Temps glaciaires de Fred Vargas

Publié le par Liliane Langellier

Si Marie-France n’avait pas été charitable…. Si, tendant ses petits bras, elle n’avait pas évité qu’une malheureuse vieille dame ne se fracasse la tête sur le rebord du trottoir en se prenant les pieds dans son déambulateur… Si elle n’avait pas ramassé le contenu de son sac étalé en vrac sur la chaussée, tandis que la pharmacienne appelait le SAMU… Et en ramassant le sac empoché machinalement une lettre que Marie-France, une fois toute tourmente passée, a la conscience de porter jusqu’à la boîte aux lettres… Et bien… le commissaire Adamsberg n’aurait pas été mêlé à cette enquête.

Ce qui aurait été bien dommage. Pour lui. Mais surtout pour nous.

Le dernier Fred Vargas « Temps glaciaires » se consomme comme un premier gâteau de printemps. Pas question de le coller au frigo. Une fois commencé, pas question de s’arrêter.

Les évènements s’enchaînent tellement vite qu’autant accrocher à votre bouton de porte le petit panneau « Ne pas déranger ».

Marie-France, hors le fait de réfléchir comme son père lui a dit «Tourne 7 fois ta pensée dans ta tête avant d’agir », Marie-France lit la rubrique nécrologique. Pas par passion. Mais pour voir si sa vieille cousine argentée (très) est passée (ou pas) ad patres. Et voilà qu’elle y retrouve Alice Clarisse Henriette Gauthier, née Vermond, la vieille dame au déambulateur…

Et voilà qu’elle recommence à se cailler les sangs et à prier son papa de lui dire ce qu’elle doit faire. Ce décès – un peu rapide quand même – a-t-il un rapport avec la lettre qu’elle a postée ? Et si oui, mais à qui en parler ? Heureuse Marie-France qui passe tous les jours devant la brigade criminelle. Qui ose entrer. Et se trouve nez à nez avec le commandant Danglard, qui, même totalement immergé dans le pinard, a toujours une politesse surannée qui plaît aux dames. Ce qui n’est pas la qualité première du commissaire Adamsberg. Mais il en a tellement d’autres… Avec sa veste de toile noire, son tee-shirt noir, ses cigarettes en vrac dans sa poche, et ce regard…

Heureuse Marie-France qui a bien retenu l’adresse indiquée sur la lettre. Qu’elle a glissée dans la boîte.

Parce qu’entretemps, Alice Gauthier a trouvé la désagréable idée de ne pas mourir de sa belle mort, mais de se flinguer dans sa baignoire en s’ouvrant les veines. Mieux encore, en laissant dessiné au crayon à maquillage un signe abscons et indéchiffrable près de la dite baignoire.

Et que pour les signes abscons et indéchiffrables, seul le commandant Danglard a une réputation internationale !

« Danglard tira un carnet courbé de sa poche arrière et recopia le dessin : un H majuscule, mais dont la barre centrale était oblique. A quoi s’ajoutait, emmêlé dans cette barre, un trait concave. »

Alice était professeur de mathématiques, certes, mais pas spécialement passionnée par les hiéroglyphes. Pourtant quand on va retrouver le même et pareil auprès d’un autre suicidé par balle, Henri Masfauré, au « Haras de la Madeleine », toute la brigade va commencer à sonner la mobilisation générale de ses cellules grises.

Et à se pencher sur cette curieuse « guillotine »…

Que des suicidés laisseraient comme dernier témoignage de vie.

Surtout que le dernier suicidé est justement le père du destinataire de la lettre d’Alice Gauthier. Vous suivez, là ?

Pas question d’en dire plus.

Si, parler des pommes paillasson de l’Auberge du Creux, près du Haras, qui sont uniques au monde.

Dire qu’il y a des fadas qui vont jusqu'au bout du bout de l’Islande, non seulement pour marcher sur le cercle polaire, mais pour pousser aussi le vice à ramper jusqu’à une île déserte où s’allonger sur une roche chaudasse permettrait de gagner l’éternité.

Dire qu’il y a d’autres fadas qui se réunissent régulièrement à Paris, à « L’Association d’étude des écrits de Maximilien Robespierre » pour, en costumes d’époque, se régaler des discours d’un faux Robespierre.

Et puis dire encore…

Que vous retrouverez toute l’équipe. Qu’il ne manquera personne. Surtout pas Violette Retancourt, son mètre quatre-vingt quatre et sa masse musclée de cent dix kilos. Ni le lieutenant Veyrenc, avec ses quatorze mèches rousses dans sa chevelure très brune.

Que Danglard sera toujours – imbattable sur tous les sujets - la mémoire vivante de l’équipe.

Que le trop séduisant commissaire Adamsberg va bien en baver. Jusqu’à en dire :

"c'est une grosse pelote d'algues enchevêtrées. Et sèches. Il n'y a pas de route dans ces trucs-là. Et c'est lui qui l'a fabriquée. Et quand on croit que l'on y trouve un sens, il réembrouille la pelote autrement. (...) Une boule d'algues est faite de milliers de morceaux enchevêtrés qui proviennent eux-mêmes de dizaine d'algues différentes."

Dire surtout...

Que ne pas commencer le printemps en lisant ce divin polar serait une grave faute de goût.

Liliane Langellier

Temps glaciaires de Fred Vargas

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