"Si je t'oublie Jérusalem...."

Publié le par Liliane Langellier

Cela m'était venu comme ça...

Je voulais commencer l'an 2000 à Jérusalem !

Les derniers six mois avaient été trop éprouvants.

Perdre sa mère.

Vendre sa maison de famille...

Je voulais commencer l'an 2000 à Jérusalem !

Seul petit problème : je n'avais pas souvent voyagé en groupes.

Et là... Un pélé, c'était un pélé....

J'ai choisi toute seule une agence de voyages.

Avec le recul, j'en ris encore....

Je leur ai téléphoné car je voulais partir plus tôt que le groupe - le voyage était prévu du 26 décembre au 2 janvier - pour assister à la messe de Noël à Bethléem le 24 au soir.

J'envisageais de louer une voiture.

Oui, car pour moi, Noël c'était Bethléem...

Le directeur en personne m'a rappelée.

Il était inquiet à mon sujet.

Est-ce que je me rendais bien compte que ce pays n'était pas facile pour qu'une femme seule voyage ainsi ?

Il ne pouvait autoriser une telle dérogation.

C'était le groupe ou l'annulation.

J'ai opté pour le groupe.

Il y eut un second appel.

Est-ce que cela me gênait de partager ma chambre avec une dame beaucoup plus âgée qui venait de perdre sa fille ?

Bien sûr que non. Bien au contraire. Je venais de perdre ma mère. Elle venait de perdre sa fille. Il n'y avait pas de hasard.

Nous avions rendez-vous le 26 décembre 1999 à 4 heures du matin à l'aéroport.

Je suis allée dormir sur place.

Et puis, j'ai intégré sagement mon groupe.

L'avion a bien décollé comme prévu.

Je n'ai su que bien plus tard que nous avions été les derniers à quitter Orly.

Au bout d'une quarantaine de minutes, les trous d'air étaient devenus assez insupportables.

Mais, je n'en avais cure : je voulais commencer l'an 2000 à Jérusalem.

J'étais dans un endroit où l'on va seul quand la lumière rouge s'est allumée.

Je suis sortie en trombe demandant à l'hôtesse si c'était grave.

Elle m'a juste répondu "Oh, vous savez là où vous êtes ou à votre place...."

Nous étions bien le 26 décembre 1999.

La fameuse tempête venait de frapper la France.

Mais, ça, je ne le savais pas.

Arrivée à l'aéroport de Tel-Aviv, j'ai voulu louer un portable. Ce qui a semblé encore compliquer l'avancement de notre groupe.

Je me suis donc jurée de rentrer dans le rang.

Nous avons passé notre première soirée et notre première nuit à Natanya.

Lorsque je me suis aperçue que j'avais oublié brosse à dent et dentifrice.

J'ai donc décidé de sortir après dîner. 

Ma voisine de chambre n'a pas hésité pour me suivre. Ainsi qu'un couple de portugais.

Le drugstore n'était pas loin de l'hôtel.

Mais j'avais envie de voir la mer.

Et nous avons vu la mer.

Le prêtre, qui nous accompagnait, nous attendait à l'entrée de l'hôtel.

Et il m'a pris à part pour m'expliquer.

On ne quitte le groupe sous aucun prétexte. Car ce serait lui le responsable.

J'ai fait profil bas à Nazareth.

Même si j'ai réussi à me procurer un certificat prouvant que j'y étais bien passée.

Et nous avons intégré le kibboutz d'Ein Gev.

Cueillir des oranges dans un kibboutz, j'en rêvais depuis que j'avais 18 ans.

Je ne me tenais plus de joie.

Nous étions juste au bord du Lac de Tibériade.

Et j'avais l'impression de marcher dans mon livre de catéchisme.

Les couleurs, les odeurs, la lumière.... Surtout la lumière....

Et les petits bateaux comme celui de Saint Pierre.

Nous avons visité Capharnaüm. La synagogue. La maison de Pierre.

Après ce fut la grande émotion du Jourdain.

Je voulais y être immergée totalement comme les Evangélistes qui avaient loué des tuniques blanches.

Mais, là encore, notre prêtre accompagnateur a freiné mes ardeurs.

Et puis... Et puis ce fut Jérusalem.

Nous sommes arrivés juste pour le coucher du soleil.

Les mots m'échappent pour vous décrire...

