Le Petit Prince a 70 berges... Et nous ?

Publié le par Liliane Langellier

Le Petit Prince a 70 berges... Et nous ?

Il a des cheveux d’or. Couleur des blés et pleins d’épis. Il arbore un costume vert amande. Agrémenté, selon son humeur, d’un nœud pap’ rouge ou d’une écharpe flottant au vent. Son très officiel portrait le montre botté, épée en main gauche, vêtu d’un long manteau doublé coquelicot, des éperons surmontés d’étoiles sur chaque épaule et une large ceinture jaune.

Vous avez deviné ? Non ?

Son « dessine-moi un mouton » s’est vendu à 80 millions d’exemplaires en 180 langues.

Vous n’y êtes toujours pas ?

Quand notre « Fanfan la Tulipe » national, Gérard Philipe, lui prête sa voix de conteur mythique, le conte devient légende.

Allons, un dernier effort…

Il soigne les roses. Aime leurs épines. Déteste les businessmen et les vaniteux. Excuse les éternels allumeurs de réverbères et les buveurs invétérés. Allume des phrases au firmament de la célébrité : « L’essentiel est invisible pour les yeux » « Apprivoise-moi, dit le Renard »

Vous y êtes ?

Oui, c’est bien lui, « Le Petit Prince » né du génie d’un homme privé de dessin pendant son enfance. Les dates s’entrechoquent un peu. Pour les uns, sa conception daterait du retour d’une expédition derrière Cab-Juby, en 1927. Pour les autres, il serait né au cours d’un dîner arrosé sur une terrasse au 27ème étage du 240 Central Park South à New York. Juste un léger griffonnage, comme une trace de passereau, sur l’un des petits carnets de cuir de son exilé de père, courant 1942. Après ces longues années de gestation, « Le Petit Prince » part enfin à l’assaut des États-Unis le 6 avril 1943.

Les Français patientent trois ans de plus pour le connaître. Il paraît alors dans toute sa gloire chez Gallimard. Noblesse oblige !

Antoine de Saint-Exupéry collectionne femmes et romans. « Courrier Sud », « Vol de Nuit », « Pilote de Guerre », « Terre des Hommes » (Grand Prix du Roman de l’Académie Française en 1939). Mais l’éternel garnement aux vols enragés de pionniers, le journaliste de la Guerre d’Espagne, l’homme de conviction engagé contre le fascisme, le Chevalier toujours entre ciel et terre avait-il gardé au cœur la griffure d’une rose ?

On piaffe pour la dédicace à une femme, et son destinataire est un homme : « A Léon Werth quand il était petit garçon ». Tonio et Léon. Amitié sans frontières. Qui ne prendra fin que lorsque « l’ange aux ailes noircies » - appellation contrôlée de François Nourrissier – balancera, un certain 31 juillet 1944, son Lockheed P.38 Lightning par 80 mètres de fond en Méditerranée. Toujours pour un idéal : la Liberté. Celle de son pays.

Écoutons-le juste une dernière fois se mettre en colère, son étrange garçonnet : « Tu parles comme les grandes personnes » (….) « Tu confonds tout »

Que, de l’autre côté du miroir, Saint-Ex se rassure : des générations entières vont encore chercher, la tête dans les étoiles, l’astéroïde B 612 de son immortel petit bonhomme des sables et retrouver le temps d’une lecture la grâce de leur âme d’enfant.

Liliane Langellier

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