La petite fille sur la photo de Brigitte Benkemoun

Publié le par Liliane Langellier

La petite fille sur la photo de Brigitte Benkemoun

C’est l’Histoire avec un grand H qui façonne nos histoires individuelles. L’année du cinquantenaire des Accords d’Evian, Brigitte Benkemoun, rédactrice en chef de l’émission « Mots croisés » sur France 2, publie son premier livre « La petite fille sur la photo » Quête et enquête.

Le 27 juillet 1962, Brigitte a trois ans quand ses parents quittent l’Algérie. Elle en garde peu ou pas de souvenirs. Et considère plutôt de loin le folklore familial des anecdotes racontées à table : « J’adorais les descriptions de leur cour de Sidi Bel Abbes, où, à les écouter, Espagnols, Juifs, Bourguignons, Arabes, Gitans et Alsaciens vivaient ensemble dans une sorte de sitcom à mi chemin entre «Plus belle la vie » et « La famille Hernandez »

Et voilà qu’il y a dix ans, à La Une d’un journal, une photo la rappelle brusquement à l’ordre de sa prime enfance. Une petite fille brune dans les bras de son père sur la passerelle d’un paquebot. A Marseille.

Commence alors la quête. Et l’enquête. Elle avoue à RFI, en mars dernier : « Je suis allée voir des enfants plus âgés que moi pour essayer de savoir ce dont j’aurais pu me souvenir si j’avais été plus âgée. »

En vraie journaliste de terrain, elle rencontre des enfants de pieds noirs, de harkis, d’algériens. « Je me suis confrontée à des destins beaucoup plus tragiques que le nôtre » Benjamin Stora, Maurice Attia, Julien Dray, Jacques Attali, Jean-Jacques Jordi, et de nombreux autres passent au laser de ses questions. Et lui permettent de reconstituer peu à peu le puzzle de ses racines et de ses trois premières années inconsciemment zappées.

Elle lit de nombreux ouvrages. Dont celui du Père Michel de Laparre « Journal d’un prêtre en Algérie, Oran 1961-1962 » Elle fréquente la BNF pour éplucher l’année 1962 du journal « Le Provençal » : « C’est une effrayante litanie d’attentats, d’exécutions, de fusillades… La chronique d’une violence extraordinaire… ça ne s’arrête jamais, pas un jour de trêve, pas une éclaircie. Je savais, mais sans vraiment vouloir savoir. »

Elle rencontre Jacques Duquesne, qui était à l’époque l’envoyé spécial de « La Croix » en Algérie. Elle assiste à cette messe en mémoire des victimes du 5 juillet 1962, célébrée à la chapelle Saint-Matthieu, rue Vaneau, à Paris, où elle va jusqu’au bout de la vérité de certains personnages. Telle Nicole Guiraud, grièvement blessée lors d’un attentat, ou un certain Louis, « Toujours en bleu, blanc, rouge, dans ces occasions » O.A.S. à 18 ans quand il avait pris le maquis.

Brigitte ira jusqu’au bout de sa quête. Sans complaisance. Sans tordre le coup aux faits pour servir sa cause. « Quand tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens » dit un proverbe berbère. Une belle enquête de terrain. Un livre aux mots tendrement pesés. Qui nous apporte un éclairage insolite sur cette période douloureuse de notre Histoire.

Liliane Langellier

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