Blonde de Joyce Carol Oates. Entretien.

Publié le par Liliane Langellier

Il a suffi d'une photo de Marilyn à dix-sept ans pour que la romancière américaine soit touchée au coeur. Cette brunette sans famille, qui avait une si forte envie de s'en sortir, ressemblait tellement à sa propre mère... L'imaginaire relayant l'empathie, un livre de mille pages allait naître.

Il était une fois au fond d'un sous-bois américain une longue femme fluette comme un elfe et pâle comme un fantôme qui décida de se mettre dans la peau de Marilyn Monroe, de raconter l'histoire d'une incroyable petite fille nommée Norma Jean née en 1926 de père inconnu et de mère malade mentale, envoyée à l'orphelinat, placée dans des familles, mariée à dix-sept ans et qui devint, à force de volonté, une actrice platine et torride sous les sunlights d'Hollywood. Le roman s'appelle Blonde, approche des 1 000 pages et se présente comme un récit touffu, haletant, dantesque parfois. L'auteur de cette "tragédie américaine" s'appelle Joyce Carol Oates. "Quand on est américain, on est optimiste ou on est foutu", fait-elle dire à l'un de ses personnages. C'est donc avec allant qu'elle publie son trente-troisième roman dans le style clair, immédiat et à vif qu'on lui connaît.

La rencontrer relève de l'épopée. Après des années de grande sauvagerie, elle consent aujourd'hui à recevoir des journalistes. Mais il ne faut pas que l'entretien excède une heure et, n'était elle, elle passerait l'heure à raconter le livre ou à vous demander si vous avez vous aussi un chat (elle en a quatre) et ceci et cela de sa voix ténue et douce. Cette créature au regard lunaire, à la peau luminescente, vêtue ce jour-là d'un tee-shirt, d'un bermuda, de chaussettes et baskets (elle aime courir, marcher et faire du vélo), ne souhaite guère dévoiler son intimité d'écrivain, son cortex, sa petite fabrique de littérature. Encore moins son intimité d'enfant rêveuse née dans un milieu modeste à la campagne et consacrée à l'écriture comme d'autres le sont à Dieu. Non qu'elle soit coquette ou capricieuse. Au contraire, l'attention, l'affabilité de cet écrivain dont les livres racontent une Amérique malade de superstition, de refoulement, obsédée par le sang, l'obligation de se battre pour exister, laisse pantois. Simplement elle aime les secrets. Alors, c'est avec grâce et précision qu'elle répond aux questions, se laissant à l'occasion le loisir de faire preuve de réserve.

L'entretien se déroule au milieu des arbres à peine empourprés d'automne, dans la maison en verre et très sobrement meublée (les signes extérieurs de richesse ne l'intéressent pas) où elle habite avec son époux. Nous sommes à deux heures en voiture de New York. A quelques miles du campus de Princeton où elle dispense deux fois par semaine des cours de creative writing. Et à quelques mètres des biches gracieuses et bondissantes qui peuplent le sous-bois. Dans un silence absolu et souriant, Joyce Carol Oates vous regarde arriver puis repartir et l'on songe à ce propos de l'écrivain Henry James: "Nous travaillons dans le noir. Nous faisons ce que nous pouvons. Nous donnons ce que nous avons. Notre doute est notre passion et notre passion notre tâche. Le reste est la folie de l'art."

Pourquoi avez-vous décidé d'écrire un livre sur Marilyn Monroe? Vous n'êtes pas une midinette... J.C.O. Je n'ai pas décidé de faire un livre sur Marilyn Monroe. C'est en découvrant une photo de Norma Jeane [graphie adoptée par l'auteur] prise en 1944 quand elle avait dix-sept ans que j'ai eu envie d'écrire sur cette jeune fille ordinaire, quelconque, une Américaine typique avec ses cheveux foncés et son visage rond, qui ne ressemblait en rien à Marilyn Monroe. Vous voulez que je vous montre la photo? (Elle va la chercher.) C'est grâce et à cause d'Hollywood qu'elle s'est métamorphosée, qu'elle est devenue un miracle. Ce qui compte pour moi, c'est la vie privée de Norma Jeane, comment cette vie privée s'est transformée en produit.

