"La mort s'invite à Pemberley" P.D. James

Publié le par Liliane Langellier

"La mort s'invite à Pemberley" P.D. James

Phyllis Dorothy James, 91 ans, « baroness » par volonté de Sa Gracieuse Majesté, vient de nous livrer, chez Fayard, son 21e ouvrage. Et pas des moindres pour son jubilé d’auteur. Un chef d’œuvre linguistique. Ecrit dans la langue, un peu empesée certes, du début du XIXe siècle, celle de … Jane Austen. Offrir sous forme de roman policier une suite à « Orgueil et Préjugés » (1813) était un sacré pari. Qu’aucun bookmaker anglais n’aurait osé prendre à son compte. Et pourtant…….

Pemberley House. Domaine ancestral de la famille Darcy, dans le Derbyshire. Elisabeth Bennet, épouse de Fitzwilliam Darcy prépare le traditionnel bal de Lady Anne (feu sa belle-mère) : « Il était fixé au premier samedi suivant la pleine lune d’octobre » .Un évènement de taille dans une province où suinte l’ennui. Et où les tâches ménagères de ces dames sont déléguées à leur nombreuse domesticité.

Pour Elisabeth, les journées s’allongent sur un doux tapis rouge. Une nursery avec deux charmants bambins : Fitzwilliam (5 ans) et Charles (2 ans). Des visites à sa sœur préférée Jane Bingley. Qui habite Highmarten, charmant domaine situé à moins de 20 kilomètres. La compagnie de sa jeune belle-sœur Georgiana, courtisée à la fois par le colonel Fitzwilliam et par le séduisant avocat Henry Alveston, abondance de biens ne nuit pas !

Sans oublier les visites fréquentes et bienvenues de son père Mister Bennet, « attiré par l’imposante bibliothèque du château. » et goûtant là d’un repos mérité loin de sa femme hystérique, excentrique et sotte.

Mais c’est toujours au moment où l’on s’y attend le moins que les névroses familiales du passé vous rattrapent au tournant du chemin. Là, ce sera la plus jeune des sœurs Bennett, l’infréquentable Lydia Wickham, frivole, hypocondriaque et manipulatrice (Sachez-le, Jane Austen n’a jamais fait aucun cadeau à ses chers personnages), qui débarque, la veille du bal – auquel elle n’est pas invitée - dans un cabriolet aux chevaux emballés : « Sur un geste de Darcy, Stoughton ouvrit la porte. Le vent s’engouffra immédiatement à l’intérieur, une force glacée et irrésistible qui sembla prendre possession de l’ensemble de la demeure, éteignant d’un coup toutes les bougies, sauf celles du grand lustre. »

Seule possibilité de connaître la suite : lire le livre. Sans oublier de bien consulter sa préface pour réviser la vie de ses principaux personnages.

Ce dernier ouvrage est-il une réussite ? Facile de le vérifier, une fois le dernier mot lu, vous prend l’irrésistible envie de se ruer pour lire ou relire immédiatement « Orgueil et Préjugés » de Jane Austen.

Donner une suite à un tel roman était un sacré pari. Lui donner une suite policière tenait du voyage sur Mars. Mais Madame P.D. James sait relever les défis. Tant pis pour la frilosité des bookmakers !

Liliane Langellier

ENCADRE,

P.D. James

Phyllis Dorothy James, née en 1920 à Oxford, envoie son premier manuscrit en 1962, signé P.D. James afin de se faire passer pour un homme, et ça marche : avec A visage couvert, roman à énigme assez classique, elle s'attache déjà à la psychologie de son personnage, Adam Dalgliesh, policier de Scotland Yard, rôle principal de la majorité de ses livres - une vingtaine de titres au total. Après avoir travaillé dans la médecine légale, de 1968 à 1979, puis comme magistrat jusqu'en 1984, elle connaît bien le système policier et juridique.

En 1971, Meurtres en blouse blanche la consacre nouvelle reine du crime.

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