Au secours le Secours...

Publié le par Liliane Langellier

Il parait que ça va mieux en le disant...

Et encore mieux en l'écrivant...

Mais comment tout cela a-t-il commencé ?

C'est tout simple.

Par une lettre et une permanence.

Une lettre qui m’a été portée à ma permanence.

Une petite dame déjà très sénior.

Une petite dame tremblante avec une lettre à la main.

Une permanence dans un lieu improbable.

Où les gens se réunissent pour avoir un peu de chaleur humaine.

Dans un joli local. Autour d'un café, d'un thé, d'une boisson.

Le genre de club qui dépend de la mairie.

La petite dame était en larmes.

Et son angoisse m’a touchée.

La lettre parlait de mal être.

La lettre parlait surtout de suicide.

Une femme racontait qu’elle était brimée au quotidien par son compagnon de vie.

Et qu’il ne lui restait qu’une seule issue : le suicide.

On était vendredi soir. On était début juillet.

Une des dernières permanences du Grand Secours dont je dépendais…

J’ai donné rendez-vous à la petite dame pour le lendemain samedi matin.

Je veillerais à être là mais elle rencontrerait, munie de la lettre, notre responsable.

Et puis…

Et puis tout s’est enchainé très vite.

J’étais l’une des rares bénévoles à ne pas partir en vacances.

Je rencontrai donc l’auteur de la lettre.

Appelons-la "Nicole".

Nicole vivait dans un petit appartement près de mon village de cœur : Chaudon.

Elle était plutôt jolie.

Elle semblait désespérée.

J’avais –entre temps – enquêté pour savoir qui était le harceleur.

L’un des pires voyous du bourg.

Connu pour avoir tabassé son ex-femme, sa propre mère, et, en règle générale, toutes ses différentes compagne.

Très connu de la police locale.

Avec un casier judiciaire à l'avenant.

Alors, dès ce samedi 7 juillet...

J’ai répondu à l'appel téléphonique de Nicole et je l'ai véhiculée jusqu'à la gendarmerie.

Il était 17 h 45.

Fermeture prévue à 18 heures.

Première erreur, moi qui ne mélangeais jamais les genres, j’ai argué de mon statut de journaliste pour que Nicole soit reçue d’urgence.

Ce qui fut fait.

La gendarmette- peu aimable et quelque peu excédée – précisa en soupirant : "Madame, nous venons juste de recevoir une plainte de votre compagnon pour harcèlement SMS".

Deuxième erreur : je n’ai pas porté assez attention à ce que l’on venait de nous dire.

Je voulais tellement que Nicole soit reçue.

Qu’elle trouve une oreille attentive…

Ce qui fut fait.

Restait encore le problème des clés de l’appartement.

Que le harceleur possédait en double.

Pas grave. Je connaissais un serrurier à Lormaye qui – sur ma demande – se déplacerait sans problème.

Et les serrures furent changées.

Je rentrai à la maison.

Je dormis mal.

Et tentais d’appeler Nicole dès le lendemain matin.

En vain. Aucune réponse.

Prise de peur, je rappelai la gendarmerie pour leur demander de se déranger.

Mal m'en prit...

Nicole était bien chez elle. Mais elle parlait à un copain sur internet.

A ce point de la mission j’aurais du passer le relais à un autre bénévole.

Mais je savais combien il peut être difficile de se confier.

Et j’avais peur que Nicole ne se renferme sur elle et chez elle.

Je continuais donc mon erreur majuscule.

J’ai tout fait pour Nicole.

Tout ce qu’il était en mes moyens de faire.

Je lui ai trouvé une voiture à bas prix mais en excellent état.

Une "grande voiture" car elle ne supportait pas les petites.

J’ai obtenu un rendez-vous « en urgence » auprès d’une avocate de ma connaissance.

Et là…

Nicole souffrait de terribles douleurs au dos.

Après l’entretien, ses douleurs augmentèrent.

Il faut bien dire que mon avocate ne s’en était pas laissé conter.

A ma grande surprise, elle ne prit aucune précaution verbale.

« Pour nous résumer, Madame, vous vous plaignez de SMS. Je viens de les lire. Aucune menace de mort n’a été proférée. »

Je la trouvais dure cette avocate.