Tout de même, qu'est-ce qui vous fascine chez elle? Qu'elle soit un mythe ou qu'elle soit une victime ?

J.C.O. Je suis fascinée par les origines des gens célèbres, par les origines d'une façon générale. J'écris toujours sur l'être humain. Norma Jeane me rappelle certaines de mes camarades de lycée qui n'allaient pas à l'université et se mariaient très jeunes. Dont la vie d'une certaine façon était finie à vingt ans. J'ai grandi dans un monde semblable au sien, un monde modeste marqué par la grande dépression de 1929.

En plus, vous êtes du signe des Gémeaux, comme elle... J.C.O. Oui, et c'est le premier titre que je voulais donner au roman, Gémeaux. Marilyn avait une relation de jumelle à sa mère. Mais l'éditeur a refusé. C'est donc Blonde. Je suis plus jeune qu'elle et ma mère a dix ans de plus qu'elle. Comme Norma Jeane, ma mère est avide de lectures et de connaissances; comme elle, elle n'a pas eu la chance de faire des études. Toutes les deux ont été placées dans des familles. Ma mère parce que son père était mort et qu'elle était la dernière de neuf enfants, Norma Jeane parce qu'elle n'avait pas de père et que sa mère était malade.

Vous aussi êtes proche de votre mère ?

J.C.O. Ma famille compte beaucoup pour moi. Ma mère est âgée maintenant...

Une femme en quête de son père, terrifiée à l'idée de devenir folle comme sa mère et acharnée au travail: voilà la Marilyn qui émerge de votre roman... J.C.O. Norma Jeane travaillait énormément, de façon obsessionnelle. Quand j'ai commencé mes recherches, j'ai revu, par ordre chronologique, tous les films dans lesquels elle a joué: Quand la ville dort, Les hommes préfèrent les blondes, Sept ans de réflexion, Bus Stop, Les Misfits... C'était une véritable artiste qui de film en film améliorait son jeu, sa présence. C'est, pour moi, un aspect fondamental du livre, montrer comment cette femme a vraiment travaillé pour être actrice alors que jamais personne n'a reconnu son intelligence, sa sensibilité, sa capacité d'imagination. J'ai voulu montrer ce versant de sa personnalité, l'indéniable talent qu'elle avait en dépit de sa timidité et de son manque d'assurance. Le monde l'a mal comprise ou pas comprise du tout. Elle n'était qu'un sex-symbol.

La sortie de votre roman aux Etats-Unis a suscité des critiques élogieuses et d'autres acerbes. On ne touche pas impunément au mythe, visiblement... J.C.O. J'ai reçu énormément de lettres émanant d'actrices, ou de femmes qui se sentent exploitées, ou d'hommes confrontés au problème qui se pose entre vie privée et image publique.

Quelle différence faites-vous entre Emma Bovary et Marilyn Monroe, toutes deux ayant connu un destin tragique et n'ayant pu assouvir leurs désirs...?

J.C.O. Marilyn Monroe a vraiment existé. En plus, elle a travaillé toute sa vie pour mener sa carrière. Emma Bovary, elle, est une bourgeoise dés?uvrée. Plus j'y pense et moins je leur trouve de point commun. Même si elles sont toutes les deux des rêveuses. Je suis très impressionnée par tout ce que Marilyn a fait. Elle a eu du succès et ce n'était pas facile à vivre. Elle était belle, élégante, et ce n'était pas facile non plus. Elle était obsédée par l'idée d'être parfaite et recommençait les scènes dix fois, vingt fois sur le tournage de ses films. Ce n'était pas la règle alors, la plupart des actrices se contentaient d'une prise.

