Ciao Loïc !

Publié le par Liliane Langellier

Ce matin...

Ce matin, j'ai ouvert mes volets sur l'absence...

L'absence de mon voisin d'en-face...

Ces derniers matins, je les avais ouverts pensant à sa souffrance... Dans le grand hôpital...

Il n'était déjà plus vraiment là.

C'est que Loïc, je le croisais tous les jours.

Un petit mot rigolo quand je passais devant sa porte-fenêtre.

Alors, je m'obligeais au détour ces derniers jours pour ne pas craquer.

Sa voiture.

Echouée. Juste à côté de la mienne.

Ses "Bonsoir" et ses "Bonjour" qui ne résonnaient plus dans notre petite résidence.

Ce matin, j'ai ouvert mes volets sur l'absence...

La dernière fois que j'ai diné près de lui, c'était le 24 décembre.

Au repas du "Secours Catholique".

Deux mots qu'il mettait en pratique tous les jours de sa vie.

Il toussait. Et je l'avais grondé.

Comme on gronde un grand-frère.

"C'est bien beau de penser aux autres... Mais si tu pensais un peu à toi..."

Et puis...

Et puis, après, tout est allé très vite...

J'ai compris quand il a renoncé à certaines de ses activités.

Je l'ai appelé dès que j'ai su qu'il était hospitalisé.

Et, lui, qui ne se plaignait jamais, lui, il m'a dit qu'il souffrait.

Et ça...

Oui, ça j'ai pas pu...

Pas lui, Seigneur ! Cela ne peut pas être Votre volonté....

On lui a écrit. Tous ensemble. De notre petite résidence.

On voulait lui dire qu'on l'aimait. 

Qu'il nous manquait.

Qu'on attendait son retour. Comme on attend les beaux jours.

On se réconfortait les uns les autres.

On se mentait un peu aussi.

Et puis hier...

Cet appel téléphonique. 

Pour me dire qu'il était parti.

J'ai dû rappeler pour être bien sûre d'avoir bien entendu.

Bien compris.

Enfin, dans toute cette révolte, il y a eu une joie... Et pas une petite...

Vendredi, ils ont pu l'emmener à la Maison de Retraite. Il a pu voir tous ces gens qu'il visitait chaque jour. Ils étaient tous heureux.

Surtout lui...

Lui, qui se disait qu'il pourrait peut-être finir ses jours au milieu d'eux.

Car il l'avait dit, Loïc : "Il faut bien mourir un jour..."

Pas un d'entre nous. Pas un d'entre nous ici à qui il n'ait rendu un service ou un autre.

Dans notre époque du chacun pour soi et Dieu pour personne, Loïc était un être rare.

Un être précieux.

Ils ont bien de la chance, les anges, car il va prendre bien soin d'eux.

Et tel que le je connais, je sais déjà que de Là-Haut, il va s'agiter pour prendre encore soin de nous.

Ciao Loïc !

J'ai refermé mes volets pour la journée.

 

Liliane Langellier

 

 

 

Ciao Loïc !

Publié dans L'espiègle Lili

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Maï 24/03/2015 09:45

Votre texte m'a beaucoup émue. Courage pour supporter ce deuil.
Amicalement
Maï