La crise de "Malou"....

Publié le par Liliane Langellier

Je suis en crise, docteur...

Oui...

En crise de "Malou" !

Vous voulez que je vous décrive les symptômes ?

C'est tout simple.

J'ai mal partout.

Je suis recroquevillée en position foetale.

J'ai l'impression de rétrécir.

Comme une peau de chagrin.

J'ai les larmes au bord des cils. Et certaines arrivent même à m'échapper.

Je pense aux papillons épinglés dans leurs petites vitrines.

Je suis un peu épinglée, moi aussi.

Je ne peux rien faire.

Je n'arrive à rien.

Rien lire.

Rien dire.

Je suis juste en crise de "Malou" !

Non. Ce n'est pas la thyroïde...

Non. Je ne suis pas spasmophile...

Non. Ce n'est pas de la déprime...

Je suis juste en crise de "Malou" !

Si je me souviens de la première fois ?

Oui.

C'était un sale mois de mars froid et pluvieux.

Je suis restée une semaine dans ma chambre à "La Louise".

Mais "La Louise", c'était un hôpital à elle toute seule.

Pourquoi je n'y suis pas ?

Mais, souvenez-vous, docteur, j'ai dû la vendre.

Je l'ai trahie.

On dit bien "vendre" n'est-ce pas quand on trahit ses amis.

Je l'ai vendue à des clowns sans sentiments.

Qui n'ont pas même voulu connaître son histoire.

Alors, depuis, mes crises de "Malou", je les fais où je peux.

Et comme il n'y a plus les odeurs de toutes ces jolies âmes qui hantaient "La Louise"...

"Où je peux" c'est juste nulle part.

Parce qu'il faut bien vous dire, docteur, que, sans elle, les crises sont beaucoup plus longues à passer.

Non. Je ne fais pas semblant.

Parce que, ça, hélas, je ne sais pas.

Non. Je n'ai pas envie d'apprendre à faire semblant.

Il y a suffisamment de gens qui s'en chargent.

Comment ça se déclenche ?

C'est tout simple, docteur, il suffit d'appuyer là où ça me fait mal.

Non. Je ne connais pas le lieu exact.

Quelque part... Dans mon coeur, dans mon âme, dans ma mémoire, dans mon inconscient...

Après tout, c'est vous le docteur, hein ?

Et c'est moi qui l'ai la crise de "Malou".

Vous voulez que je vous appuie où pour vous montrer un lieu ?

Elle est partout.

Elle s'insinue.

Elle s'installe.

Elle se répand.

Elle me tétanise.

Et je me rends.

Et je deviens la môme Néant.

Est-ce que j'appelle quelqu'un pour lui parler ?

Surtout pas.

Personne ne peut adoucir ce genre de crise.

Je n'ai pas trouvé la bonne personne ?

Mais, dites-moi, docteur, à qui oseriez-vous imposer cela ?

Je me la fais toute seule. Roulée en boule.

Ma crise de "Malou".

Si je connais les facteurs déclenchants ?

Oui. Je les connais.

Est-ce que je peux mettre des mots dessus ?

Voyons, docteur, si je pouvais mettre des mots dessus je n'aurais déjà plus de maux.

Comment j'espère m'en sortir ?

Comme d'habitude.

Quand la crise sera allée voir ailleurs si elle y est.

Enfin, cette fois, quand même, j'ai pris une grande décision.

J'ai aligné mes maux sur une page blanche.

Et puis...

Et puis, parce qu'il me faut bien soigner l'enfant qui souffre en moi.

Et que Richard Berry a écrit, pour sa Fondation :

"Il ne faut pas laisser l'enfant s'isoler dans la douleur"....

Je viens de m'acheter un Malou.

Oui, docteur, un vrai. Un tout bleu. Comme sur l'image.

Je peux toujours essayer.

Je participerai ainsi au grand Malou universel.

Sans ruiner notre système social.

Et à défaut d'appuyer là où j'ai mal....

Je pourrai toujours le serrer contre moi.

Et je suis certaine, que tout ourson qu'il est, lui, il le saura.

Là où j'ai mal.

Et qui m'a fait mal.

Liliane Langellier

La crise de "Malou"....

Publié dans L'espiègle Lili

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