Le 3 septembre 1939, le commis s'en va-t-en guerre !

Publié le par Liliane Langellier

Assis au premier rang, 3ème à gauche, la clope au bec
Assis au premier rang, 3ème à gauche, la clope au bec

Aujourd'hui, c'est le 75e anniversaire de la déclaration de guerre de la France à l'Allemagne. Le dimanche 3 septembre 1939. C'est largement passé à la trappe des médias. Qui sont tous focalisés sur la parution du livre d'une ex-première dame. Réglant ses comptes avec le Président pour mieux renflouer les siens.

Mais Papa, lui, le 2 septembre, il a été mobilisé. Et hop ! On quitte le Contrôle Paragon (Imprimerie Mommens), 22, rue de Sèvres à Boulogne-Billancourt où on est conducteur rotativiste pour endosser l'uniforme (alors qu'on déteste dans l'ordre : les fonctionnaires et les militaires) et pour aller découvrir la Lorraine. Des vies entières qui basculent...

Jeannette n'avait pas encore sa boutique Route de la Reine. Mais elle proposait sur sa petite voiture à bras les plus jolies fleurs fraîches de la place Marcel Sembat.

Je me souvenais du nom de Brouennes. Car il était infirmier. Et son médecin-chef, fort bel homme, avait rendu folle toute la gent féminine de la ville. Dont une certaine "Miss Brouennes" !

C'est en faisant chuter un petit panier en osier plein de souvenirs, que la photo de Bitche m'est tombée entre les mains....

Ainsi, de septembre 39 à l'offensive de mai 40, il a hanté ce coin de Lorraine. Etait-il dans la ligne Maginot ? Je n'en sais strictement rien. Mais cela semble logique. Fillettes, écoutez bien vos pères, quand ils se racontent....

Après, ça s'est un peu compliqué, avec l'offensive allemande. Je sais qu'il s'est battu à Verdun. Sur les lieux mêmes où mon grand-père Deleporte s'était battu avant lui. Et qu'il en avait gros au coeur de tout ce passé qui remontait.

Je sais qu'il a été fait prisonnier. K.G. Krieg-Gefangener. Bouclé dans un camp à Trier (Trèves). Qu'il a refusé de travailler pour les Allemands. Et que ses journées n'ont pas été faites de lait et de miel. Qu'il a eu faim. Froid. Mal. Qu'il a vu ses potes mourir de dysenterie aux toilettes à côté de lui. Qu'il me racontait toujours que les Polonais, dans ce camp, étaient les plus mal traités. Qu'il en a quand même profité pour apprendre l'Allemand.

Et surtout, surtout qu'il s'est évadé par trois fois. Une fois dans le linge sale. Une fois en soutane. Et une dernière fois qui fut la bonne. Car, rattrapé, il avait payé très cher les deux autres.

Je sais qu'il était rentré à Boulogne quand mon grand-père est mort, les poumons bouffés par le gaz ypérite, séquelles d'une autre guerre que l'on appelait "Grande", le 10 décembre 1941.

Cela me permet de reconstituer un peu sa guerre.

J'ai une anecdote rigolote... Lors de l'offensive de mai 40, le régiment est poursuivi par les Allemands. Ils sont, en plus du bombardement, sous un violent orage. On leur ordonne de creuser un trou, de se coucher dedans et de mettre leur capote militaire par-dessus. Le régiment repart. Quelques kilomètres plus loin, on s'aperçoit de son absence. Deux de ses camarades reviennent voir s'il est mort dans son trou.... Et bien non, il dort comme un ange !

Si je vous dis que je dors en tous lieux et en toutes circonstances, vous me croirez, n'est-ce pas ?

Liliane Langellier

Publié dans L'espiègle Lili

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