"Lady sings the blues" par Philippe Labro

Publié le par Liliane Langellier

"Lady sings the blues" par Philippe Labro

Billie Holiday

1915, Baltimore, Maryland - 1959, New York

Le désespoir, les bas-fonds, la drogue, les amants, le jazz, le monde des Noirs, le phénomène du Strange Fruit, la chanson qu'elle crée en 1939 et qui l'immortalisera... Il faut dire que Billie Holiday l'a interprétée comme une déclaration de guerre à la ségrégation : "Des arbres du Sud portent un étrange fruit / Du sang sur les feuilles ruisselant jusqu'aux racines", poème rédigé par un enseignant juif du Bronx. La plupart des radios de l'époque décidèrent de la censurer. C'est une sorte d'Edith Piaf, cette "lady who sings the blues". Enfance abandonnée, aucune instruction musicale, un don pur et une maîtrise du vibrato, une présence, une osmose avec les musiciens, un amour invétéré pour la musique de son peuple.

Elle disait : "On me demande d'où vient mon style. Que répondre ? J'ai pas l'impression de chanter. J'ai la sensation de jouer un instrument. Je déteste la chanson traditionnelle. J'ai besoin de sentir. Donnez-moi une chanson que je ressens, et ce n'est plus du tout du travail."

Billie va écrire aussi "Don't explain". Ne m'explique rien, dira-t-elle, en référence à l'infidélité de son mari de l'époque, Jimmy, qui rentre à la maison avec du rouge à lèvres sur le col de sa chemise. Elle en fera un de ses plus beaux titres.

Cette chanteuse d'instinct, est, pour moi, plus impressionnante qu'Ella Fitzgerald. Elle m'intrigue autant par l'énigme de cette voix que par ses propos empreints de dérision. Elle disait : "Il est parfois pire de gagner un combat que de le perdre." Cures de désintoxication, quatre séjours en prison, des hommes à la pelle, du succès à n'en plus finir, Eleonora Fagan Cough Holiday, Billie, qui buvait du gin au petit-déjeuner, c'est un style, la lumière d'un visage et l'intensité d'une musique qui vient de loin.

Le gardénia dans les cheveux, les gants blancs, cette voix qui reste en nous, le soir autour de minuit ou encore beaucoup plus tard, quand tout est sombre et que seul, le "blues" peut exprimer l'inquiétude et la mélancolie, la langueur du passé, la mémoire des humiliations.

Philippe Labro in "Mon Amérique".

Pour en savoir plus : le site de Billie Holiday.

Don’t Explain

Hush now, don’t explain
Just say you’ll remain
I’m glad your back, don’t explain

Quiet, don’t explain
What is there to gain
Skip that lipstick
Don’t explain

You know that I love you
And that love endures
All my thoughts are of you
For I’m so completely yours

Cry to hear folks chatter
And I know you cheat
Right or wrong, don’t matter
When you’re with me, sweet

Hush now, don’t explain
You’re my joy and pain
My life’s yours love
Don’t explain

Publié dans Le rêve américain

Commenter cet article