"Un homme à distance" Katherine Pancol

Publié le par Liliane Langellier

"Un homme à distance" Katherine Pancol

Kay Bartholdi est libraire. A Fécamp. Un client, Jonathan Shields, passe un jour dans sa librairie : « Je n’avais plus que quelques heures à passer à Fécamp quand mon œil a été attiré par votre librairie, toute droite, toute haute, d’un vert amande assez surprenant. Toute pimpante avec ces stores jaunes et blancs, sur le quai Maupassant, face à la mer. On dirait une tour de guetteur insatiable.

« Les Palmiers sauvages » ! Quel beau nom pour une librairie ! Et quel beau livre ! Savez-vous que je le relis une fois par an ? J’ai déniché aux Puces de New York (entre Canal Street et Houston à Manhattan, vous connaissez New York ?) une vieille édition en anglais que j’emporte toujours avec moi. »

Voilà. Décor et personnages sont dressés. La correspondance peut commencer. Car c’est bien d’un roman par lettres dont il s’agit. Ce genre désuet qui charme encore. Ces mots qui sont écrits à l’autre entre chien et loup, entre mer et ciel.

Ainsi, le 22 octobre 1997, Kay Bartholdi commence à correspondre avec un client inconnu (elle était absente lorsqu’il est passé à la librairie). C’est la libraire qui parle :

« Si j’ai bien tout compris, vous recherchez des éditions anciennes, si possible numérotées, et vous comptez sur moi pour vous les procurer. Si j’ai bien compris aussi, vous voyagez et attendez de moi que je vous envoie ces ouvrages aux endroits où vous vous arrêterez. Merci de m’avoir donné la liste précise de vos différentes escales avec dates et adresses, cela me sera très utile ! Je ne voudrais pas que le livre échoue telle une étoile de mer hébétée dans un palace ou un hôtel de passe ! Je porte une réelle passion aux livres et ne supporte pas qu’on les traite mal. »

Tandis que Jonathan Shields voyage pour écrire un guide des endroits de charme en France, Kay semble s’être organisée une vie. « J’habite au-dessus de la librairie, un logement modeste mais enchanteur car j’ai une vue panoramique sur le port, la ville et la mer. » Avec deux anges gardiens : sa vendeuse Nathalie. Et son amie Josepha qui tient le restaurant juste à côté. Elle aime les bains de mer solitaires et matinaux. Les fromages de Madame Marie. Et les gâteaux de Monsieur Lainé.

Mais elle aime surtout la littérature. La vraie. La grande. Celle qui vous laisse sans forces sur la plage blanche de vos rêves.

Jonathan Shields aussi aime la littérature… La vraie… La grande…

Il va lui demander conseil. Et lui en prodiguer quelques uns.

Et voilà que « cet homme à distance » ose les mêmes goûts que Kay : Rilke, Faulkner, Silvio d’Arzo, Erri de Luca… C’est rare de trouver à partager ainsi. Et quand ils parlent de « Si je t’oublie, Jérusalem » (Les palmiers sauvages) de Faulkner, Kay se livre un peu : « J’aime l’amour fulgurant, impossible, au-dessus de tout, impitoyable, intransigeant. Je ne pardonne pas à l’amour qui compromise, qui s’arrange, qui descend sur terre et obéit aux lois idiotes de notre société… »

Et puis vient Noël. Triste fête pour les sans familles. Que sont Kay et Jonathan. Une solitude qui rapproche, ou éloigne, selon… Jonathan ose le cadeau de Noël : « Je vous envoie de l’écume de vague à poser sur votre front brûlant, des papillotes de chocolat à laisser fondre dans la bouche et une grande chaussette, comme c’est la coutume dans notre pays, remplie de menus cadeaux… »

« Est-ce qu’on sait tout de l’autre quand on aime les mêmes livres ? Est-ce que les livres sont un moyen de tout se dire, même l’inavoué, le plus terrible secret ? » lui répond Kay.

Pauvre Kay. Qui se défend encore mais qui a déjà compris quelque part : « Mais surtout, surtout, Jonathan, un matin où passait le facteur, un petit matin gris et froid, un matin où il ouvrait sa grande sacoche jaune et pleine, soufflant de la buée en cherchant le courrier, j’ai ressenti un frisson qui a couru dans tout mon corps et m’a effarée. Un frisson qui m’a gelée sur place, un frisson qui s’est transformé en éclair et m’a foudroyé la nuque : j’ai compris que j’attendais vos lettres, j’attendais vos mots, j’attendais vos descriptions d’auberges, de routes, de famille française, de soupe au chou…

J’étais en train de vous attendre.

J’allais donc souffrir de vous.

Et je ne veux plus souffrir, Jonathan. »

Kay, la petite libraire, est en fait une planquée affective. Elle a construit ses murailles. Et n’entend pas de cette oreille qu’un correspondant anonyme vienne en faire bouger la première pierre.

Ce livre dérange et bouleverse.. Il dérange par tous les autres livres qu’il vous donne envie de lire. Et bouleverse par cette histoire enfouie qui risque de ressurgir. Car les démons de notre passé sont toujours derrière une porte. Fut-elle scellée à double tour.

Liliane Langellier

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