Lorsqu’elle enquilla : « Si je comprends bien, vous venez vous plaindre d’un homme que vous avez hébergé et nourri pendant un an ! »

Comme j’étais stupéfaite… Et je l’étais…

Maître de Ravenne poursuivit : « Je connais bien cet homme. Il est plutôt beau gosse et il a une tendance certaine à se faire entretenir par les femmes. »

A dater de ce moment, je commençais enfin à comprendre.

Nicole ne payait plus ses loyers.

Elle devait être expulsée.

Incessamment sous peu.

J’avais remarqué chez elle des boites de chaussures empilées du sol au plafond.

Je n’avais pas émis de jugement.

Je pensais à des difficultés de rangement.

Croisant notre maire, je m’étais empressée de lui parler du cas « Nicole ».

Il y fut attentif.

Elle avait déposé un dossier pour obtenir un logement HLM.

C’est mi-août que les choses s’envenimèrent.

Je souhaitais fêter mon anniversaire aux guinguettes. Un orchestre breton venait jouer.

Et j’avais acheté du chouchen en quantité.

Nicole était – bien sûr – de la partie.

Elle s’était montrée obsédée par la tenue qu’elle devrait porter : « Peut-être une robe Marilyn ??? »

Je lui rappelais que « les guinguettes en question » étaient très bon enfant.

Et certes pas un concours de toilettes.

Elle n’eut pas même l’aimable pensée de m’acheter une rose.

Mais elle s’habilla « pour être vue ».

Elle était plutôt jolie avec des cheveux blonds « à la Marilyn » et de jolies jambes.

Peu de temps auparavant je l’avais aidée à s’inscrire sur Facebook et sur Twitter.

Et c’est là que le bât blessa.

Un matin, je remarquai un petit cœur à côté de son nom.

Intriguée, j’allais surfer plus loin.

Nicole était rentrée en contact avec le mari de ma meilleure amie.

J’avais commis, et oui j’avais commis, la grande erreur de l’accepter parmi mes amis Facebook.

Le choc fut rude.

Je décidais donc d’interrompre illico presto toute relation.

Et de rester dans le plus grand silence.

La suite fut terrible pour moi.

Nicole obtint un appartement pile dans la petite résidence où j’habitais.

Elle pleura auprès des prêtres – que je lui avais présentés – pour se faire déménager gratis.

Un grand nombre de paroissiens vinrent l’aider.

Notre chef de chorale me chopa devant mon petit appartement : « Cela ne te gêne pas de ne pas nous aider ??? »

Je lui assénai que je l’avais aidée seule pendant plus d’un mois et demi.

Mais Nicole pleura encore et toujours auprès de nos prêtres.

L’un d’eux, plus fragile, et plus malléable, me convoqua pour m’accabler.

« J’étais une mauvaise chrétienne. Je ne connaissais pas le pardon… »

A cause de moi, « une enfant de Dieu » était en grande douleur.

Nicole continua son œuvre de destruction.

Rien ne semblait pouvoir apaiser sa haine.

Oui, je restais dans le plus grand silence.

Jusqu’au jour où…

Je la croisais – par un froid de gueux – derrière l’église.

Le jeudi, lors des pauses café du Grand Secours, elle ne cessait de me narguer.

Embrigadant avec elle les plus faibles.

Le clash fut inévitable.

Elle cria. Je criai.

Trop heureuse de m’avoir enfin déstabilisée, elle fila au presbytère se plaindre une nouvelle fois aux prêtres.

Et… Comble du comble…

Elle porta plainte contre moi auprès de la gendarmerie.

Une plainte qui n'eut aucune suite, bien entendu.

Mais je n’en pouvais plus.

Je finis par opter pour la solution « psy ». Et je consultai.

Le résultat ne se fit pas attendre.

Je démissionnai vite, très vite, du Grand Secours.

Personne ne m’avait soutenue alors que j’étais une encadrante.

Je renonçai à aider les autres.

Pour cause de tentative de destruction.

Mi-décembre, Nicole a enfin déménagé pour le centre de la France...

Elle a gardé au moins trois contacts proches dans ma petite résidence.

Toujours violemment habitée par la haine.

Qu'elle sème autour d'elle.

J'ai trouvé récemment sur Facebook un redoutable message qu'elle me destinait...

Quant à moi..;

Et bien moi, je suis passée à autre chose.

A toute autre chose.

C’est tout.

Liliane Langellier

Au secours le Secours...

Publié dans L'espiègle Lili

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