Saint Joseph du Parchamp. Hommage.

Publié le par Liliane Langellier

Saint Joseph du Parchamp. Hommage.

Il y a des lieux comme ça. Des lieux bénis à jamais. Des lieux où l'on retourne en rêve quand la vie tangue un peu trop. Quand les jours se font durs. Quand les larmes font place au rires. Des lieux d'enfance. De votre enfance. Qui fut unique. Parce que c'était la vôtre !

A la porte, le sourire de Soeur Marthe vous accueillait. Elle était petite. Et ronde. Toute en douceur et en amabilités. Elle portait le prénom de ma grand-mère. C'est elle qui m'a fait visiter les endroit cachés aux pensionnaires. C'est grâce à elle que j'ai découvert les malles des religieuses avec leurs derniers habits civils dans l'immense grenier. C'est son sourire auquel je m'accrochais quand je rentrais avec ma valise le lundi matin.

Côté études, la directrice des études, était notre terreur. La mienne en particulier. Car je n'étais pas la dernière pour inventer des bêtises. Mais j'avais cette maladresse inexplicable qui me faisait toujours piquer. On la disait fille d'un grand fabricant d'ascenseurs. Soeur Thérèse avait un pied-bot. Nous l'entendions arriver de loin dans les couloirs. Et là, c'était une envolée de moineaux. Je devais l'affronter rudement en classe de Première. Elle était notre professeur principale. Car latiniste émérite. Je bossais comme une dingue. J'aimais le latin. Mais à chaque interrogation orale, pour les autres, et pour moi, les notes variaient entre 0 et 2. Inutile de préciser les hurlements paternels à la maison. Et pourtant j'avais bossé. Donc ce qui devait arriver arriva. Un jour où elle me demandait de me lever pour m'interroger, j'obtempérai, mais je lui décochai : "Ma soeur, collez-moi un zéro de suite, puisque, de toutes les façons, que je réponde ou non, ce sera votre note, mais pas la mienne !" Le stylo lui en tomba de la main. Et plus jamais elle ne nous soumit à cette mesure sadique.

Je l'affrontais deux autres fois. En classe de Philosophie, je déclenchai une grève des élèves pensionnaires. Car nous ne pouvions plus, avec notre lourd programme, avoir messe chaque matin. Une fois par semaine. Et le mercredi, si possible, suffirait amplement. Faire grève pour ne pas avoir de messe quotidienne, comme cela paraît donc désuet aujourd'hui ! Mais, bon c'était le cas ! Les élèves des autres Terminales nous ont aidées. On a occupé les classes. Et on a obtenu, après une dizaine de jours de galère, l'objet de nos revendications.

La même année, j'étais allée pour la première fois aux sports d'hiver. Et, avec mon teint de petite bougnate, j'étais revenue bronzée. Soeur Thérèse décréta devant toute la classe que je me maquillais. Et me traîna derechef aux toilettes pour me frotter le visage au savon. Je la laissai faire sans me débattre. Car, moi, je savais. Et quand elle eut terminé sa crise, je la toisai sans pitié en lui disant : "Dois-je en faire part à mes parents ?" Cela scella définitivement notre pacte de paix.

Soeur Marie-Marcelle était la soeur infirmière. Je détestais les visites médicales du docteur Bignon. Auxquelles elle assistait. Mon oncle était médecin. Et cela me suffisait amplement. Mais la règle était la règle. Et je me soumettais de bien mauvaise grâce. Car je n'aimais pas le regard de cet homme sur mes formes naissantes.

Mon goût du sucré, je le dois à cette chère soeur Edwige. Notre économe. Nos desserts partaient souvent pour les petits Chinois. Et Soeur Edwige engraissait à vue d'oeil. Pour nous venger, un jour que l'on nous avait collé des petites cuillers en plastique, nous nous sommes toutes levées et nous les avons cassées en choeur !!!

Le pire de mes méfaits, et j'en rougis encore, fut une partie de cache-cache organisée à la récréation du soir. Comme je ne manquais pas d'idées, je filais dans la chapelle me cacher dans la chaire du prêtre. Les autres filles ne me trouvèrent pas. Et je m'y endormis tout simplement. Les religieuses avaient un office très privé le soir. Une messe à laquelle nous n'avions jamais pu assister. Lorsque le brave curé ouvrit la porte de la chaire, je déboulais jambes par-dessus tête au milieu d'une assistance ahurie. Un mois de colles ne calma pas les fureurs parentales...