En ce sens vous lui ressemblez. Vous aussi vous travaillez sans relâche... J.C.O. Oui. Je n'y pensais pas au tout début. J'en ai pris conscience en regardant ses films, en découvrant la manière dont elle créait ses personnages: très attentivement, en prenant des notes, exactement comme un écrivain... Moi aussi je suis perfectionniste. Mais je ne suis pas aussi névrosée. Moi aussi je fais beaucoup de corrections. Mais ce n'est pas en public. Contrairement aux comédiens ou aux athlètes qui n'ont qu'une chance, les écrivains peuvent réviser leur travail et le faire en privé, en secret. Marilyn Monroe avait peur de jouer au théâtre pour cette raison. Même si tout le monde lui disait qu'elle était très bonne, elle n'avait pas assez confiance en elle pour franchir le pas. Si elle était restée à New York plutôt que de retourner à Hollywood, elle serait toujours en vie. J'aurais voulu qu'elle reste à New York, qu'elle y devienne une actrice sérieuse...

Pourquoi ne lui avez-vous pas inventé une autre vie ?

J.C.O. Ça m'était impossible, ce n'est pas ce qui a eu lieu...

Il y a dans Blonde des scènes éprouvantes, celle de la fellation forcée avec JFK ou encore celle où une jeune femme dans des toilettes tend à Marilyn un paquet sanguinolent, les restes du f?tus dont elle vient d'avorter. Comment vous protégez-vous de la violence que vous écrivez ?

J.C.O. J'ai connu beaucoup de crises émotionnelles en écrivant ce livre. Je ne le recommencerai pas. Je suis encore en train de m'en remettre. Je me suis tellement identifiée à elle, j'ai tellement vu ma mère en elle... Et puis j'ai souffert de la voir mourir si jeune... Elle cherchait le bonheur, elle ne l'a pas trouvé.

Vous semblez dans vos romans éprouver une très vive compassion à l'égard de ceux qui souffrent... J.C.O. Certainement. Et j'admire profondément les générations qui m'ont précédée, celle de mes parents, celle de mes grands-parents. C'est sur ces générations-là, aux Etats-Unis, que j'écris le plus souvent. Vous devriez ressentir la même chose en Europe à l'égard de tous ceux qui ont souffert des guerres. Nous, nous ne les avons pas connues. Nous sommes privilégiés.

Votre livre est ourlé de citations empruntées notamment à la poétesse Emily Dickinson ainsi qu'au philosophe Schopenhauer. Est-ce un exercice d'admiration ?

J.C.O. Les deux sont de magnifiques auteurs même si Schopenhauer est un affreux misogyne...

Certains, aux Etats-Unis, vous considèrent comme un écrivain féministe. Comment appréciez-vous ce qualificatif ?

J.C.O. Je ne suis pas une féministe au sens propagandiste du terme. Pour autant, si le féminisme s'inscrit dans une perspective démocratique, progressiste, j'en suis, bien sûr. Il est logique qu'à travail égal la rémunération soit égale entre les hommes et les femmes. Il est logique aussi que les femmes aient le droit d'étudier. Et que les Noirs américains aient les mêmes droits que les Blancs, les Caucasiens... Le féminisme ici défend aussi cette cause même si cela n'a rien à voir avec le sexe de la personne. Il y a un autre auteur que je cite souvent dans Blonde et qui me sert à développer un thème: c'est Darwin et sa façon de considérer qu'un homme doit s'adapter aux changements de la vie ou mourir.

Etes-vous darwinienne ?

J.C.O. Heureusement que nous nous sommes battus contre Hitler! Norma Jeane, elle, doit se battre pour survivre. Le fait qu'elle soit devenue célèbre, qu'elle se soit sortie de la pauvreté alors que tout concourait à ce qu'elle soit au nombre des victimes de la dépression de 1929 - une crise qui mit la moitié de l'Amérique au chômage - est hallucinant. La probabilité qu'elle s'en tire était de un pour un million... A l'époque, les jeunes filles de sa condition étaient forcées de se marier jeunes. Sinon, elles devenaient serveuses ou prostituées. Cela aurait pu lui arriver car, quand elle était toute jeune, elle était très sensible aux hommes et très fragile... Elle n'a jamais abandonné. Même quand elle n'avait pas d'argent. Même quand il fallait qu'elle soit sexuellement vendue aux producteurs d'Hollywood. Les choses n'ont pas tellement changé à Hollywood d'ailleurs. Il y a toujours trop de jeunes filles de la campagne qui débarquent pour tenter leur chance à tout prix. Donc, Blonde est très moderne, contemporain même dans la mesure où c'est aussi un roman historique sur les années 50.

