre qu'il avait lu : Lucien Leuwen de ce cher Stendhal.

Le reste se déroula dans les larmes.

Comme retard ils avaient et que le jeu consistait à emporter le plus gros du déménagement à Chaudon.

Et à ne garder que le strict nécessaire pour le petit deux pièces que j'allais habiter dans le XIIIe arrondissement...

Comme mon lit était dans leur camion...

Je devais passer cette dernière nuit chez les de Filippi.

C'était justement la Saint Serge.

J'intégrai alors un petit appartement situé au troisième étage d'une sorte de "brownstone" new-yorkais.

Je ne devais y rester qu'un an.

Je dus lors de ce déménagement-là affronter le rangement des vêtements de Langellier.

Et ce fut Paul Joly, Chaudonnais de vieille souche, qui présida à cette dernière cérémonie lugubre.

Je n'ai pas aimé, mais pas aimé du tout, ce petit appartement.

Si joli soit-il !

Je ne l'ai pas aimé.

Car ce ne fut pas simple, mais pas simple du tout, de décorer un appartement rien que pour soi !

Avec mon esprit pratique habituel, je n'avais pas songé à la longueur du trajet pour rejoindre Le Grand Hebdomadaire....

Trop. Ce fut trop.

Deux bouclages par semaine.

Deux heures de trajet par jour.

Ma forme physique ne résista pas à un tel mauvais traitement.

Je décidai donc de partir.

Jérôme Marchand, journaliste, et ami de Jean-Pierre, souhaitait louer un petit appartement sympa, rue du château, dans le XIVe arrondissement.

Aussitôt dit, aussitôt fait.

Le quartier était joli.

Avec encore quelques anciennes échoppes.

Et des petits artisans.

J'y suis restée jusqu'au jour où...

Jusqu'au jour où je décidai de franchir le pas.

Et de quitter enfin la capitale pour Chaudon.

Un retour imprévu à l'enfance.

Et un autre genre de déménagement, celui-là !

Liliane Langellier

Changement d'adresse

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