Un 8 mai avec Solange...

Publié le par Liliane Langellier

Si, si...

C'était prévu....

C'était même pensé, écrit, organisé....

Mais...

C'est quand même l'imprévu du destin des êtres qui nous a tous frappés.

Retour sur une commémoration.

Il y a d'abord eu les deux élèves de l'école de théâtre.

Portées par la grâce....

Qui ont raconté l'histoire.

Oui, l'histoire de Solange. 

Sous forme de dialogues.

Entre Zoé et Jessica :

 
zoé :
           La petite fille, c’est moi. J’ai échappé à la rafle du 6 juillet 1942 à Paris.

           Ici, à Chandres, je ne porte plus l’étoile jaune.

           Je ne suis pas la « Youpine » mais je suis la rouquine
 
Jessica : 
Qui a plein de taches de son sur la figure, des oreilles plus grandes que la normale.
 

zoé :

J’en ai fait des expériences.

 

Jessica : 

 

Conduire les vaches au pré, enlever très vite les petits cochons qui viennent de naître

 

  Zoé :

      Car la truie risque de les manger.

 

Jessica : 

         Amorcer la pompe à la main

 

zoé :

 Car il n’y a pas le courant électrique

 

 Jessica : 

         Traverser la cour avec une brouette chargée de deux seaux d’eau.

 

zoé :

Pas facile !

 

Jessica : 

A manger aux lapins sans qu’ils se sauvent. Le plus malin, c’est le lapin.

 

zoé :

         Aller chercher le cidre à la cave, tout au fond de la cour

en traversant le tas de fumier sur une planche avec ce maudit porte-bouteilles si lourd …

 

 Jessica : 

        Et tout de même des soldats allemands qui venaient sans cesse :

chercher des œufs, du lait, des  volailles.

 

zoé :

 Ils payaient, bien polis.

 

   Jessica : 

     La fermière mettait l’argent dans une boîte à épices, sur la cheminée,

et nous sentions la peur.

 

 

zoé :

        J’allais à l’école

 

Jessica : 

La Kommandantur était sur la place ?

 

 zoé :

A côté de l’école.

 

Jessica : 

        Les Allemands s’étaient aménagés une baignade sur l’Eure ?

 

zoé :

 Juste derrière l’école

 

zoé :

        Le soir, on allait dans les champs, au-dessus du village, ramasser les tracts

 

Jessica : 

 lancés  par les avions anglais ? 

 

zoé :

On les donnait autour de nous. On attendait....

 

Jessica : 

 la Libération.

 

zoé

        On chantait !

 

Jessica : 

 

Sur les airs de l’époque des chansons avec des paroles de colère contre les Fridolins.

 

Zoé :

Dans cette ferme, quand tout était bien clos, on écoutait Radio Londres.

 

Jessica : 

 

        Il fallait en inventer des trucs pour essayer de diminuer le brouillage !

 

 Zoé :

Chacun avait une recette.

 

 Jessica : 

 

        Parmi les ouvriers agricoles, il y avait des Résistants. Il y a en a eu qui ont été fusillés avec

« les 32 d’Eure-et- Loir ».                                                                                                                                              

 

 Zoé :

 

        Et moi, dans tout cela, je savais qu’un autre temps viendrait.  

Je crois que j’ai acquis  pour toute la vie une notion d’espoir,

une forme de résistance au malheur.

 

 

 Jessica : 

 

        Mais il y a eu le 6 juin 44. Le débarquement. 

 

 Zoé :

J’ai été reçue au certificat d’études, avec dispense.

 

Jessica : 

 La vie était à venir. Les Américains sont arrivés à Chandres le 15 août 44.

 

Zoé :

 

        Mais avant, nous avions eu des bombardements terribles.

 

        J’ai vu les boules se détacher des avions.

 

Jessica : 

 

        C’était.... peur et..... joie.

 

 

 

 Zoé :

         Quand je suis revenue à l’école, 75 Boulevard de Belleville à Paris,

90 enfants de mon école manquaient.

 

Elles ferment le livre de photos

 

Jessica : 

 Morts à Auschwitz.

 

 

 

 

 

Et puis...

Et puis Solange est venue au micro...

Emue, dans son petit tailleur écossais :

 

 

"Merci de m'avoir invitée
 
si je suis ici, je le dois à la famille Jouvelin
 
Je suis arrivée le 18 juillet 1942. Toute seule ayant échappée à al grande rafle du Vel d'hiv.
190 enfants de mon école furent déportés, morts à Auschwitz.
C'était la guerre .La France était vaincue. Les bourreaux étaient partout
 
Mais c'était sans compter sur l'esprit de la résistance de liberté, monsieur Jouvelin savait ce qu'était la guerre.
Madame jouvelin veillait sur nous tous.
 
Chaque geste de résistance pouvait être dangereux.
Me garder dans la ferme comme la 7ème enfant de la famille.
J'ai beaucoup appris des richesse de la vie.
J'ai vue comme tout le monde travaillait dur aux champs et avec les animaux.
grâce à madame Polvé l'institutrice j'ai pu avoir une scolarité normale 
et je en sais pas qui à la mairie me délivrait des tickets d'alimentation
 
Chaque petit geste était un acte de résistance.
Il fallait du courage pour désobéir à l'ennemi.
A travers cette hommage c'est la vie que je représente une grand mère de 84 ans.
Ma grand mère à moi fut déportée à 83 ans, morte à Auschwitz.
Me voilà revenue à Chandres pour ne jamais oublier le ruisseau, l'odeur du seringa,
même si l'on ne bat plus le blé dans la cour de la ferme. tout est présent pour moi
et je crois en la sagesse du peuple de France avec Aragon le poète.
 
Je vous salue ma France aux yeux de tourterelles.
Jamais trop mon tourment, mon amour jamais trop
Ma France, mon ancienne et nouvelle querelle
Sol semé de héros, ciel pleins de passereaux."
 
 
 
Et puis....
Et puis, après le verre de l'amitié n'a jamais si bien porté son nom.
 
Et puis...
Et puis, on est tous parti : Solange, sa famille, ses amis,
Patrick et Odile Jouvelin, leur famille, leurs amis...
 
On s'est retrouvé à la salle des fêtes de Lormaye.
Pour boire, manger, rire et célébrer...
 
Certains se sont souvenus...
Que juste là, à cet endroit même, c'était la petite école de Lormaye.
Celle que des bombes ont détruites ce bel été 1944.
Celle que Solange avait fréquentée.
 
Ainsi, la boucle était bouclée.
Le cercle était fermé.
Et la journée délicieusement terminée.
 
 
Liliane Langellier

 

Solange, émue, répond....

Solange, émue, répond....

Lormaye. La petite école.

Lormaye. La petite école.

Publié dans L'espiègle Lili

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Thibault 10/05/2015 19:37

Merci de garder trace de cette sympathique et émouvante journée !!

Maï 10/05/2015 00:30

Beau texte très émouvant. Je pense à mes grands-parents et autres ascendants disparus à Auschwitz et puis à tous ceux de ma famille qui ont eu la chance de Solange. Merci.