J'étais complètement tétanisée de joie et de bonheur.

Nous logions à Béthanie. Chez les Filles de la Charité de Chiah.

Pas loin du Mont des Oliviers, quoi.

C'est dire la vue que nous avions de la ville....

Je me levais avant tous les autres.

A cinq heures du matin.

Pour écouter les bruits de la ville qui se réveillait.

Le muezzin. Les cloches des églises.

Je m'agenouillais. Et, parfois, je pleurais.

Cette ville me possédait.

Toute entière.

Tous mes sens étaient mobilisés.

Et puis nous partîmes pour Qumrân....

Et Qumrân, on peut dire que j'en rêvais depuis des années.

Fascinée par la vie des Esséniens.

J'ai volé un petit caillou de leur Scriptorium.... 

Pour qu'il m'aide dans mon écriture.

Ce qui a fait dire, en rigolant, à un médecin de mon groupe : "Si tout le monde fait comme toi, Qumrân ne va plus se visiter longtemps..."

Ils m'ont demandé de lire un texte pendant la messe à la chapelle Sainte-Hélène du Saint-Sépulcre.

L'eau coulait dans mon dos de terreur.

Mais là, j'étais vraiment à Jérusalem.

Nous avons parcouru la Via Dolorosa.

Ou plutôt j'ai failli ne pas la parcourir.

Car, éloignée du groupe, j'ai traversé trop vite la petite ruelle...

J'ai glissé sur les pavés disjoints et je me suis retrouvée par terre.

"Tu as décidé de tomber avant Jésus" a glissé notre accompagnateur.

J'avais le genou couronné.

Mais j'étais à Jérusalem.

Il y a tout eu.

Le Kotel Kam (Mur des Lamentations) où j'ai glissé mon petit papier.

J'avais pris en charge le groupe des femmes car il était nécessaire d'avoir une accompagnatrice parlant anglais.

Le Jardin des Oliviers.

Où j'ai tellement pleuré que deux hommes sont charitablement venus à mon aide.

Et puis ces odeurs d'encens, ces rideux rouges, ces rites orthodoxes....

J'étais énivrée sans boire.

Nous avons pu visiter le puits de La Samaritaine (en Palestine), Samarie et ses ruines...

Chaque moment était unique.

Et je le vivais comme tel.

La vieille ville et ses souks m'ont envoutée.

Je ne vivais pas je vibrais.

J'aimais tout.

La nourriture. Les chants. Les gens. Les couleurs.

Et puis le 2 janvier est arrivé...

Trop vite.

A l'aéroport, le prêtre a été pris à part et a désigné dans notre groupe deux femmes parlant anglais, un professeur... et moi, bien sûr.

Après m'avoir glissé de la boucler ferme sur mes escapades.

C'était justement pour savoir si nous avions quitté à un moment quelconque le groupe.

La seule valise qui a sonné au moment du contrôle, ce fut la mienne.

J'ai pensé au trop plein de livres que j'avais achetés.

Mais non pas du tout.

J'avais des Reebok neuves. 

Et je n'avais pas pu les porter car elles me serraient trop.

Le fait qu'elles soient neuves les avait intrigués.

Alors, ils m'ont chopée.

Ou plutôt elle m'a chopée.

Et assaillie de questions.

Je n'en pouvais plus.

Surtout que je venais déjà de passer à la moulinette pour le groupe.

Alors, je l'ai regardée. Posément. Sans m'énerver.

Et je lui ai juste demandé : "Vous avez une maman ?"

Elle a été déstabilisée....

"Oui, parce que moi, j'en avais une, elle vient de mourir, et je suis venue ici pour elle."

Vous me croirez ou pas...

Mais elle m'a relâchée dans l'instant.

Arrivés à l'aéroport d'Orly, les gens du groupe sont venus m'embrasser.

Et me remercier pour la joie que je leur avais apportée.

Là, pour le coup, j'ai vraiment pleuré !

Si je t'oublie, Jérusalem....

 

Liliane Langellier

Jérusalem....

Jérusalem....

"Si je t'oublie, Jérusalem,

que ma droite se déssèche !

Que ma langue s'attache à mon palais

si je perds ton souvenir,

si je ne mets Jérusalem

au plus haut de ma joie !"

Psaume 137

Publié dans L'espiègle Lili

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