Ce livre ne ressemble pas aux précédents: d'abord parce que c'est un roman biographique ou une biographie inventive. Ensuite parce que le personnage principal n'est pas un être ordinaire... J.C.O. C'est vrai, j'ai écrit beaucoup de romans sur des hommes et des femmes représentatifs du monde dans lequel nous vivons, des hommes et des femmes qui travaillent dans l'éducation, la santé, les affaires ou la politique. J'ai écrit sur les femmes et les filles, la violence, sur le racisme aussi. Blonde est le seul livre de son espèce. C'est une tragédie américaine, une épopée qui faisait d'abord 1 400 pages!

Eh bien... J.C.O. Au départ je pensais arrêter mon récit lorsque Norma Jeane aurait vingt ans. Je voulais parler de sa jeunesse exclusivement. Et j'avais même décidé que le livre ferait 175 pages. Mais sa vie était tellement dramatique et passionnante que je ne pouvais pas m'arrêter. Il fallait que j'aille jusqu'à sa mort. Le plus difficile a été de trouver la structure formelle: j'ai choisi de construire le livre en cinq actes et de l'écrire sur deux modes: un mode narratif réaliste et, en contrepoint, un mode surréaliste fait de visions, d'hallucinations.

En même temps que Blonde vous publiez en France un polar écrit sous le pseudonyme de Rosamond Smith. Pourquoi avez-vous décidé à quarante ans d'entamer une double vie d'écrivain ?

J.C.O. Rosamond Smith n'aurait jamais écrit Blonde. Ce qu'elle fait, c'est plutôt du cinéma. Des histoires rapides, de l'action. En fait, je voulais tout recommencer sans avoir de réputation a priori. Quand j'ai envoyé le premier Rosamond Smith à l'éditeur new-yorkais Simon and Schuster, celui-ci a accepté le manuscrit sans savoir que c'était moi. C'était très excitant.

Mais le secret fut rapidement levé. Vous avez dû être déçue... J.C.O. Oui, très déçue. J'aimerais recommencer, écrire à nouveau sous un pseudonyme. Justement, j'ai eu aujourd'hui une conversation téléphonique à ce sujet avec mes éditeurs. Ils ne veulent pas car je vends plus de livres sous mon vrai nom. Si j'avais l'occasion, je prendrais un nom d'homme. J'essaierais d'écrire comme un homme. Je ne l'ai jamais fait.

Qu'est-ce que ça veut dire, écrire comme un homme ?

J.C.O. Le sujet serait un homme et son point de vue, un point de vue exclusivement masculin. Les hommes voient les femmes à distance, c'est très particulier.

Que sont devenus les centaines de personnages que vous avez créés? Habitent-ils toujours en vous ?

J.C.O. La plupart d'entre eux sont très vivants dans mon imagination, comme mes vieux amis qui sont toujours en vie même si je ne les ai pas vus depuis longtemps. Les autres, je les ai oubliés. Comme souvent les gens que l'on rencontre dans la vie.

Sauf que vos vieux amis sont mortels, contrairement à vos personnages... J.C.O. Oui, c'est vrai.

La tachycardie dont vous souffrez explique-t-elle le rythme à la fois très vif et saccadé de votre écriture ?

J.C.O. J'ai eu peut-être dix attaques. Et aucune depuis douze ans. Ça va. Je ne bois ni café ni thé, je cours, mon coeur bat lentement. Ce que j'ai découvert avec les attaques, c'est la mortalité. Je ne veux pas gaspiller le temps. Dix fois dans ma vie j'ai frôlé la mort. Une attaque, c'est avoir très, très froid et s'évanouir. Puis, pendant deux ou trois jours, on fait une petite dépression. Après, on revient sur terre.

