Mes 20 ans en mode "Grand Meaulnes".

Publié le par Liliane Langellier

Mes 20 ans en mode "Grand Meaulnes".

Il y a 100 ans aujourd’hui, le 22 septembre 1914, le lieutenant Alain-Fournier était tué à l’ennemi.

Chaque automne - ou presque - je relis son roman.

Chaque automne - ou presque - je rêve avec lui.

Chaque automne - ou presque - je pleure aux mêmes passages du livre.

Je n’ai aimé qu’un film : celui de Jean-Gabriel Albicocco. En 1967.

Cet été-là, j’avais eu 20 ans en vacances d’août à Pornic. Cet été-là, dans le très chic hôtel où nous étions descendus, sortant du night club de la plage, je croisais au tout petit matin Fernand qui partait pour la pêche en mer.

Cet été-là, mon parrain était en vacances camping avec son équipe de foot à Noirmoutiers. Et maman avait eu la mauvaise idée de payer à sa fille, ma cousine Josiane, une semaine à l’hôtel avec nous.

Cet été-là, les Beatles sortaient leur trop fameux « Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band ». Que je me passais en boucle.

Cet été-là, j’ai connu Mandruche. Marie-Emmanuelle. Fille d’un proche de Pompidou. Qui venait rejoindre nos boums sur les plages du soir en solex. Après être sortie par sa fenêtre de chambre. Elle était un peu klepto et elle cachait soigneusement son fric dans les talons de ses mocassins Penny Loafer.

Cet été-là, nous avions choisi Pornic (et non l’Autriche) parce que ma meilleure amie de pensionnat y passait toutes ses vacances. Babeth…. Babeth et son air de ne pas y toucher… Babeth qui, lasse d’être l’aînée d’une tribu de mômes turbulents, faisait aussi le mur le soir. Et se consolait dans les bras des garçons. Babeth dont la mère, une vulgaire copie de Madame Le Quesnoy de « La vie est un long fleuve tranquille », évitait ma Jeannette sur la plage. Car, poupée de Jeanneton, le côté Ava Gardner lui refilait des boutons.

Bien sûr, avec nous, il y avait l’oncle René. A la fenêtre duquel je frappais un petit matin car la porte principale de l’hôtel était close. Non seulement il me l’ouvrit, mais il me refila 100 Francs. En ajoutant : « A 20 ans, on peut sauter au-dessus des maisons… »

Ne vous y trompez pas. Oui, je dansais beaucoup. Oui, je flirtais beaucoup. Mais les jeunes filles de ma génération ne s’allongeaient pas comme ça. Enfin, pas toutes !

J’étais encore victime d’un amour impossible. Yannick. Un Breton. Un musicien. Rencontré en Fac de Nanterre. Le portrait de Donovan. Alors, les autres…

Mon paternel, après ces vacances tourmentées, décida que désormais il me refilerait l’argent mais me prierait de ne plus polluer leur seul mois de congés !

A quoi je ressemblais ?

J’étais ronde où il fallait. Mais ma taille était très fine. J’avais les cheveux longs. Les robes courtes. La peau très mate. Mais surtout, surtout, je portais l’ironie en bandoulière. Je fus donc invitée partout. Je fus donc de toutes les boums dignes de ce nom !

La rentrée universitaire ne s’annonçait pas vraiment bien. J’étais lasse des trois heures aller/retour de transport pour gagner Nanterre. Mes études d’Histoire ne me passionnaient pas. Et, sentant arriver le pire, je m’étais inscrite à des cours de dactylo, chez Pigier, boulevard Jean Jaurès.

J’avais demandé une chambre à la Cité Universitaire. Mais le jour où Fernand m’emmena pour l’inscription, il découvrit un immense tag sur la cité des garçons : « Donneurs de spermatozoïdes agréés par Fouchet ». Réembarquement immédiat de fifille Route de la Reine.

C’est donc dans cette ambiance un peu délétère que Jeannette décida de mettre le paquet pour fêter mes 20 ans. Car, à l’époque, on fêtait les 20 ans.

La famille, d’abord. Dans une très jolie auberge en banlieue parisienne.

Les copains, ensuite. Et le bal en robe longue… Là, il me fallait fissa sortir de l’impasse.

