"Oui, mais, toi, c'est pas pareil..."

Publié le par la.piste.de.lormaye.over-blog.com

"Oui, mais, toi, c'est pas pareil !"

Celle-là, il fallait que je me la ramasse aujourd'hui.

Juste avant de chanter l'Office du Jour des Morts.

Celle qui m'a décoché cette phrase nulle et non avenue ne connaît rien de ma vie.

Nous parlions de nos parents vieillissants.

Et je disais qu'il est dans l'ordre des choses de la vie que les enfants, arrivés à un certain âge, s'occupent de leurs parents.

Pour être plus précise, je citais ma Jeannette. Que j'ai eu à charge de décembre 1994 à mai 1999.

Je n'avais pas parlé de l'auteur de mes jours.

Et des soucis juste avant.

Que j'avais assumés seule. Puisque déjà veuve.

Sans enfants. Et enfant unique.

On ne peut pas se disperser. Surtout dans le langage.

"Oui, mais, toi, c'est pas pareil !"

Pourquoi ?

Parce que j'ai toujours le sourire dehors même quand je viens de pleurer dedans.

Parce que je me maquille l'âme, le coeur et le visage.

Que je me coiffe. Que je suis coquette.

Alors, il faut se laisser aller en pleureuse grecque, en guenilles, et pas coiffée pour être prise en considération ?

"Oui, mais, toi, c'est pas pareil !"

Non. C'est sûr, moi, ça a été bien pire.

Jeannette n'avait qu'une toute petite retraite. Parce qu'elle n'avait pas écouté mon Langellier. Et pas réajusté à la hausse son salaire de gérante de boutique de fleurs. Et donc pas cotisé suffisamment.

"Oui, mais, toi, c'est pas pareil !"

Je me demande encore aujourd'hui comment on a pu tenir toutes les deux. Dans le vaisseau de "La Louise".

Qui coûtait une fortune.

En impôts. En chauffage, en entretien, etc...

Mais je voulais que Jeannette reste dans sa maison.

"Oui, mais, toi, c'est pas pareil !"

Et elle ajoute, vacharde : "Toi, tu ne travaillais pas..."

Mais qu'est-ce qu'elle en sait cette langue de vipère.

Non seulement, je bossais à temps plein pour assurer l'accueil d'une PME locale. Pas trop loin. Pour pouvoir intervenir si ma Jeannette avait un malaise ou devait être hospitalisée.

Non seulement, j'avais un patron qui me décochait, délicieux et aimable, quand je prenais une heure de temps, rattrapable et rattrapée dans la semaine : "Quand est-ce qu'elle va se décider à crever, votre mère ?"

Mais en plus j'avais gardé mes piges à La République du Centre.

Je continuais mes investigations sur l'affaire Seznec.

J'étais conseillère municipale. Chargée de la culture. Et de la communication.

J'enseignais le catéchisme, à la maison, chaque samedi après-midi.

Et j'arrivais à avoir une vie de femme. Oui, de vraie femme !

"Oui, mais, toi, c'est pas pareil !"

Comme je suis plutôt dans l'action que dans les gémissements, j'avais décidé de prendre en pension à la maison, Arnaud, un futur compagnon forgeron.

Nous avions une chambre de libre au grenier.

Et cela nous mettait un peu de margarine dans le potage.

J'étais devenue ainsi "mère de compagnon". Selon le terme consacré.

Arnaud m'a apporté autant que je lui ai apporté.

Mais c'était costaud les horaires.

5 heures du mat" debout. Pour vérifier qu'Arnaud n'oublie pas de prendre un bon petit déjeuner.

Et pour préparer le déjeuner de ma Jeannette.

Que son aide familiale n'aurait plus qu'à réchauffer.

Le menu était scotché chaque matin sur le frigidaire.

"Oui, mais, toi, c'est pas pareil !"

C'est vrai que chez nous, on m'interdisait les démonstrations affectives en public.

Pas de cris. Pas de larmes. Pas de plaintes.

Devant les autres.

C'était se mépriser soi-même et gêner autrui.

"Oui, mais, toi, c'est pas pareil !"

J'ai toujours été débrouillarde. Alors, comme je bossais parfois jusqu'à pas d'heure, il y avait 7 personnes qui passaient auprès de ma Jeannette dans la journée (infirmière et kiné comprises).

Je gérais les factures, les médicaments, les courses au Super Marché, les sonneries d'alarme du médaillon.

Bref, je gérais.

"Oui, mais, toi, c"est pas pareil !"

Bien sûr que c'est humiliant d'être jugée ainsi.

Mais, elle a raison.

"Moi, c'est pas pareil !"

Je suis restée 7 ans sans prendre de vacances.

J'ai tenu la barre du vaisseau dans la tempête.

Et les nombreuses tempêtes ne nous ont pas ratées.

Je suis allée jusqu'au bout.

Jusqu'à la dernière parole du dernier cantique de Sainte Thérèse chantée le jour de ses funérailles.

Tout, comme elle aurait voulu.

Mais, elle n'a pas tort, la punaise qui parle sans savoir.

"Moi, c'est pas pareil !"

Pour une raison toute simple.

Et la seule qui compte.

Ma Jeannette et moi, nous nous aimions.

Liliane Langellier

"Oui, mais, toi, c'est pas pareil..."

Publié dans L'espiègle Lili

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A. 02/11/2014 14:08

Mais toi ce ne sera jamais pareil...Tu es trop bien...Pour eux.