Vous courez avec vos jambes, avec votre plume aussi. Vous écrivez tous les jours et vous publiez plusieurs livres par an. Où allez-vous ainsi, à toute vitesse ?

J.C.O. Je n'écris pas en permanence et pas uniquement des romans. J'écris des choses très différentes: du théâtre, des essais, des articles...

Posons la question différemment: à quoi vous sert la littérature ?

J.C.O. La littérature fait partie de l'expérience humaine. L'art est une forme de communication entre les êtres, une communication qui passe ou non par la langue selon que l'on est peintre, sculpteur ou écrivain. Norma Jeane croyait qu'elle pouvait communiquer en étant actrice et qu'elle pouvait de cette façon ne plus être seule.

Ecrire, n'est-ce pas une activité très solitaire ?

J.C.O. Si je n'avais pas mon mari, mon travail de professeur à l'université et ma famille, je serais tellement seule... Dangereusement seule. Il y a tant d'artistes qui deviennent fous ou se suicident à force de solitude. C'est ce qui est arrivé au peintre Mark Rothko. L'écriture suscite en moi beaucoup d'émotions: je suis malheureuse ou frustrée ou excitée. Mes émotions sont très intenses. Alors, je vais marcher tous les jours avec mon mari. C'est ça mon bonheur, la nature, qui contraste avec mon travail. Avant ma mort, j'aurai passé beaucoup de temps dans la nature, c'est bien.

Dans votre livre, Marilyn est véritablement possédée par les personnages qu'elle interprète. Est-il dangereux pour l'intégrité mentale de créer ?

J.C.O. C'est vrai, je m'identifie à mes personnages. Mais je suis aussi très critique vis-à-vis d'eux et je vois plus loin qu'eux. Quand je termine un roman, c'est-à-dire que j'écris les deux cents dernières pages, je recommence le début du livre en même temps. Celui-ci s'ouvre et se ferme sur la mort de Marilyn. Quelle que soit mon empathie pour les personnages, je montre aussi leurs limites. Par exemple, dans Blonde, je montre combien Marilyn était difficile à vivre.

Vous le montrez plutôt à la fin. Au début, c'est un ange... J.C.O. C'est quand on devient adulte que la vie se complique. Les femmes sont censées être gentilles, bonnes. Mais elles ne veulent pas être exploitées. Norma Jeane a appris à être difficile.

Votre premier livre remonte à 1969. Avez-vous changé ? Le monde a-t-il changé depuis ?

J.C.O. Je n'aurais jamais écrit Blonde il y a trente ans. C'était trop ambitieux pour moi à l'époque et puis, mille pages, c'était trop énorme. J'ai plus de lecteurs aujourd'hui. Le monde n'a pas tellement changé sinon. Les étudiants avec qui je travaille à Princeton ne sont pas très différents de mes élèves de 1970. Ils ont les mêmes préoccupations, écrivent sur les mêmes sujets: le divorce, la famille, l'amour, la perte, la trahison... La seule différence, c'est qu'ils utilisent l'ordinateur et l'e-mail.

Et vous ?

J.C.O. J'écris à la main.

Un roman peut-il aider à vivre ?

J.C.O. Oui, absolument. Un artiste touche une personne à la fois, mais il peut la toucher profondément. Autrefois, les romans et le théâtre fournissaient des modèles aux gens. Aujourd'hui, c'est plutôt au cinéma ou à la télévision que les jeunes trouvent leurs modèles. Ce qui n'est pas toujours bien. Les artistes qui travaillent sérieusement sont ceux qui poussent les gens à leur extrême. C'est la théorie classique de la tragédie: rendre les gens plus nobles.

Qu'écrivez-vous en ce moment ?

J.C.O. Oh, une chose simple. Comme une promenade. Pas de la course à pied.

 

 

Catherine Argand in "Lire" du 1/11/2000.

Joyce Carol Oates, née le 16 juin 1938 à Lockport dans l'Etat de New York, est une poétesse et romancière américaine.

Blonde de Joyce Carol Oates. Entretien.

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