Jeannette me tarabustait pour l’organisation d’une soirée en robes longues. Et oui, c’était la folie du temps. Toutes mes petites amies de pensionnat avaient donné la leur.

J’étais forcément rebelle.

Mais j’avais quand même accepté une robe longue un peu différente. Surtout pas blanche. Mais bleu turquoise clair. Une forme « Empire ». Le bas en doux velours. Et le haut en petits rubans tuyautés. Le tout acheté rue de Passy. Of course.

Je n’avais pas échappé aux bals des Grandes Ecoles. Parcours obligatoire de la jeune fille de bonne famille accomplie. C’est ainsi qu’un soir de mars, à la Fac de Droit d’Assas, nous vîmes, sous nos yeux éberlués, Jimmy Hendrix se rouler par terre avec sa guitare.

Restait donc à régler ce problème de soirée…

Fin septembre, « Le Grand Meaulnes », film de Jean-Gabriel Albicocco, venait de sortir…. Jeannette, Minnie et moi avions doublé toute une file d’attente d’un cinéma aux Champs Elysées. Pour ne pas le rater.

Je mis alors le deal dans les mains maternelles. Elle avait choisi le lieu : le Chalet du Lac au Bois de Boulogne…Ben oui, quand on a une seule bouture…

Je lui soufflai l’idée du thème : une soirée « Grand Meaulnes ». Habits d’époque obligatoires. Avec ce bel automne et la traversée des invités en barque pour atteindre le Chalet sur l’île, quoi de plus romantique ?

Elle finit par céder.

Et ainsi partirent les invitations.

Je n’avais pas qu’une seule bande… Il y avait celle de Paris, bien sûr. Celle des vacances à Bournemouth. Celle de la Fac de Nanterre. Celle de Dreux. Et mes trop chicos petites copines de pensionnat.

Pour être réussie, la soirée « Grand Meaulnes » fut réussie.

La médaille d’or du plus beau brun fut décernée, de loin, à Alain. Un copain de fac. Chez qui nous finîmes la party au-dessus du Magasin d’Antiquités « Le Vase étrusque » place de la Madeleine.

La palme du plus beau blond revint à celui qui devait devenir mon beau-frère. Et j’usais de tous mes talents diplomatiques pour lui demander d’inviter à danser mes copines.

Et moi, dans tout ça, me direz-vous ?

Et bien moi, licenciée en amours impossibles, j’attendais mon Breton. Et quand il est arrivé avec ses deux gardes du corps, je suis allée me cacher au sous-sol. Minnie m’en a sortie rapidement.

Mon Breton trouvait tous mes copains bourges. Ce en quoi il n’avait pas tout à fait tort. Mais…

Il y a eu aussi Papa. Qui nous a fait une entrée théâtrale. En mode solo sur scène. Ceint de son tablier de jardinier. Pour livrer des fleurs. Et qui, alors que mes copines voulaient l’embrasser, s’est exclamé : « Moi, je ne suis que le commis ! »

J’ai des photos de la soirée. J’ai mon futur mari qui danse avec Babeth. Mon futur beau-frère qui danse avec Mandruche. Minnie qui, veste lamée de chez Renoma, danse avec une future idole Rock and Roll.

Me suis-je bien amusée ? Oui. Après. Quand nous avons, au petit matin, quitté le Chalet pour prendre les voies sur berges et aller manger des œufs au plat chez Alain. Parce que, juste entre nous, pour tout vous dire, je n’aime pas « les fêtes pour moi ». Mais je sais très très bien organisé celles pour les autres.

Liliane Langellier

Publié dans L'espiègle Lili

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Commenter cet article

LaLangellière 23/09/2014 10:24

@Maya
Bonjour !
Ne regardez pas trop "les apparences"...
Jeannette Fleurs avait bossé à 9 ans. Placée chez une fleuriste. Mon père à 11 ans. Plus petit groom de chez Renault. Ils étaient honnêtes et bosseurs. On ne peut pas leur en vouloir d'avoir cherché à donner à leur unique fille "le meilleur" en tout. Sur le plan matériel.
Mais, du temps, ils n'en avaient guère pour moi.
"Vernie", oui pour les chaussures, mais pour le chemin, celui de ma vie n'a pas été semé de roses. Ne jamais confondre les verbes "avoir" et "être".
Après, pour les vies personnelles, chacun ses choix. Que les autres n'ont pas à discuter.