Quand nous avions un professeur homme, une religieuse restait toujours en fond de classe. En Seconde, j'étais archi nulle en mathématiques. Et c'est peu de le dire. Mais le petit monsieur m'avait prise en grippe. Et il me virait régulièrement de ses cours en déclamant "Deleporte, prenez la porte". Les portes de nos classes étaient en bois et vitrées à moitie de hauteur. Un jour de fureur, je sortis la porte de ses gonds et la lui rapportait contre son bureau. Vous pouvez deviner la suite...

Chaque matin, je me devais d'être la première à la chapelle, car j'étais première soprano. La première alto se nommait Danièle Cambon. Je chantais uniquement à l'oreille. je n'ai jamais pu apprendre mes notes. Même adulte. Trop abstrait, sans doute ? Mon "Feyder" de petite fille porte encore les traces du crayon indiquant où je devait monter ou descendre. J'aimais tant chanter. Cela n'a pas changé. Plus tard, plus grande, je fus dispensée de cette corvée et rejoignais les autres élèves dans les bancs de la petite chapelle. Anne, Anne-Catherine et moi étions un trio inséparable. Que les religieuses s'ingéniaient à séparer car nous bavardions pendant les offices. Nous détournâmes la punition en apprenant le langage des signes. Ce qui nous valut, à toutes trois, encore de sacrés ennuis.

Pour les cours de gymnastique, nous portions des tuniques grecques. Et Soeur Marie-Marcelle, à la rentrée, nous faisait agenouiller pour voir si nous n'avions pas trop raccourci nos tenues roses et blanches au-dessus du genoux. Le pensionnat comptait un gymnase, un terrain de sport et un parc. Le parc était superbe. Il me paraissait très grand. Et j'aimais aller y rêvasser pendant nos récréations.

Il y eut aussi l'épisode Soeur Marie Tarcissius. Trop jeune. Trop belle et trop rougissante sous son voile. Professeur principale de ma classe de sixième. Fernand s'occupa beaucoup de mes études cette année-là. Il en était tombé fou amoureux. Mais il tomba tout seul. Pour une fois !

J'ai gardé la meilleure pour la fin. Soeur Jeanne de Chantal. Mère supérieure. Elle mourut d'un cancer quand j'atteignais mes 16 ans. Elle m'aimait beaucoup. Avait-elle deviné que ce n'était pas toujours rose à la maison, je ne sais... Elle me fit demander sur son lit de souffrances. Et ça, je m'en souviens encore. A ses obsèques, tout le pensionnat a défilé en tenue d'apparat de la rue du Parchamp à l'église Sainte Jeanne de Chantal, porte de Saint-Cloud. Il y avait du monde sur le parcours....

Une telle éducation peut vous paraître cruelle. Mais mes parents ne pouvaient pas assumer. D'abord à cause de leur métier, ensuite à cause de leur couple, et enfin parce que tous deux avaient bossé à 9 et 11 ans. C'était donc la meilleure solution.

Je suis retournée les voir, juste avant d'entrer en Faculté. Et là, ce que mère Thérèse a dit devant maman m'est encore gravé au coeur. Et je descends vite le chercher quand mon assurance vient à vaciller.

Liliane Langellier

Publié dans L'espiègle Lili

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Commenter cet article

florinette 01/07/2016 17:08

Ancienne élève de Saint Joseph je suis très émue par votre témoignage que de souvenirs remontent je ne suis restée que trois ans de 1959 à 1963 mais je suis marquée par cette enfance au sein d el institution d autant que ma mère a une certaine période difficile de sa vie m' y a mis pensionnaire malgré mon jeune âge Cet internat précoce me laisse des souvenirs indélébiles et pourtant flous en même temps Merci de raviver cette période de ma vie avec tant de précision

La Piste de Lormaye 12/10/2016 19:35

Je m'appelais alors Liliane Deleporte et mes parents étaient fleuristes Route de la Reine à Boulogne sur Seine...
J'ai eu mon bac philo en 1965. J'ai du être au Parchamp de 1957 (10 ans) à 1965.

Florinette 08/04/2016 00:40

Que de merveilleux souvenirs merci, merci, et encore merci !
une ancienne de saint jo années 61/61/ 62