CHAUDON. Eglise Saint-Médard.

Publié le par Liliane Langellier

C'est MON église. Mon église à moi.

Celle où j'allais à la messe pendant mes vacances de juillet. Et où l'abbé Jean-Marie Lhote me signait ma carte de présence pour le mois, en ajoutant : "Toi, de toutes façons, chez tes Soeurs Verjus..."

Celle où nous nous sommes mariés... Avec une heure et demie de messe...

Celle où ont eu lieu les funérailles des deux hommes de ma vie.

C'est MON église. Mon église à moi.

Quand je fus élue conseillère municipale, mon premier boulot a été de m'occuper du Patrimoine. Pour célébrer ses Journées. Ce qui n'avait jamais été fait auparavant. J'ai obtenu une petite somme du Conseil, et nous avons fait de superbes panneaux pour l'expliquer. Nous, c'est à dire, Colette Laget, historienne locale, et Françoise Vormus pour les photos. C'était en 1996. Les panneaux sont toujours remis à l'honneur pour les Journées du Patrimoine.

Je vous dévoile un peu son histoire...

Dans la charte de 1120, il est fait état de l'église de Chaudon, qui est une possession de l'Abbaye de Coulombs.
Vue de l'extérieur, l'église impressionne par la robustesse de sa tour aux puissants contreforts de grès. Pourtant, le temps lui fut préjudiciable, et différentes restaurations ont transformé le premier édifice en bâtiment composite, néanmoins digne d'intérêt sur le plan architectural.

L'empreinte des siècles

Le bas-coté long de 20 mètres fut élevé au XIVème siècle, alors que le clocher fut, avec précision, daté de 1549, et la petite sacristie de 1795.
Pour pénétrer en la nef principale on franchit une porte en plein ceintre. Près de la tourelle d'escalier, il faut remarquer la porte Saint Médard, dont la décoration de style Renaissance est, hélas, fort endommagée. On en devine pourtant toute la délicatesse.
On s'étonnera peut-être de la faible hauteur de la porte d'acces de la tour du clocher. C'est qu'à la suite d'inondations fréquentes le sol de l'église a été relevé d'un mètre depuis le XVIIIème siècle.
Intérieurement, sa décoration doit beaucoup au XIXème siècle.

Des donateurs actifs

C'est à la famille de Kainlis, propriétaire du chateau de Mormoulins, qu'on doit une totale remise en état décidée en 1893, alors que déja Monsieur de Chevergny, beau-père de Monsieur de Kainlis, avait fait reconstruire les croisées du choeur en 1861.
Outre les travaux concernant le gros oeuvre, cette même famille de donateurs a remplacé ce qui n'était que ruines: maître-autel, vitraux, et tableaux religieux.
Les nouvelles peintures du sanctuaire sont exécutées par Madame Lafond, fille aînée de Monsieur de Cheverny. L'autel de la Vierge et le chemin de Croix témoignent d'un réel talent. Afin d'orner le maître-autel, l'artiste réalisera la copie d'une oeuvre de Philippe de Champagne...

Les Saints

Quelques statues sont remarquables: Sainte Véronique et Saint Laurent, statues de pierre du XVIème siècle, et surtout 2 statues de bois. L'une est Saint Mamert, l'autre Saint Médard, patron de la paroisse, qui passait autrefois pour guérir les malades atteint de coliques d'origine diverses.

Les vitaux

Peu de vitraux intéressants. Celui de Sainte Thérèse et celui de la Vièrge, qui sont un peu plus que centenaires (1861 et 1865)sont parmis les mieux concervés.
On peut distinguer sur certaines fenêtres les armoiries de Messieurs de Kainlis, de Chevergny et des familles alliées. par ce rappel, les donateurs voulaient s'assurer l'attention de Dieu, et la reconnaissance des paroissiens que nous sommes !

J'en profite pour vous donner à lire ce que j'avais écrit dans "L'Action Républicaine" du 29 décembre 1989. Oui, quand l'abbé Lhote nous a quittés...

Le dernier voyage de la Peugeot noire

Lendemain de Noël. Ordre du jour inhabituel à la conférence du Bon Dieu et de ses Saints.

"Les allées du Paradis devront-elles être aménagées pour l'arrivée de la Peugeot noire de notre abbé Lhote ?"

Introuvable du côté de Bréchamps, invisible sur la route de Croisilles, absent de sa sacristie de Chaudon... Jean-Marie Lhote, notre curé des trois paroisses, s'en est allé, au discret petit matin, suivre le chemin de l'Eternité.

Il était des nôtres, le Jean-Marie. Arrivé, avec la fin de la guerre. Il était de nos bois, de nos terres, de nos blés.

Humour et solidité.

On se raconte toujours son dialogue historique avec le Père Courtois - communiste de la première heure - au cours de l'un de leurs déjeuners hebdomadaires :

- "Alors, l'Abbé, cette fois, je vous abonne à L'Humanité..."

- "Avec joie, mon bon Auguste, si vous me signez pour un an à La Croix".

On se raconte encore ce jour d'ouverture de la chasse qui vit, au moment précis de l'Elévation, sa cartouchière tomber sur le maître-autel. Un surplis passé un peu à la hâte...

Son voisin d'en face, le Paul, copain des bons et des mauvais jours mais anticlérical notoire en a des bleus à l'âme. Finies les petites belotes à la gnôle ! Que Dieu, dans son extrême bonté, avait omis de répertorier dans son Grand Livre des Péchés.

La côte du Héleau ne lui pèsera plus, ce vendredi, pour son dernier voyage, à notre curé. Lui qui l'avait monté tant de fois pour accompagner tant des nôtres.

Notre église sera fermée. Et nous, nous serons priés d'aller faire voir nos âmes ailleurs.

Mais, c'est aux premières pâquerettes frileuses des dimanches de Mars, quand la Peugeot noire ne s'échouera plus sur l'herbe du parvis, qu'il nous sera alors donné de comprendre que nous l'avons vraiment perdu, notre Jean-Marie !

CHAUDON. Eglise Saint-Médard.

Publié dans L'espiègle Lili

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